ACTE II, SCENE III. 3i
Et ringrat , en Fétat où son orgueil Ta mis , Nous croit des étrangers ou bien des ennemis.
POIiTNICE.
N'imputez point ce crime à mon ame affligée :
Dites plutôt , ma sœur , que vous êtes changée ;
Dites que de mon rang Finjuste usurpateur
M'a su ravir encor l'amitié de ma sœur.
Je vous connois toujours , et suis toujours le même.
ANTI&OKE.
Est-ce m'aimer , cruel , autant qlie-je vous aime , Que d'être inexorable à m'ès tristes soupirs , Et m'exposcr encor à tant de déplaisirs ?
rOLYNICE.
Mais vous-même , ma sœur , est-ce aimer votre frère , Que dé lui faire ainsi cette injuste prière , Et me vouloir ravir le sceptre de la main ?
Dieux ! qu'est-ce qu'Étéode a de plus inhumain ? C'est trop favoriser , un tyran qui m'outrage.
AKTIGONE.
Non , non , vos intérêts ,me touchent davantage :
Ne croyez pas mes pleurs perfides à ùe point ;
Avec vos ennemis ils ne conspirent point. '
Cette paix que je veux me-seroit un supplice.
S'il en dëvoit coûter le sceptre à Polynice ;
Et runijque-Ëiveur , mon frère , où je prétends ,
C'est qu'il me soit permis de vous voir plus long- temps.
Seulement quelques jours souffîrez que l'on vous voie ;
Et donnez-nous le temps de chercher quelque voie
Qui puisse vous remettre au rang de vos aïeux ,
Sa LES FRERES E^^NEMIS.
Sans que vous répandiez un Sang si précieux. .
Pouvez-vous refuser cette grâce légère
Aux larmes d'une sœur , aux soupirs d^une mère ?
JOCASTE
Mais quelle crainte encor vous peut inquiéter ? Pourquoi si promptement voulez-vous nous quitter ? Quoi ! ce jour tout entier n'est- il pas de la trêve ? Dès qu'elle a commencé , faut-il qu'elle s'achève ? Vous voyez qu'Étéocle a mis les armes bas :
IL veut que je vous voie , et vous ne voulez- pas.
ANTIGONE
Oui , mon frère , il n'est pas comme vous inflexible ; Aux larmes de sa mère il a paru sensible ; Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourd'hui : Vous l'appelez cruel, vous l'êtes plus que lui.
HÉMON
Seigneur, rien ne vous presse , et vous pouvez sans peine Laisser agir encor la princesse et la reine : Accordez tout ce jour à leur pressant désir : Voyons si leur dessein ne pourra ré^ssir.
Ne donnez pas la joie au prince votre frère De dire que , sans vous , la paix se pouvoit faire. Vous aurez satis&it une mère , une sœur , .
Et vous aurez surtout satisfait votre honneur. Mais que veut ce soldat ? son ame est toute émue.