‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 201 sur 264 · ACTE III, SCENE IV. 3ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. 3ii

DAKDIK.

Cest un contrat en fort bonne façon.

CHICANEAU

Je vois qu'on m'a^surpris; mais j^en aurai raison : De plus de vingt procès ceci sera la source.

On a la fillej soit : on n'aura pas la bourse.

liEANDRE.

Hé Monsieur ! qui vous dit qu'on vous demande rien? Laissez-nous votre fille, et gardez votre bien.

CHICANEAU

Ah!

liÉAKDRE.

Mon père, êtes-vous content de l'audience?

DANDIN

Oui-dà. Que les procès viennent en abondance ^ Et je passe avec vous le reste de mes jours.

Mais que les avocats soient désormais plus courts. Et notre criminel ?

liÉAKDBE.

Ne parlons que de joie ; Grâce ! grâce ! mon père.

DANDIN

Hé bien, qu'on le renvoie.

C'est en votre faveur, ma bru , ce que j'en feis. Allons nous délasser à voir d'autres procès.

FIN DES PliAlDEURS.

«la • .« '

BRITANNICUS

TRAGÉDIE

Voici celle de mes tragédies que je puis dire que j'ai le plus travaillée. Cependant j'avoue que le succès ne répondit pas d^abord à mes espérances. A peine elle parut sur le théâtre, qu'il s'éleva quantité de critiques qui sembloient la devoir détruire. Je crus moi-même que sa destinée seroit à l'avenir moins heureuse que celle de mes autres tragédies. Mais enfin il est arrivé de Cette pièce ce qui arrivera toujours des quvrages qui auront quelque bonté : les critiques se sont évanouies ; la pièce est demeurée. C'est maintenant celle des miennes que la cour et le public revoient le plus volontiers. Et si j'ai fait quelque chose de solide et qui mérité quelque louange , la plupart des connoisseurs demeurent d'accord que c'est ce même Britannicus.

A la yérité j'avois travaillé sur des modèles qui m'a voient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulois faire de la cour

5i6 PREFACE.

d^Agrippine et de Néron. J'avois copié mes personnages diaprés le plus grand peintre de l'antiquité , je veux dire d'après Tacite ; et j'étois alors si rempli de la lecture de cet excellent historien^ qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. J'avois voulu mettre dans ce recueil un extrait des plus beaux endroits que j'ai tâché d'imiter ; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendroit presque autant de place que la tragédie. Ainsi le lecteur trou-^ vera bon que je le renvoie à cet auteur^ qui aussi bien est entre les mains de tout le monde; et je me contenterai de rapporter ici quelques-uns de ses passages sur chacun des personnages que j'introduis sur la scène»

Pour commencer par Néron , il faut se souvenir qu'il est ici dans les premières années de son règne ^ qui ont été heureuses, comme l'on sait. Ainsi il ne m'a pas été perr mk de le représenter au»! méchant ,a'il « été depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux^ car il ne I'a

PRÉFACE. 3i7

jamais été. Il n'a pas encore ttié sa mère, sa femme, ses gouverneurs; mais il a en lui les semences de tous ces crimes. Il commence à vouloir secouer le joug. Il les hait les uns et les autres; il leur cache sa haine sous de fausses caresses , foetus naturâ i^elare odium ykllacibus blandiiiis. £n un mot, c'est ici ua monstre naissant, mais qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions; hactenus Nero flagitiis et sceleribus velamenta quœswit. Une pouvoit souffrir Oclavie, princesse d'une honte et d'une vertu exemplaire ,^to qiwdam , an quiaprcBpalent ilUcita. Metuebaturque ne in stupra fœniinarum illustrium prorumpereU

Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite, qui dit que Néron porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avoit une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés ; cujus abditis adhuc vitiis mire con-^ gruebdt. Ce passage prouve deux choses. Il prouve, et que Néron étoit déjà vicieux^

5i8 PRÉFACE.

mais qu'il disdimùloit ses vices; et que Naï"-^ cisse l'entretenoit dans ses mauvaises inclinations.

J'ai choisi Burrhus pour opposer un Bonnète homme à cette peste de cour^ et je l'ai choisi plutôt que Sénèque : en voici la raison. Us étaient tous deux gouverneurs de la jeu^ nesse de Néron, l'un pour les armes, l'autre pour les lettres; et ils étoient fameux, Burrhiis pour son expérience dans les armes et pour la sévérité de ses moeurs , militaribîis curis et sei^eritate jnorum; Sénèque pour son éloquence et le tour agréable de son esprit, Seneca prcéceptis eloquentiœ et comitate ho-nestâ. Burrhus, après sa mort. Fut extrêmement regretté à cause de sa vertu : cwitati grande demderium ejus mansit per mémo-* riam virtidis.

. Toute leur peine étoit de résister à l'orgueil et à la férocité d'Agrippine; quœ^ ciiJictis malCB dominaflùnis oupidinih us fla^ grcffts, habebat inpartibus Pallantem. Je ne dis que ce mot d'Agrippine, car il y auroit

PRÉFACÉ. Srg

trop de choses à en dire: Cest elle qtiè je suis surtout efforcé de bien exprimer j et «agédie n'est pas moins là-disgrace d-Agrippine que la mort de Bfitarinicùs. ccCettemôrt ce fut un coup de foudre pôucelle ; et il.parut >^ a: dit Tacite, par sa frayeur et par 8a<^bnater« Kl nation 9 qu'elle étoit aussi innocente: dç <c cette mort qu'Octavie; Agrippine ;perdoit ^ en lui sa dernière espérance , et ce crime <( lui en faisoit craindre uft plus gi^and ». Sibi êiipretnuni Hii'mUunLer^pturrfj et parricidii çxe/îiplum intelligeha^^i , ► ,.

•Uâgé de* Britannicuff ètôit si cônliu y qu'il né m'a pas jété permîé de:le représenter autrement q»é "comme un jeune priÀfeéf qui avoit beaucoup d^ cdeary beaucoup d^ânit>ur et'beaucoup 3e franchisé > qualités ordinaires d'un jeune homme. Il âVOit qum^e ans, et on dit qu'il avpit beaucoup ' d'esprit y sôit qu'on dise trai^ ou que «es malheurs aient fait cifoire cela dé lui, sans qu'il ait pu en doiineT des iiiarques : nequ^segrtem eifuism indolem ferunt , siçe i^eiruM^ seu perioulis

5ao PRÉFACE.

commendatus retinuit famam sine expert-^ meniOé

' Il ne faut pas s'étonner s'il n'a auprès de lui qu'un aussi méchant homme que Narcisse; car il y avoit longtemps qu'on avoit doàné ordre qu'il n'y eÂt auprès de Britannicus que des jgens qui n'eussent ni foi ni honneur : Nam utpréximuè quisque Britan^ nico neque fas Tieque Jidem pend haberet^ àlim provisum erat*

Il me reste à parler de Junie. Il ne la faut pas confondre avec une vieille coquette qui s'âppeloit Junia Silana. C'est ici àrï*e autre Junie que Tacite appelle Junia, Calvina, de la' famille d'Auguste^ :sœur derStlanus^ à qui Claudiùs avoit promis Octavie; Cette Junie étoit jeune ^ belle ^ et^ comme dit Senèque^ festivissima omnium puellarum. Son frère et elle s'aimoient tendrement; et leurs ; ennemis ^ dit Tacite^ les accusèrent tous deux d'inceste > quoiqu'ils né fussent coupables que d'un peu d'indiscrétion. Elle vécut jus* qu'au règne de Vespasien.

PRÉFACE. 3ai

Je la fais entrer daas les vestales, quoique, selon Aulu-Gelle, on n'j reçût jamais personne au-dessous de six ans, ni au-dessus de dix. Mais le peuple prend ici Junie sous sa protection; et j'ai cru qu'en considération de sa naissance , de sa vertu et de son malheur , il pouvoit la dispenser de Fâge pr^^ crit par les lois, comûie il a dispensé de l'âge pour le consulat tant de grands hommes qui avoient mérité ce privilège.

I« SX

ACTEURS

NÉRON , empereur , fils d'Agrippine.

BRITANNICUS , fils de Fempereur Claudius.

AGRIPPPmE , veuve de Domitius Enobarbus , père de Néron , et en secondes noces veuve de l'empereur Claudius,

JUNIEy amante de Britannicus.

BURRHUS ^ gouverneur de Néron.

NARCISSE, gouverneur cle Brîtannicus.

ALBINE y confidente d'Agrippine.

Gabdes.

La scène est à Rome j dans une chambre du palais

de Néron.

BRITANNICXIS

BRITANNICUS

TRAGÉDIE

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