‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 202 sur 264 · AGRIPPINE, ALBINE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, ALBINE

Quoi! tandis que Néron s'abandotiiiè ati sotnnléil^ Faut-il que vous veniez attendre son réveil ? Qu'errant dans le palais , sans suite et sans escorte ^ La mère de César veille seule à sa porte ?

Madame , retournez dans votre appartement*

AGRIPPINE

Albine ^ il né ÊiUt pas s'éloigner un moment* Je veux Tattendre ici : les chagrins qu'il me cause M'occuperont assez tout le temps qu'il repose. Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré j Contre Britannicus Néron s'est déclaré.

L'impatient Néron cesse de se contraindre j Las de se faire aimer , il veut se faire craindrç« Britannicus le gêne y Albine 3 et chaque jour

524 BRITANNICUS

Je sens que je deviens importune à mon tour.

AliBlNE.

Quoi ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire j Qui l'avez appelé de si loin à Tempire ?

Vous qui , déshéritant le fils de Claudius , Avez nommé Gésar l'heureux Domitiu^?

Tout lui parle , Madame , en faveur d'Agrippine : Il vous doit sou amour.

AGRIPPINE

Il me le doit, Albine.

Tout , s'il est généreux , lui prescrit cette loi : Mais tout, s'il est ingrat, lui parle contre moi.

AliBINE.

S'il est ingrat. Madame? Ah ! toute sa conduite Marque dans son devoir une ame trop instruite. Depuis trois ans entiers , qu'a-t-il dit , qu'a-t-il fait Qui ne promette à Rome un empereur parfait?

Rome, depuis trois ans, par ses soins gouvernée. Au temps de ses consuls croit être retournée : Il la gouverne en pèrcv Enfin, Néron naissant A toutes les vertus d'Auguste vieillissant.

AGRIPPINE

Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste. 11 commence , il est vrai , par où finit Auguste ; Mais crains que, l'avenir détruisant le passé. Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.

Il se déguise en vain : je lis sur son' visage Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage : Il mêle avec rorgûell qu'il' a pris dstris leur sang *

ACTEI, SCENJEI. SaS

La fierté des Nérôna qu'il puiiaa dans lûon flaiiç.

Toujours la tjorannie a d'heuiîeûàes prémices :

De Rome^ pour un temps, Qaus fut les délices;

Mais, sa feinte bonté sç toura:^q.nt en fureur,

Les délices de Rome en cle^iirç«î.t Fhorreur.

Que m'importe, après t<»t^<ju0 Néron plus fidèle,

D'une longue vertu laisse un jour le modèle?

Ai- je mis dans sa main le timon de l'état

Pour le conduire au gré du peuple et dû sértjit?. ,

Ali ! que de la patrie il soit, s'il veut , le père :

Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère*

De quel nom cependant pouvons-nous appeler. ,

L'attentat que le jour vient de nous révéler?

Il sait, car leur .amour ne peut être ignorée,

Que de Britannicus Junîe est adorée;

Et ce même Néron que la vertu conduit ,

Fait enlever Junie au milieu de la nuit î

Qae veut-il? Est-ce haine ^ est-ce amour qui l'inspire?

Cherche-t-il seulement le plaisir de leur .ntiife ? .

Ou plutôt n'est-ce point quesa jawilignité

Punit sur eux l'appui que jp l^ijur ai prêté?

Vous, leur appui, Madame?

> Arrête, chère Albîne.

Je sais que j'ai moi seule avancé leur mine; Que du trônef où le sang l'a dû faire monter^ Britannicus par moi s'est vu précipiter.

Par moi seule éloigné de Fliymen d'Octavie,

536 BRITANNICUS

Le frère de Junie abandonna la vie, Silanus, sur qui Claude avoit jeté les yeux ^ Et qui comptoit Auguste au rang de ses aïeux. Néron jouit de tout : et moi, pour récompense, Il fau t qu^entre eux et lui je tienne la balance , -Afin que quelque joiu:, par une même loi, Britannicus la tienne entre mon fils et moi.

Quel dessein !

AG-HIPPINE.

Je m'assure un port dans la tempêf e.

Néron m'échappera $î ce frein ne l'arrête.

AliBINE,

Maia prendre contre qn fils tant de soins superflus?

. agrippi;ne* Je le craindroU bientôt s'il ne mç craiguoit plus.

AliBINE.

> Une injuste frayeur vous alarme peut-être.

Mais si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être, Du moins so^ ohangémeiit ne vient pas jusqu'à nous; Et ce sont des sécréta entre César et vous.

Quelques titres nouyeaux que Rome lui défère , Néron n'en reçoit point qu'il ne doniie a sa nière. Sa prodigue amitié ne se réserve rien ; Votre nom est dans Rome aussi saint que le sien ; A peine parle-rt-on de la triste OctaSde, Auguste votre aïeul honora moins Livie :

Néron devant sa mère a permis le premier Qu'on portât des faisceaux couronnés de lauriex\

ACTEI, SCENE I. M

Quels effets voulez-vous de sa reconnoissance?

AGRIPPINE

Un peu moins de respect, et plus de confiance.

Tous ces présents , Albine , irritent mon dépit :

Je vois mes honneurs croître, et tomber mon crédit.

Non, non , le temps n'est plus que Néron jeune encore

Me renvoyoit les vœux d'une cour qui Fadore j

Lorsqu'il se reposoit sur moi de tout l'état ;

Que mon ordre au palais assembloit le sénat;

Et que derrière un voile, invisible et présente,

J'étois de ce grand corps l'ame toute-puissante.

Des volontés de Rome alors mal assuré ,

Néron de sa grandeur n'étoit point enivré.

Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire, Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire.

Quand les ambassadeurs de tant de rois divers Vinrent le reconnoître au nom de l'univers.

Sur son trône avec lui j'allois prendre ma place : J'ignore quel conseil prépara ma disgrâce ; Quoi qu^il en soit, Néron d'aussi loin qu'il me vit, Laissa sur son visage éclater son dépit.

Mon cœur même en conçut un malheureux augure. L'ingrat, d'un faux respect colorant son injure,, . Se leva par avance ; et courant m'embrasser, Il m'écarta du trône où je m'allois placer.

Depuis ce coup fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine. L'ombre seule m'en reste, et l'on n'implore plus Que le nom de Sénèque et l'appui de Burrhus.

328 BRITANNICUS

AliBINE.

Ah ! si de ce soupçon votre arne est prévenue , Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous tue? Daignez avec César vous éclaircir du moins.

AGRIPPINE.'

César ne me voit p|lus^ Albine, sans témoins: En piiblic, à mon heure, on me donne audience. Sa réponse est dictée, et même son silence.

Je vois deux surveillants, ses maîtres et les miens, Présider Fun ou l'autre à tous nos entretiens. Mais je le poursuivrai d'autant plus qu'il m'évite; De son désordre, Albine, il faut que je profite. J'entends du bruit , on ouvre. Allons subitement Lui demander raison de cet enlèvement.

Surprenons, s*il se peut, les Secrets de son anae. Mais quoi ! déjà Burrhus sort de chez lui?

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