ACTE I, SCENE IL 35i
La cbur deClaudius , en esclaves fertile , Pour deux que l'on cherchoit en eût présenté miUe , Qui tous auroient brigué l'honneur de l'avilir : Dans une longue enfence ils l'auroient fait vieillir. De quoi vous plaignez- vous , Madame ? On vous révère : Ainsi que par César , on jure par sa mère.
L'empereur, U est vrai, ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l'empire, et grossir votre cour. Mais le doit-il , Madame? et aa reconnoissance Ne peut-elle éclater que dans sa dépendance?
Toujours humble , toujours le timide Néron N'ose-t-il être Auguste et César que de nom ? Vous le dirai-je enfin ? Rome le justifie, Rome, à trois afiranchis si longtemps asservie , A peine respirant dii joug qu'elle a porté , Du règne de Néron compte sa liberté .
Que dis-je ? la vertu semble même renaître. ^ Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître : Le peuple au Champ de Mars nomme ses magistrats : César nomme lès chefs sur la foi des soldats ^ Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée , Sont encore innocents , malgré leur renommée : Lès déserts , autrefois peuplés de sénateurs , Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire , Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire ; Pourvu que , dans le cours d'un règne florissant , Rome soit toujours libre, et César tout-puissant? Mais , Madame , Néron suffit pour se conduire. J'obéis , sans prétendre à l'honneur de l'instruira.
33a BRITANNICUS.
Sur ses aïçux , sans doute , il n^a qu'à se régler j r Pour bien faire , Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si ses vertus , l'une à. l'autre enchaînées. Ramènent tous les ans ses premières années.
AGRÎPPINB.
Ainsi , sur l'avenir n^osant vous assurer ,
Vous croyez que sai^^ vops Néron va s'égarer.
Mais vous, qui, jusqu'ici, content dje votre ouvrage,
Venejî de ses verjus. nous rendre téinoignage ,
Expliquez-nous pouiiquoi , devenu ravisseur,
Néron de Silanus fait enlever la soçur, .
Ne tient-il qu'à marquer de cette ignonomie
Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie?
De quoi l'accuse-t-il?^ Et par quel attentat
Devient-elle en un jour criminelle d'étant?
Elle qui, sans orgueil jusqu'alors élevée ,
N'auroit point vu Néron s'il ne FeAt enlevée ;
Et qui même auroit piis au rang de ses bienfaits
L'heureuse liberté de ne le voir jamais. ,
BURUHUS.
Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée,. Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée^ Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux; Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous S9,yez que les droits qu'elle pprte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier.