‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 205 sur 264 · ACTE ï, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCENE IL

Et vous-même avouerez qu'il ne seroit pas juste 'Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste^

AGRIPPINE

Je vous entends. Néron m'apprend par votre voix

Qu'en vain Britânnicus s'assure sur mon choix.

En vain , pour détourner ses yeux de sa misère ,

J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espéré :

A ma confusion , Néron veut faire voir

Qu'Agrippine promet par delà son pouvoir^

Rome de ma faveur est trop préoccupée j

Il veut par cet aflront qu'elle soit détrompée ,

Et que tout l'univers apprenne avec terreur

A ne confondre plus mon fils et l'empereur.

H le peut. Toutefois j'ose encore lui dire •

Qu'U doit avant ce coup affermir son empire;

Et qu'en me réduisant à la nécessité

D'éprouver contre lui ma foible autorité,

Il expose la sieiîne; et que dans la balance

Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense.

BURRHUS

Quoi ! Madame ! toujours soupçonner son respect ! Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect? L'empereur vous croit-il du parti de Junie?

Avec Britânnicus vous croit- il réunie ?

Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui? Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire , Serez- vous toujours prête à partager l'empire? Voascraindrez-vous sans cesse? et vos embràssements

354 BRITANNICUS

Ne se passeront-ils qu'en éclaircissements?

Ah ! quittez d'un censeur la triste diligence i D'une mère facile affectez ^indulgence ; Souffrez quelques froideurs sans lesfidre éclaterjr Et nVvertissez point la coUi* de vous quitter.

AGRIPPINE

Et qui s'honoreroit de Tappui d'Agrippine , Lorsque Néron lui-méihe annonce ma ruine 7 Lorsque de sa présence il seml^le me bannir?

Quand Burrhus à sa porte ose me retenir?

BURRHUS

i^adame , je vois bien qu'H est temps de iiie taite , Et que ma liberté commence.à vous déplaire.

La douleur est injuste ; et toutes les raisons. Qui ne la flattent point aigrissent ses soupçons* Voici Britannicuâé Je lui cède ma place^ Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce^ Et peut-être ^ Madame , en accuser les soins De ceux que l'empereur, a consultés le moins.

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