‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 237 sur 264 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

Aussi bien ces soupçons , oes plaintes assidues

Ont fait croire à tous ceux qui les ont entendues ,

Que jadis , j'ose ici vous le dire entre nous,

Vous n^aviez, sous mon nom, travaillé que poutc vous.

ce Tant d^honneurs, disoient-ils , et tant de déférences,

<c Sont-ce de ses bienfaits de foîbles récompenses?

xc Quel crime a donc commis ce fils tant condamné?

a Est-ce pour obéir qu'elle Fa couronné ?

<c West-il de son pouvoir que le dépositaire? »

Non que, si jusques-là j'avois pu vous complaire,

Je n'eusse pris plaisir , Madame , à vous céder

Ce pouvoir que vos cris sembloient redemander :

Mais Rome veut un maître , et non une msdtresse.

Vous entendiez les bruits qu'excitoit ma ftnblesse :

Le sénat , chaque jour, et le peuple, irrités

De s'ouïr par ma voix dicter vos volontés ,

Publioient qu'en mourant Claude, avec sa puissance ,

M'a voit encor laissé sa simple obéissance.

Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux ,

Porter en murmurant leurs aigles devant vous ;

Honteux de rabaisser , par cet indigne usage ,

Les héros dont encore elles portent l'image.

Toute autre se seroit rendue à leurs discours :

Mais , si vous ne régnez , vous vous plaignez toujours.

Avec Britannicus contre moi réunie.

Vous le fortifiez du parti de Junie ;

Et la main de Pallas trame tous ces complots.

Et lorsque , malgré moi , j'assure mon repos ,

On vous voit de colère et de haine animée :

Vous voulez présente^ mon rival à l'armée ;

58o BRITANNICUg.

Déjà jusqued au camp le brait en a couiii;

AGRIPPINE

Moi , le faire empereur ? Ingrat ! Tavez-vous cru ?

Quel seroit mon dessein? qu*aurois-je pu prétendre? [

Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrois-je attei^

Ah ! si sous t^otre empire on ne m'épargne pas ^

Si mes accusateurs observent tous mes pas ,

Si de leur empereur ils poursuivent la mère ,

Que ferois je au milieu d'une cour étrangère ?

Ils me reprocheroient, non des cris impuissants ,

Des desseins étouffés aussitôt que naissants ,

Mais des crimes pour Vous commis à votre vue ,

Et donfc je ne serois que trop tôt convaincue.

Vous ne me trompez point, je vois tous vos détours;

Vous êtes un ingrat , vous le fûtes toujours :

Dès vos plus jeunes ans , mes doins et mes tendresses

N'ont arraché de vous que de feintes caresses.

Rien ne vous a pu vaincre ; et votre dureté

Auroit dû dans son cours arrêter ma bonté.

Que je suis malheureuse ! Et par quelle infortune

Faut-il que tous mes soins me rendent importune !

Je n'ai qu'un fils : ô ciel ! qui m'entends aujourd'hui,

T'ai-je fait quelques vœux qui ne fusseilt pour lui ?

Remords , crainte , périls , rien ne m'a retenue ;

J'ai vaincu ses mépris j j'ai détourné ma vue

Des malheurs qui dès-lors me furent annoncés ;

J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez , c'est assez.

Avec ma liberté que vous m'avez ravie ,

Si vous le souhaitez , prenez encor ma vie ,

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