ACTE V, SCENE VL Sgg
AGRIPÏ»ÎNE.
Non , non , Britannicus est mort empoisonné.
Narcisse a fait le coup ; vous l'avez ordonné. *
NÉRON
Madame!,.. Mais qui peut vous tenix ce langage?
NARCISSE
Hé Seigneur ! ce soupçon vous fait-il tant d'outrage?
Britannicus , Madame , eut des desseins secret3
Qui vous auroient CQÛté de plus justes regrets ;
Il aspiroit plus loin qu'à l'hymen de Junie ; «
De vos propres bontés il vous auroit puniei.
Il vous trompoit vous-noiéme , et son cœur offensé
Prétendoit tôt ou tard rappeler le passé. :
Soit donc que malgré vous le sort vous ait servie ;
Soit qu'instruit des complots qui menaçoient sa vie,-
Sur ma fidélité César s'en soit remis ,
Laissez les pleurs , Madame , à vos seuls ennemis ;
Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres i
Mais vous....
AGRIPPINE
Poursuis , Néron : avec de tels ministres ^ Par des faits glorieux tu te vas signaler ; Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer : Ta main a commencé par le sang de ton frère j Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère. Dans le fond de ton cx]eur je sais que tu me hais : Tu voudras t'afiranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort te soit même inutile : Ne crois pas qu'en «lourant je tç laisse tranquille;
4oo BRITANNICUS.
Rome, ce ciel, ce jour que tu reçus de moi, Partout, à tout moment m'offriront devant toi. Tes r^nords te suivront comme autant de furies : Tu croiras les calmer par d'autres barbaries; Ta fureur, s'irritant soi-même dans son cours. D'un sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Mais j'espère qu'enfin le ciel , las de tes crimes , Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes ; Qu'après t'être couvert de leur sang et du mien , Tu te verras forcé de répandre le tien ; Et ton nom paroîtra , dans la race future , Aux plus cruels tyrans une cruelle injure. Voilà ce que mon cœur se présage de toi.
Adieu : tu peux sortir.
NÉRON
Narcisse, suivez-moi.