‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 259 sur 264 · ENTRE BURRHUS ET NARCISSE · texte numérisé non relu

ENTRE BURRHUS ET NARCISSE

£U« éloit la première du troisième acteu

BUB.BHUS.

O uoi ! Narcisse au palais obsédant ^empereur, Laisse Britannicuè» en proie à sa fureur ; Narcisse , qui devroit d'une amitié sincère Sacrifier au fils tout ce qu'il tient du père? Qui devrôit , en plaignant avec lui son malheur , Loin des yeux de César détourner sa douleur?

Voulez-vous qu'accablé d'horreur, d'inquiétude, Pressé du désespoir qui suit la solitude , Il avance sa perte en voulant l'éloigner , Et force l'empereur à ne plus l'épargner ?

Lorsque de Claudius l'impuissante vieillesse Laissa de tout l'empire Agrippîne maîtresse , Qu'instruit du successeur que lui gardoient les dieux Il vit déjà son nom écrit dans tous les yeux , Ce prince j à ses Bienfidts mesurant votre zèle , Crut laisser à son fils un gouverneur fidèle , Et qui, sans s'ébranler, -verroit passer un jour Dv^çôté de Néron la fortune et k cour. .

Cogeodant au>owl'liui, «ur la moindre iii«nac<r

4i4 FRAGMENTS

Qui de Britannicus présage la disgraco , Narcissç, qui ^dç voit le quitter le dernier-, Semble dans le malheur le plonger le premier. César vous voit partout attendre son passage.

KAEGISSË.

Avec tout l'univers je viens lui rendre hommage, Seigneur; c'est le dessein qiii m'amène ^n ces Iieus.

BUJIRÇUS.

Près de Britannicus vous le servirez mieux.

Craignez- vous que César n'accuse votre absence , Sa grandeur Jui répond de votre obéissance.

C'est à Britannicus qu'il faut justifier Un soin dont ses mçilheurs se doivent défier. Vous pouvez sans péril respecter sa njisère.

Néron n'a point juré la perte dç son frère :

Quelque froideur qui semble altérer leurs esprits. Votre m^tre n'est point au nombre des proscrits. Néron même, en §on coeur, touché de votre zèle , Vous en tiendront peut-être un compte plus fidèle Que de tops ces respçcts vainement assidus, Oubliés dans la foule aussitôt que rendius,

NARCISSE

Ce la^i^e, Sçigneur, jç^ijt facile à comprendre. Avec quçlque bpntp C^sar daigne m'entendre j Mes sQÎn^ trpp J)ien rçç^f ppurroient vous irritçr : A l'avenir^ gçiigneur , jç saturai l'éviter.

Narcisse , vous réglez mes desseins sur les vôtres :. Ce <{iie.?K]âtta avez &it, vous l'imputes^ aux autrei^.

DE BRITANNICUS. 4i5

Ainsi , lorsque inutile au reste des humains j

Claude laissoit gémir Fempire entre vos mains ,

Le reproche éternel de votre conscience

Condamnoit devant lui Rome entière au silence j

Vous lui laissez à peine écouter vos flatteurs:

Le reste vous sembloit autant d^accusateurs.

Qui , prêts à s^élevçr contre votre conduite ,

Alloient de nos malheurs développer la suite ,

Et , lui portant les cris du peuple et du sénat ^

Lui demander justice au nom de tout Tétat.

Toutefois pour César je crains votre présence :

Je crains , puisqu^il vous faut parler sans complaisance ^

Tous ceux qui , comme vous , flattant tous ses désirs ,

Sont toujours dans son cœur du parti des plaisirs.

Jadis à nos conseils Tempereur plus docile ,

Affectoit pour son frère une bonté facile ,

Et y de son rang poux lui modérant la splendeur ,

De sa chute à ses yeux cachoit la profondeur.

Quel soupçon aujourd'hui, quel désir de vengeance

Rompt du sang des Césars Theureuse intelligence ?

Junie est enlevée, Agrippine frémit;

Jaloux et sans espoir, Britannicus gémit :

Du cœur de Fempereur^on épouse bannie ,

D'un divorce à toute heure attend Fignominie ;

Elle pleure : et voilà ce que leur a coûté

L'entretien d'un flatteur qui veut être écouté.

NARCISSE

Seigneur, c'est un peu loin pousser la violence. Vous pouvez tout, j'écoute, et garde le silence.

4i6 FRAGMENTS

Mes actions un )our pourront tous r^>àrtîr ^ Jusque-là. ..»

BURRHU&

Puissiez-vous bientôt me démentir !

Flût aux dieux qu'en effet ce reproche tous touche! Je vous aiderai même à me fermer la bouche.

Sénèque j dont les soins devroient me soulager , Occupé loin de Rome , ignore ce danger.

Réparons, vous et moi, bette absence funeste. Du sang de nos Césars réunissons le resté :

Rapprochons-les , Narcisse, au plus tôt , dès ce jour. Tandis qu'ils ne sont point séparés sans retour.

DE BRITANNICUS. ^if

Page 1