ACTE III, SCENE III. Zj
De leur noire fureur ont suspendu le cours ; Et ce prince aussitôt poursuivant son discours : (c Apprenez , a-t-il dit , l'arrêt des destinées , y> Par qui vous allez voir vos misères bornées. )) Je suis le dernier sang de vos rois descendu , )) Qui , par Tordre des dieux , doit être répandu. )) Recevez donc ce sang que ma main va répandre , y> Et recevez la paix où vous n'osiez prétendre. » Il se tait , et se frappe en achevant ces mots ; Et les Thébains , voyant expirer ce héros , Comme si leur salut devenoit leur supplice , Regardent en tremblant ce noble sacrifice.
J'ai vu le triste Hémon abandonner son rang Pour venir embrasser ce frère tout en sang.
Créon , à son exemple , a jeté bas les armes , Et vers ce fils mourant est venu tout en larmes j Et l'un et l'autre camp , les voyant retirés , Ont quitté le combat et se sont séparés.
Et moi , le cœur tremblant , et l'ame toute émue , D'un si funeste objet j'ai détourné la vue , De ce prince admirant l'héroïque fureur.
JOCASTE
Comme vous je l'admire et j'en frémis d'horreur.
Est-il possible , ô dieux ! qu'après ce grand miracle ,
Le repos des Thébains trouve encor quelque obstacle ?
Cet illustre trépas ne peut-il vous calmer ,
Puisque même mes fils s'en laissent désarmer ?
La refuserez-vous , cette noble victime ?
Si la vertu vous touche autant que fait le crime ^
Si vous donnez les prix comme vous punissez , Quels crimes par ce sang ne seront effacés ?
ANTIGONÉ.
Oui , oui , cette vertu sera récompensée ; Les dieux sont trop payés du sang de Ménécée j Et le sang d'un liéros , auprès des immortels , .Vaut seul plus que celui de mille criminels*
JOCASTE
Connoissez mieux du ciel la vengeance fatale ;
Toujours à ma douleur il met quelque intervalle :
Mais , hélas ! quand sa main semble me secourir ,
C'est alors qu'il s^apprête à me faire périr.
H a mis cette nuit quelque fin à mes larmes ,
Afin qu'à mon réveil je visse tout en armes.
S'il me flatte aussitôt de quelque espoir de paix ,
Un oracle cruel me Fôte pour jamais.
Il m'amène mon fils , il veut que je le voie ;
Mais , hélas ! combien cher me vend-il cette )oie !
Ce fils est insensible et ne m'écoute pas ;
Et soudain il me l'ote et l'engage aux combats.
Ainsi , toujours cruel et toujours en colère ,
Il feint de s'apaiser et devient plus sévère :
Il n'interrompt ses coups que pour les redoubler ,
Et retire son bras pour me mieux accabler.
ANTIGONE
Madame , espérons tout de ce dernier miracle.
JOCASTE
La haine de mes fils est un trop grand obstacle. Polynice endurci n'écoute que ses droite :