‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 262 sur 264 · PRÉFACE DE BRITANNICUS · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE BRITANNICUS

quelque temps un bon empereur, il a toujours été lin trèà-méchant ' hommie. Il ne s'agit point; dans ma tragédie, des affaires du dehors. Néron est ici danà son particulier et danois sa jainilie, et ils me dispenseront de rapporter tous les pa^^^ea qui pour^ax^nt aisément leur prouver q=ue je n'ai point de réparation, à lui faire. : * *

D'autres ont dit 'au contraire que je Pavois lait trop bon. J'avoue que je, ne m'pétqis pas formé l'idée d'un bon hômtne en la personne de Néron. 'Je ^ rai toujours regardé conime txn monscre/mais c'est ici un monstre naissant. Il n'a pas encore mis le feu à ïloïné i iî n'a ipàs encore tué sa nière, sa femme, ses gouverneurs. A' oela près, il ûie semble qu'il lui échappe» ^^sêz de cruantés pour empê-^ cher que personne ne le méconnoisse^. '"

- Quëlqûes^ns^^ont pris Fîfllérét de NarciîSSé, et' se' sont plaints, que j'en eusse faitan très-inéohant hommie et. le confidéni de> Néron; Il suffit d'un passage: pour leur -répondre. Néron y dit Tacitp, porta împatiein-

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inent la mort de Narcisse, parce que cet affrabchi avoit une conformité mjerveilleusé avec les vices du prince encore cachés : Cu* jus abditU adhuc i>itus miré congruehat

Les axitres se soût scandalisés que j'eusse choJ:si uti homme aussi jeune que Britanni-* eus pour le héros d'une tragédie. Je leur ai déclaré dans la préface d*Andromaque, le sentimeQt d'Aristole sur le héros de la tragédie; et que, bien loin d'être parfait, il faut toujours qu'il ait quelque imperfection. Mais, je leur dirai encore ici qu'un jeune prince de dix-sept ans, qui a .beaucoup «e coeur> beaucoup d'amour, beaucoup de franchise et beaucoup de crédulité > qualités ordinairiçs d'un jeune homme, m'a Aembl^ *^^^ capable d'excitter la compassion. Je n'ep.veux pas davantage*

Mais > disent-ils, ce prince n'^ntroit qtie dans isa quinzième année lorsqu'il mourut, on le fait vivre, lui et Narcisse, deux au»

plus qu?ils n'ont vécu» Je n'aurois point P^^de cette objection , si elle a'avoit été i^

DE BRITÀNNICUS, 4ai

avec chaleur par un homme qui s'est donné la liberté de faire régù^ vingt ans un empereur qui n'en a régné que huit, quoique ce changement soit bien plus considérable dans la chronologie, où Ton suppute les temps par les années des empereurs.

' Junie ne manque pas non plus de censeurs. Ils disent que d'une vieille coquette nommée Junia Silana, j'en ai fait une jeune fille très-sage. Qu'auroient-ils à me répondre, si je leur disois que cette Junie est un personnage inventé , comme l'Emilie de Cinna, comme la Sabine d'Horace? Mais j'ai à leur dire que s'ils avoient bien lu l'his-^ toire, ils j anroi en t trouvé une Junia Calvina, de la famille d'Auguste, soeur de Silanus, à qui Claudius avoit promis Octavie. Cette Ju* nie étoit jeune, belle, et, comme ditSénèque> festivissima omnium puelland^m.^Me aimoit tendrement son frère; a et leur,s ennemis, dit « Tacite, les accusèrent tous deux d'inceste j> «quoiqu'ils ne fussent coupables que d'un <c peu d'indiscrétion ». Si je la présente plus

4îia PREMIÈRE PRÉFACE

Retenue qu'elle n'étoit, je n'ai pas ouï dire qu'il iious fût défendu de rectifiât:* l^s mœurs d'uû personnage^ surtout lorsqu'il n'est pas coimu.

Uon" trouve étrange qu'elle paroisse sur le théâtre après la mort de Brita'nnicus. Certainement la délicatesse est grande^ de ne pas vouloir qu'elle dise en quatre vers assez touchants qu'elle passe chez Octavie, Mais, disent*ils , cela ne valoit pas la peine de la faire revenir : un autre l'auroit pu raconter pour elle. Us ne savent pas qu'une des règles du théâtre est de ne mettre en récit que les cho3es qui ne se peuvent passer en action; çt que tous les anciens font venir souvent sur la:scène des acteurs qui n'ont autre chose à dire, sinon qu'ils viennent d'un endroit, ^t qu'ils s^en retournent en un autre.

Tout cela est inutile, disent mes censeurs ; la pièce est finie au récit de la mort de Brîtannicus , et l'on ne devroit point écouter le reste. On l'écoute pourtant, et même* avec autant d^attention qu'aucune nfl

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de tragédie.Poiir moi^ j'ai toujours compris que la tragédie étant Fimitation d'une action

! complète où plusieurs personnes concourent, cette action n'est point finie que Ton

( ne sache en quelle situiation elle laisse ces mêmes personnes. C'est ainsi que Sophocle en use presque partout. C'est ainsi que , dans Vuàntigone, il emploie autant de vers à représenter la fureur d'Hémon et la punition de Créon après la mort de cette princesse, que j'en ai employé aux imprécations d'Agrippine, à la retraite de Junie, à la punition de Narcisse, et au désespoir de Néron après la mort de Britannicus.

Que faudroit-il faire pour contenter des juges si difficiles? La chose seroit aisée, pour peu qu'on voulût trahir le bon sens.

Il ne faiïdroit que s'écarter du naturel , pour se jeter dans l'extraordinaire. Au lieu d'une action simple ^ chargée de peu de matière , telle que doit être une action qui se passe en un seul jour, et qui , s'avançant par degrés vers sa fin , n'est soutenue que par les

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intérêts , les sentiments et les passions des personnages^ il faudrolt remplir cette même action de quantité d'incidents qui ne se pourroient passer qu'en un mois j d'un grand nombre de jeux de théâtre d'autant plus surprenants^ qu'ils seroient moins vraisemblables ; d'une infinité de déclamations où l'on feroît dire aux acteurs tout le contraire de ce qu'ils devroient dire. Il faudroit, par exemple , représenter quelque Héros ivre , qui se voudroit faire haïr * de «a maîtresse de gaieté de cœur; un Lacédémonien grand parleur ' , un conquérant qui ne débiteroit que des maximes d'amour ^, une fèmnae qui donneroit des leçons de fierté à des conquérants \ Voilà sans doute de quoi faire récrier tous ces messieurs. Mais que diroit cependant le petit nombre de gens sages auxquels je m'efforce de plaire ? De quel front oserois-je me montrer, pour ainsi dire,,

* Lîsander dans VJgésiteis de Corneille , et Agésilas Im-méme. » César dans la Monde Pompée , et Pompée dans Seriorius. l Viriate dans Sertorlus, et Comélic dans ia Mort de Pompée^

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aux yeux de ces grands hommes de l'anti-* quité que j'ai choisis pour modèles? Car, pour me servir de la pensée d'un ancien ,

voilà les véritables spectateurs que nous de-

vous nous proposer j et nous devons sans

cesse nous demander : Que diroient Homère

et Virgile s'ils lisoient ces Vers ? Que diroit Sophocle s'il vojoit représenter cette scène? Quoi qu^il en soit, je n'aî point prétendu empêcher qu^on ne parlât contre ines buvrages : je Fauroîs prétendu inutilement.

Quid dètectlii loquàntûr ipsi videant, dit

Cicéron , sed' loquentur tanien^

Je prie seulement : le lecteur de me pardonner, cette petit-e préface que i'ai iaitq pour lui rendre raison de ma tragédie. Il n'j a rien de plus naturel que de se défendre quand on se croit injustement attaqué. .Je vois que Térénce même semble nVvoir fait des prologues que pour se justifier contre les critiques. d'un vieeux poète mal inten-^ tionné ,; malèçoli veteris poetce , et qui venoit briguer, des. voix contre lui.jusquWx

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