‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 29 sur 264 · ACTE III, SCENE IV. 4i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. 4i

Et descendre du trône et courir à la mort.

cr:éok.

Ah ! M énécée est mort , le ciel n'en veut point d*autre : Laissez couler son sang sans y mêler le vôtre ; Et puisqu'il Va, versé pour nous donner la paix , Accord èz-la, Seigneur, à nos justes souhaits.

ÉTÉOCIiE.

Hé quoi ! même Créon poUr la paix se déclare !

CRÉON

Pour avoir trop aimé cette guerre barbare , Vous voyez les malheurs où le ciel m'a plongé. Mon fils est mort , Seigneur.

ÉTÉOCIiE.

Il fiiut qu'il soit vengé.

CRÉON

Sur qui me vengerois-je en ce malheur extrême?

ÉTÉOCIiE.

y os ennemis , Créon , sont ceux de Thèbes même j Vengez-la , vengez-vous.

' CRÉON

Ah ! dans ses- ennemis Je trouve votre frère, et je trouve mon fils ! Dois-je verser mon sang , ou répandre le vôtre? Et dois-je perdre un fils pour en venger un autre? Seigneur , mon sang m'est cher , le vôtre m'est sacré j Serai-je sacrilège , ou bien dénaturé ?

Souillerai- je ma main d'un sang que je révère? Serai-je parricide afin d'être bon père ?

Un si cruel secours ne me peut soulager ,

Et ce seroit me perdre au lieu de me venger.

Tout le soulagement où ma douleur aspire ,

Cest qu'au moins mes malheurs servent à votre empire.

Je me consolerai si ce fils que je plains ,

Assure par sa mort le repos des Thébains.

Le ciel promet la paix au sang de Ménécée ;

Achevez-la, Seigneur, mon fils Fa commencée:

Accordez-lui ce prix qu'il' en a prétendu.

Et que son sang en vain ne soit pas répandu.

JOCASTE

Non , puisqu'à nos malheuria vous devenez sensible , Au sang de Ménécée il n'est rien d'impossible. Que Thèbes se rassure après ce grand effort j Puisqu'il change votre ame , il changera son sort. La paix dès ce moment n'est plus désespérée ; Puisque Créon la veut, je la tiens assurée :

Bientôt ces cœurs de fer se verront adoucis ; Le vainqueur de Créon peut bien vaincre mes fils.

à Etéocle.

Qu'un sigrand changement vousdésarme et vous touchej Quittez, mon fils , quittez cette haine farouche j Soulagez une mère , et consolez Créon ; Rendez-moi Polynice, et hii rendez Hémon.

ÉTÉOCLE

Mais enfin , c'est vouloir que je m'impose un maître. Vous ne l'ignorez pas , Polynice veut l'être j Il demande surtout le pouvoir souverain , Et ne veut revenir que le sceptre à la main.

Page 1