‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 3 sur 264 · SUR RACINE. XV · texte numérisé non relu

SUR RACINE. XV

lEstker fut' représentée par ies jennes pénsitm-^ naires de cette maison , que^Pauteur avoit formées à la déclamation. Madame de Sévigné fait mention, dans une de ses lettres , 4eâ applaudissements que reçutcette tragédie , qu'elle appelle un chef-d'œuvre deRacine. <tC!e^poèle s'est surpassé , dit-elle ; il aimé « Dieu comme il aîmoit ses maîtresses ; il est peur « les choses saintes , comme il étoit pour les pro^ « Ëmes : tout est beau- ^ tout est grand , tout est « écrit avec digniiéi»

On est d'abord un -peu étonné de cette admiration exagéréç qûe^madame de Sévigné montre iei pour i^^^ft^r*^ après avoir parlé si froidement , pout ne pas dire si dédaigneusement, è! Andrômaque ^ de Mritanniciis ydeSaJiizét'j Ae^ Phèdre ^ etc. pièces très-supérieureà ii JEsther: Mais lorsqu'on se rappelle que , fidèle à ce qu'dle appeloit ses vieilles admirations , elle écrivoit 4 sa fille que (cRacine idt ïrtiroit pa& lodb , etque le goût en pâsseroit colnmé « celui du çàfé ,7) çfa ne voit plus dans la ctitîqtié comme dans Féloge , que le ffîén^e défaut de tact et de jugement; >:

Quoique ^sther offre de très^beaux détails' sour tenus de ce style enchanteur qui Tend la lecture de Racine si délicieuse , il faut avouer que les applications particulières et malignes que les courtisans firent de plusieurs vers de coltô- tïiagédie à certains événements du temps , contribuèrent beaucoup au grand succès qu'elle eut à la cour rmais le public ^

XTJ NOTICE^ .

qui jugeoit k pièce en eHe^même, et dâxis l'opinion duquel ces applications bonnes ou mauvaises ne pouvoient ajouter à Fouvrage , • ni »ne beauté , ni un défaut , ne lui fut pas aussi &T(M?able qu'on Tavoit été à Vei:saiUe8 ; et l'on convient généralement aujourd'hui que le public eut raison.'

Deux ans après , Racine , flatté d'avoir réussiddns lin genre dont il étoit rinventçur , et qui peut-être avoit senti renaître en lui le désir ai naturel et si utile de la gloire , traita dans lès mêmes vues le sujet ^Aihaliè ; mais le long silence qu'il s'étoit imposé j et qui auroit dû lui &ire pardonncar.sa réputation , n'avoit pu encore désarmer l'fenvie : tous les ressorts les plus acti& , et dont l'effet est le plus sur lorsqu'on veut nuire, furent mis en mouvement , et l'on parvint enfin à jeter dans l'esprit de madame de Maintenon des scrupules qui firent supprimer les spectadlea de Saint-Cyr , et Aiha^. n'y fut point représentée. Racine la fit imprimer en 169 1 ; mais elle trouva peu de lecteurs. On jse peJTSuada qu'une ]âèce &ite pour des en&nts n'é^ toit bonne que pour eux ; et les gens du m^ide , qui crâ.ignent l'ennui autant que la douleur , et qui , moins par dé&ut de lumières que d'application , n'ont guère en général d'autres sentiments que ceux qu'on leur inspire , suivirent le torrent , et continuèrent à dépriser AthaUe sans l'avoir lue. I JBLacine, étonné que le public reçût avec cette indifférence un ouvrage qui auroit . suJË pour

SUR RACINE. xvij ,

l'immortaliser , s'imagina qu'il avoit manqué Mn sujet , et il Favouoit sincèrement à Boileau , qui lui sûutenoit au conti^iire qn^j^thttH^ étcAt son chefd'œuvre, ce Je m'yoonnois , lui disoit-il, et le publœ D y reviendra. y> La prédiction de* Boileau s'est ac*^ complie , mais si- long-temps après la mort de Ra*» cine, que ce grand homme n^a puni jouir du succès de sa pièce , ni mênie le prévoir.'

Cette nouvelle in jfustice du public, qui Vêsioitde commettre un second crime envers la poésie et le bon goût) détermina enfin Racine à ne plus s'occuper de vers y et à renoncer pour jaiùais au théâtre* Il étoit né trè»*sensible , et cette extrême mofadiité d'âme, qui donnoit à la fortune et aux événements tant de moyens divers de le tourmenter et de le rendre malheureux , devint en effet pour lui une source de peines. <c Quoique les applaudisseaosènts « que fai reçus , disoit-il , m'aient beaucoup flatté , K la moindre critique , quelque^ mauvaise^ qu'elle ce ait été , m'a toujours causé plus de chagrin que <c toutes les louanges ne m'ont &it de plaisûr. >> tin homme du génie 1^ plus fécond y le plus original; et le pkiS' unirersel qu'il y ait jamais eu , et qui a d'ailleurs Jbèancoup d'autres r8q>ports avec Racine ^ auroitpu&ire-lemémèaVeu. "

La sensibilité ide Racine, se portoit sur tous les objets : elle abrégea même ses jours. Il avoit fait ^ dans les vues de madame de Maintenon , et pour répondre k la confiance qu'elle lui témoig^t, un

xviij ,JN.OTIÇEi

projet de fii^an^^^-doiiit If objet «toit d^ ptx>poser uïi plaJQ dj^ ;pçform^ et de J<égi$latio|l qui {^ût soulager la misère du peuple: Xpuis XI¥ : surprit çë projet &i\tQ les: mains: ie-ipixadÂme de Maintenôn , et blâma hautement le s2^ki ioi^imsidéjoéde llaqi^: ce Parce « .qù'ii sait faire> parfaitement dSsiyeya^ditlé roi^ « C3Poit-41 tout sâifoii?? et parce qJitiLest grand poète, <c veut-il être minj[$t]?^^>>Raci23je>aurpit mieux fait i^râa doute, povit'^.'glèire et pobr^ som repos ,jKie donner au public un^ Wnne tragédie de plus , que deis'occuper à écjribce;^s lieux* cQinsËtiiiis plus. ou moiiis éloqueiLts,«ur.desmatièrQSjqu^ildî'avoit pa? éludiez, et sur lesquelles avecifeeauceap de eorl* Boissanq6s , et une longue expérièisMîe, il est si facile et si ordinaire de se trojnper; maisia va^ité lui fit un momient illusion : sonjariiour-propre fut flatté que madame de Maintenbu. l^eùt choisi pour porter: la vérité , pu qe qu'il preiaoit pour eUe^ aux pieds du trôïie^ et rjespoir. si séduisant et si doux de devenir rinstriiment du bonheur du peuple^ . après a^oiar été si long- temps celuide ses plaiâk?s , lui ferma les yeux sur les daiigeira de sa ooinfflaJiaahçe. :. Cependant inufdamè de Maintenonluifitdire'de n^.pas paroître'iia ûoii:r.)usqu'à.nou:V«l*rdre 'i dès ce moment Racine ne dout%.p3f«iside sa disgrâce^ Accablé de mëlanfioli@, et portait partout le titiit ];nortel dosit il éboit atteint , il reïouxna quelque ttempsjapxès à Versailles : maistoiitétoit changé pour hû^ ou dumoins Ule crut ainsi 3 et Louis XIV

: : SUR KACINE; xix

un jot^r .ayant. pÉMà^édain&Ja galerie, sans le regarder , Rapine; iHiii k^étoît pa»^ dit Vôlt&irè, aussi philosQçhiB qiue bon poète, enxnourHtd^ chagrin *, après avoir tj^a^îné pe^daoat un an une vie languissante et .pénible. :,....': •

On ,îiQ . pmt lassez «egretCer que Raciîie , 'trop indifférent pour ses tragédies profanes , qù^il aiiroît même .voulu pouvoir anéantir , s^il en faut croire son. SXsyBÎt toujours négligé dé donner une édition, correctç^d^» ses' œuvreè. Toutes celles qui oot paru

de son.viiYIMQEtr.et depuis isa^jinort sont A feititives, et

le texte jçij, èsSÇ ai corrompu, que je ne connôis'aucun puv?:age qui ait plus souffert deFiRcapacité des éditeu^ra > et de la négligence des impïinieurs. Sédition publiée avec des commentaires est plus belle , mais non plus exacte que les précédentes j et Ton doit surtout reprocher aux éditeurs de n'avoir porté dans Fexamen et le choix des diverses leçons , ni une critique assez éclairée , ni un goût assez sévère . A l'égard de^ leurs notes , il me semble qu'à l'exception des remarques de Louis Racine et de l'abbé d'Olivet , dont ils ont profité , mais qu'ils n'ont pas toujours entendues , elles n'offrent rien d'utile et d'instructif. Peut-être aussi Voltaire étoit-il seul capable de faire un bon commentaire sur Racine , et d'apprécier avec justesse ses beautés et ses défauts ; mais on ne trouve dans ses ouvrages que des réflexions générales sur cet auteur , et

x ' Le 21 ayril 1699.

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