ACTE III, SCENE VL
Tout rebelle qu'il est , et tout mon rival même : Sans le perdre , je veux perdre mes ennemis : H m'en coûteroit trop, s'il m'en coùtoit deux fils. Des deux princes, d'ailleurs, la haine est trop puissante; Ne crois pas qu'à la paix jamais elle consente : Moi-même je saurai si bien l'envenimer , Qu'ils périront tous deux , plutôt que de s'aimer. Les autres ennemis n'ont que de courtes haines ; Mais , quand de la nature on a brisé les chaînes , Cher Attale , il n'est rien qui puisse réunir Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir. L'on hait avec excès , lorsque l'on hait un frère. Mais leur éloignement ralentit leur colère.
Quelque haine qu'on ait contre un fier ennemi , Quand il est loin de nous , on la perd à demi. . Ne t'étonne donc plus si je veux qu'ils se voient : Je veux qu'en se voyant leurs fureurs se déploient j Que rappelant leur haine , au lieu de la chasser , Ils s'étouffent , Attale , en voulant s'embrasser.
ATTAIiE.
Vous n'avez plus , Seigneur, à craindre que vous-même. On porte ses remords avec le diadème.
CRÉON
Quand on est sur le trône , on a bien d'autres soins ,
Et les remords sont ceux qui nous pèsent le moins.
Du plaisir de régner une ame possédée
De tout le temps passé détourne son idée ;
Et de tout autre objet un esprit éloigné
Croit n'avoir point vécu tant qu'il n'a point régné.
Mais allons. Le remords n^est pas ce qui me touclie, Et je n'ai plus un cœur que le crime efiarouche. Tous les premiers forfaits coûtent quelques efforts ; Mais^ Attale, on coujumet les seconds sans remords.
FIN DU TROISIÈME ACTE
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