‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 34 sur 264 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉTÉOCLEj GRÉON.

Il . . <

ÉTÉOCLE

Oui , Crébri , ^W ici qulî doit bientôt se rendre , Et tous deux en ce lieu nbu? le pouvons attendre. Nous verrons ce qu'il veut ; plais je répondrois bien Que par cette entrevue pti' h'aViancera rien. Je connois Polynice et sqii liuïneur altière ; Je sais bien que sa naine e^tènôôr' toute entière : Je ne crois pas qu'oïi puiâse en aitêter le cours ; Et pour moi , je sens bien que je le hais toujours.

CREON

Mais s'il vous cède enfin, la grajridei^r souveraine , Vous devez, ce me semble,, apaiseï: votre haine.

; JÊTÉOCXE,' '«

Je ne sais si num cœur s^apaiser» jamais :

Ce n'est pto son. ca^ueil , c'est lui seul que je hais. Nous avons l'un et l'autre une. îhaine obstinée : Elle n'est pas, Créon , l'ouvrage d'une année , Elle est née avec nous : et sa noire fureur , Aussitôt que la vie , entra dans notre cœur.

Nous étions ennemis* dès la plus tendre enfiince j Que dis-je? nous l'étions avant notre naissance,

5o LES FRERES ENNEMIS.

Triste et fatal effet d'un sang incestueux !

Pendant qu'un même sein nous renfermoit tous deux ,

Dans les flancs de ma mère , une guerre intestine

De nos divisions lui marqua Forigine.

Elles ont , tu le sais j paru dans le berceau ,

Et nous suivront peut-être encor dans le tombeau.

On diroit que le ciel , par un arrêt funeste ,

Voulut de nos parents punir ainsi Finceste ,

Et que dans notre sang il voulut mettre au jour

Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour.

Et maintenant , Créon , que j'attends sa venue , .

Ne crois pas que pour lui ma haine diminue :

Plus il approche , et plus il me semble odieux j

Et sans doute il faudra qu'elle éclate à ses yeux. , ,

J'aurois même regret qu'il me quittât l'empire ; .

Il faut , il faut qu'il fuie , et non qu'il se retirp, ,

Je ne veux point ^ Créon , le haïr à moitié ,

Et je crains son courroux moins que son amitié.

3e veux, pour donner cours à jnon ardente haine.

Que sa fureur au moins autorisé Ik mienne ;

Et , puisqu'enfiri mon cœur né saiïrûit se trahir ,

Je veux qu'il me détesté ^ afin de le haïr.

Tu verras que sa rage est encore la même ,

Et que toujours son côerûr ^uspire au dtadèmè ; >

Qu'il m'abhorre toujours , et veut toujours régner ^

Et qu'on peut bien le vaincre , et non.pM le gagndr;

CKEON.

Domtez-le donc , Seigneur , s'il demeure inflexible : Quelque fier qu'il puisse être ^ il n'est pas invincible ;

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