‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 48 sur 264 · CB.EON · texte numérisé non relu

CB.EON

Vous avez vu , Madame , avec quelle furie Les deux princes sortoient pour s^arracher la vîej. Que d'une ardeur égale ils fuyoient de ces lieux,* Et que jamais leurs cœurs ne s'accordèrent mieux. La soif de se baigner dans le sang de leur frère, Faisôit ce que jamais le sang n'avoit su faire. Par rexcès de leur haine il3 sembloient réunis j ;

Et, prêts a s'égorger, ils paroissoiént amis. ^

Ils ont choisi d'abord*, pour leur champ de bataille, Un lieu près des deux camps , au pied àh la muraille; C'est là que reprenant leur première fureur, - Ils commencent enfin ce combat plein d'horreur. JD^un geste menaçant ,;d'un; œil brûlant de rage, Dans le seiii l'uii de l'autre ils cherchent un passage ^ Et la seule fureur précipitant leurs bras , Tous d;eux semblent courir au-devant du trépas. - Mon fils , qui de douleur en soùpiroit dans l'ame,' Et qui se souvenoit de vos ordres , Madame , Se jette au niilieu d'eux , et méprise poui* vous Leurs ordï'eis absolus qui nous arrêtoièht tousl Il leur retient le bras ,• les repousse , les prie , Et , pour les i^parer J ^^«xpose à leur furie.

'ACTE V, SCENE IIL / 69

Mais il s'efforoé eii vain'tfcn arrêter le cou»; Et ces deu^ furieux se rapprochent toujours.

Il tient ferme pourtant , e|: né perd, point courage : De mille coups mortels il clétcmme Forage y • Jusqu'à ce. que du roi le fer trop rigoureux^ . Soit qu'il cherchât son frère , t)U'.ce fila malheureux , . Lé renverse à ses pieds prêt à rendre la inç.

ANTÎGONIE,

Et la douleur encor ne me Ta pas ravie? . î .

J'y cours, je le relève , et le prends dans mes hrâs;

Et me reconnoissant : ce Je meurs, dit- il tout bas,

ce Trop heui^èux d'expirer pour ma belle princesse.

ce En vain' à mon secours vofa-e amitié s'empresse j

ce C'est à ces furieux que' vbtis devez courir:

ce Séparez-les, mon père, et me laissez mourir^»

Il expiré à ces nlots. Ce barï)kre spectacle '

A leur noire fiireur n'apporte point d^obstaclé j

Seulement Polyriîce en parent afiSigé :

ce Attends , Hémon , dit-ily tu ras être véjugë. »

En effet , sa douleur renouvelle sa rage^, '

Et bientôt' le combat tourne à son avantage.'

Le roi , frappé d'un coup quri lui perce le flanc ,^

Lui cède la victoire, et tombé dans son sang.

Les deux camps aussitôt s'abandonnent èri proie ,

Le nôtre à la douleur , et lès Grecs à la jbié ^

Et le peuple , alarmé du- trépas de son roi ,

Sur le haut de ses tours témoigne son effrois

Polynice ^ tout fier du succès de son crime ,,

Regard©' avec plaisir, expirer sa yictime:}' ■ ' . T

Dans le sang de sou frère il semble se bbigneâr : • : -

<c Et tu métir», lui dit-il , et moi je Tjoiâ réghèr . • : \

<c Regarde dans mes lOiainis l'empire let^Ja-viotoire ; ?.

<c Va rougir aux enfprside Fexcès dé;iiui;glmré; • -il

a Et pour xKLourir .encore a^ec plus . de xegrét', • ' '

<c Traître^ songe en.moi2rant que tu meurs xiiioiisu)€t. »

En achevant ces mot^ , d,'U9Ç démarche fière

Il s'approche du roi couché sur la poussièi:e ^ . ,

Et pour le désarinér il avance lé bras.

Le roi , qui semble mort j observe tous ses pas j

Il le voit ,, il. l'attend , et son ame irritée.,- r

Pour quelque grand dessein semble s'être arrêtée,; : Uarde.i;!?: dç se ve^ger. flat|:ç encor sçs 4^sir3 , ; ,, Et retarde le cours de. seis derniers soupirs. : : , Prêt à reuiàre la vie, il, , en- , cache le reste.. Et sa mort au vainqueur est un piéee fiineste : Et dans l'instant f^tal qijie qe frèrç. iflhujip\ai]a ; Lui veut oter ;le fer qu'dj, tenoit à, U mWPi ».

n lui perce le cœur: etson ame ravie:, * î :

En achevant cq cQup, a]|:)aiidonne49^vie^ ; .

Polynice frappé pousi^se yn, cri dan4 . l^ aiçs , ; Et son ame en courroux s'enfuit danjsi les: enfers. Tout ^lOîrt qu'il est , Madame , il garde sa colère , , Et l'on diroit qu'encore il mei^ace son frère, . Son visage, où la xnort a répandu ses traits , Demeure plus terriblp pt plus fier quç jamaia^

Fatale ambition , aveuglement funeste,

D'un oracle cruel suite trap.raanifeste J ^

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