SCÈNE PREMIERE
AXIANE, CLÉOFILE.
AXIANE
uoi, Madame , en ces lieux on me tient enfermée ! Je ne puis au combat voir marcher mon armée ! Et , commençant par moi sa noire trahison , Taxile de son camp me fait une prison !
C'est donc là cette ardeur qu'il me &isoit paroitrc ! Cet humble adorateur se déclare mon maître !
Et déjà son amour , lassé de ma rigueur , ; Captive ma personne au dé£iut de mon cœur !
CLÉOFÏIiE.
Expliquez mieux les soins et les justes alarmes
D'un roi, qui pour vainqueurs ne connoî t que vos charmes
Et regardez ^ Madame , avec plus de bonté
L'ardeur qui l'intéresse à votre sûreté.
Tandis qu'autour de nous deux puissantes armées ,
D'une égale chaleur au combat animées y
De leur fureur partout font voler leurs éclats ,
De quel autre coté conduiriez-vous vos pas ?
Où pourriez-vous ailleurs éviter la tempête ? \
Un plein calme en ces lieux assure votre tête ;
Tout est tranquille .... i
ALEXANDRE. n5
AXJANE.
Et c'est cette tranquillité Dont je ne puis souffrir l'indigne sûreté.
Quoi ! lorsque mes sujets, mourant d^ns une plaine , Sur les pas de Porus combattent pour leur reine ; Qu'au prix de tout leur sang ils signalent leur foi ; Que le cri des mourants vient presque jusqu'à moi, On me parle de paix ! et le camp de Taxile Garde , dans ce désordre , une assiette tranquille ! On flatte ma douleur d'un calme injurieux 4 Sur des objets de joie on arrête mes yeux !
CLÉOFIIiE.
Madame , voulez-vous que l'amour de mon frère Abandonne aux périls une tête si chère ?
Il sait trop les hasards....
AXIANE
Et pour m'en détourner, Ce généreux amant me fait emprisonner !
Et tandis que pour moi son rival se hasarde , Sa paisible valeur me sert ici de gaide !
CliÉOFIIiE.
Que Porus est heureux ! le moindre éloignement A votre impatience est un cruel tourment ; Et si l'on vous croyoit , le soin qui vous travaille Tous le feroit chercher jusqu'au champ de bataille.
AXIAXE.
Je ferois plus , Madame ; un mouvement si beau Me le feroit chercher jusques dans le tombeau ,
ii6 ALEXANDRE.
Perdre tous mes états , et voir d'un œil tranquille Alexandre en payer le cœur de Cléofile.
CliÉOFIIiE,
Si vous cherche» Porus , pourquoi m'abandonner ? Alexandre en ces lieux pourra le ramener.
Permettez que , veillant au soin de votre tête , A cet heureux amant l'on garde sa conquête.
AXIANE
Vous triomphez , Madame , et déjà votre cœur Vole vers Alexandre , et le nomme vainqueur.
Mais sur la seule foi d'un amour qui vous flatte ^ Peut-être, avant le temps , ce grand orgueil éclate : Vous poussez un peu loin vos vœux précipités , Et vous croyez trop tôt ce que vous souhaitez. Oui, oui...
CliÉOFIIiE.
Mon frère vient , et nous allons apprendre Qui de nous deux , Madame , aura pu se méprendre.
AXIAKE.
Ah ! je n'en doute plus , et ce front satisfait Dit assez à mes yeux que Porus est défait.