‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 74 sur 264 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

Il m'auroit , en eflfet , épargné la douleur ,

De vous venir moi-même annoncer son malheur.

AXIANE

Quoi, Porus.,..

TAXIIiE,

C'en est fait ; et sa valeur trompée , Des maux que j'ai prévus se voit enveloppée.

Ce n'est pas (car mon cœur respectant sa vertu , N'accable point encore un rival abattu ) Ce n'est pas que son bras , disputant la victoire , N'en ait aux ennemis ensanglanté la gloire j Qu'elle-même , attachée à ses faits éclatants , Entre Alexandre et lui n'ait douté quelque temps« Mais enfin , contre moi sa vaillance irritée Avec trop de chaleur s'étqit précipitée :

J'ai vu ses bataillons rompus et renversés , Vos soldats en désordre et les siens dispersés j Et lui-même à la fin entraîné dans leur fuite , Malgré lui , du vainqueur éviter la poursuite ; Et , de son vain courroux trop tard désabusé , Souhaiter le secours qu'il avoit refusé.

AXIANE

• Qu'il avoit refusé ! quoi donc , pour ta patrie Ton indigne courage attend que l'on te prie ! Il faut donc , malgré toi , te traîner aux combats , Et te forcer toi-même à sauver tes états !

L'exemiple de Porus ,. puisqu'il faut qu'on t'y porte,. Dis-moi , n'étoit-ce pas une voix assez forte ? Ce héros, en péril ^ ta maîtresse en danger ,

n8 - ALEXANDRE.

Tout Tétat périssant n^a pu t'encourag^r !

Va , tu sers bien le maître à qui ta soerj te donne. Achève , et fais ^e moi ce que sa I. âne ordonne ; Garde à tous les vaincus un traitement égal ; Enchaîne ta maîtresse en livrant ton rival.

Aussi bien c'en est fait ; sa disgrâce et ton crime Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime:

Je Fadore , et je veux , avant la fin du jour , Déclarer à la fois ma haine et mon amour ; Lui vouer , à tes yeux , une amitié fidèle , Et te jurer , aux siens , une haine immortelle. Adieu. Tu me connois : aime-moi si tu veux.

TAXIIiE.

Ah ! n'espérez de moi que de sincères vœux , Madame ; n'attendez ni menaces ni chaînes :

Alexandre sait mieux ce qu'on doit à des reines. Soufircz que sa douceur vous oblige à garder Un trône que Porus devoit moins hasarder ; Et moi-même en aveugle on me verroit combattre La sacrilège main qui le voudroit abattre.

AXIANE

Quoi ! par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi ; Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le même tyran qui m'en auroit chassée !

' TAXIIiE.

Des reines et des rois , vaincus par sa valeur , Ont laissé par ses soins adoucir leur malheur. Voyez de Darius et la femme et la mère ; L'une le traite en fijs , l'autre le traite en frère.

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