‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 82 sur 264 · SCÈNE PREMIÈRE. AXIANE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE. AXIANE

JM 'entenbroks-kous jamais que des cris de victoire

Qui de mes ennemis me reprochent la gloire?

Et ne pourrai-je au moins , en de si grands malheurs ,

M'entretenir moi seule avecque mes douleurs ?

D'un odieux amant sans cesse poursuivie ,

On prétend , malgré moi , m'arrachei: à la vie :

On m'observe , on me suit. Mais, Porus , ne crois pas

Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas.

Sans doute à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre.

En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre ^

On te découvriroit au bruit de tes efforts ;

Et s'il te &ut chercher , ce n'est qu'entre les morts.

Hélas ! en me quittant , ton ardeur redoublée

Sembloit prévoir les maux dont )e suis accablée ,

Lorsque tes yeux aux miens découvrant ta langueur,

Me demandoient quel rang tù tenois dans mon cœui ^

Que , sans t'inquiéter du succès de tes armes ^

Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes.

Et pourquoi te cachois-je avec tant de détours

Un secret si fatal au repos de tes jours ?

Combien de fois , tes yeux forçant ma résistance ,

ia8 ALEXANDRE.

Mon cœur a'est-il ru près de rompre le silence !

Combien de fois , sensible à tes ardents désirs ^

M^est-il en ta présence échappé des soupirs !

Mais je voulois encor douter de ta victoire ;

J^expliquois mes soupirs en faveur de la gloire;

Je croyois n'aimer qu^elle. Ah ! pardonne , grand roi j

Je sens bien aujourd'hui que je n'aimois que toi.

J'avoûraL que la gloire eut sur moi quelque empire ;

Je te l'ai dit cent fois : mais je de vois te dire

Que toi seul , en effet , m'engageas sous ses lois.

J'appris à la connoître en voyant tes exploits ;

Et , de qudque beau feu qu'elle m'eut enflammée ,

En un autre que toi je l'aurois moins aimée.

Mais que sert de pousseï^ des soupirs superflus

Qui se perdent en l'air, et que tu n'entends plus ?

Il est temps que mon ame ^ au tombeau descendue y

Te jure une amitié si long*temps attendue ;

Il est temps que mon cœur , pour gage de sa foi ,

Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi.

Aussi bien penses-tu que je voulusse vivre

Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre?

Je sais qu'il se dispose à me venir parler ,

Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler.

H croit peut-être , il croit que ma haine étoufiëe

A sa fausse douceur servira de trophée.

Qu'il vienne. Il me verra , toujours digne de toi ,

Mourir en reine, ainsi que tu mourus en roi.

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