‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 83 sur 264 · ALEXANDRE, AXIANE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE, AXIANE

AXIAKE.

Hé bien, Seiguenf, hé bien^trouvez-rous quelques cbarmes A voir couler des pleurs que font verser vos armes ? Ou ai vous m'enviez , en Fétat où je suis, La triste liberté de pleurer mes ennuis ?

AliEXANDIlE.

Votre douleur est libre autant que légiitime* Vous regrette^, Madame, tin prince magnanime : Je fus son ennemi ) mais je ne Té toi s pas Jusqu'à blâmer led pleurs qu'on donne à son trépas. Avant que sur ses bords llnde me vît paroître, L'éclat de sa Vertu me l'avoit fait connoître ; Entre les plus grands rois il se fit remarquer. Je savois. . • % '

AXÎANÊ*

Pourquoi donc le venir attaquer?

Par quelle loi Êiut-il qu'aux deux bouts de la terre Vous cherchiez la vertu, pour lui faire la guerre ? Le mérite à vo^ yçux ne peut-dl. éclater Sans pousser votre orgueil à le persécuter ?

ALEXANDRE

Oui, j'ai chCTché Porus. Mais , quoi qu'on puisse dire^ Je* ne le cherchois pas afin de le détruire.

J'ayoûrai que , brûlant de signala mon bras , Je me laissai conduire au bruit de ses combats ;

î3o ALEXANDRE.

Et quW seul nom d'un roi , jusqu'alors invincible , A de nouveaux exploits mon cœur devint sensible. Tandis que je croyois , par mes combats divers , Attacher sur moi seul les yeux de Funivers , J'ai vu de ce guerrier, la valeur répandue , Tenir la renommée entre nous suspendue ; Et voyant de son bras voler partout FefiEroi, iClnde sembla m'ouvrir un champ digne de moi. Lassé de voir des rois vaincus sans résistance , . J'appris avec plaisir le bruit de sa vaillance. Un ennemi si noble a su m'encourager j Je suis venu chercher la gloire et le danger. Son courage , Madame , a passé mon attente.

La victoire à me suivre autrefois si constante , M^a presque abandonné pour suivre vos guerriers. Porus m'a disputé jusqu'aux moindres lauriers j Et j'ose dire encor qu'en perdant la victoire, Mon ennemi lui-même a vu croître sa gloire ; Qu'une chute si belle élève sa vertu , Et qu'il ne voudroitpas n'avoir point combattu..

AXIANE

Hél|i« ! il fidloit bien qu'une si noble envie

Lui fît abandonner tout le soin de sa vie ;

Puisque , de toutes parts trahi , persécuté ,

Contre tant d'ennemis il s'est précipité.

Mais vous , s'il étoit vrai que son ardeur guerriète

Eût ouvert à la votre une illu&tre carrière',

Que n'avez-vous, jSeigneuTy dignement combattu?

Falloit-il par la ruse attaquer sa vertu ,

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