ACTE IV, SCENE IL i3i
Et , loin de remporter une gloire parfaite^ D'un autre que de vous attendre sa défaite?
Triomphez : mais sachez que Taxile en son cœur , Vous dispute déjà ce beau nom de vainqueur ; Que le traître se flatte , avec quelque justice, Que vous n^avez vaincu que par son artifice : Et c'est à ma douleur un spectacle assez doux , De le voir partager cette gloire avec vous*
AliEXANDRE*
En vain votre douleur s'arme contre ma gloire :
Jamais on ne m'a vu dérober la victoire ;
Et par ces lâches soins quW ne peut m'imputer ,
Tromper mes ennemis au lieu de les domter.
Quoique partout, ce semble, accablé sous le nombre,
Je n'ai pu me résoudre à me cacher dans Tombre :
Ils n'ont de leur défaite accusé que mon bras j
Et le jour a partout éclairé mes combats.
H est vrai que je plains le sort de vos provinces :
J'ai voulu prévenir la perte de vos princes ;
Mais s'ils avoient suivi mes conseils et mes vœux ,
Je les aurois sauvés ou combattus tous deux.
Oui, croyez..,
AXiANE*
Je crois tout* Je vous crois invincible ; Mais, Seigneur, suffit-il que tout vous soit possible? Ne tient il qu'à jeter tant de rois dans les fers. Qu'à faire impunément gémir tout l^univers?
Et que vous avoient fait tant de villes captives. Tant de morts dont l'Hydaspe a vu couvrir ses rives?
i5a ALEXANDRE.
Qu'ai-je £iit , pour venir accabler en ces lieu:s: Un héros sur qui seul j^ai pu tourner les yeux ? A-t-il 4e votre Grèce inondé les frontières ? Avons-nous soulevé des nations entières, Et contre votre gloire excité leur courroux?
Hélas ! nous l'admirions sans en être jaloux : Contents de nos états , et charmés l'un de l'autre , INous attendions un sort plus heureux que le vôtrej Pôrus bornoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur. Ah ! n'eussiez- vous versé qu'un sang si magnanime; Quand on ne vous pourroit reprocher que ce crime, Ne vous sentez- vous pas, Seigneur, bien malheureux D'être venu si loin rompre de si beaux nœuds? Non, de quelque douceur que se flatte votre ame, "Vous n'êtes qu'un tyran.
ALEXANDRE
Je le vois bien , Madame , Vous voulez que, saisi d'un indigne courroux, En reproches honteux j'éclate contre vous.
Peut-être espérez- vous que ma douceur lassée Donnera quelque' atteinte à sa gloire passée : Mais quand votre vertu ne m'auroit point charmé , Vous attaquez , Madame, un vainqueur désarmé. Mon ame , malgré vous à vous plaindre erigâgée'. Respecte le malheur où vous êtes plongée.
C'est ce troubie fatal qui vous ferme les yeux , Qui ne re^rde en moi qu'un tyran odieux.
Sans lui , vous avoûriéz que le sang et les larmes