‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 120 sur 185 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CLÉOFILE, ÉPHESTION.

ÊPHESTION.

V/ii, tandis que vos rois délibèrent ensemble , Et que tout se prépare au conseil qui s'assemble , Madame , permettez que je tous parlr aussi Des secrètes raisons qui m'amènent ici. * Fidèle confident du beau feu de mon maître ,

* Des secrètes raisons i^n rn amènent ici.

Il ne faut point dire comme le commentateur , dont on a supprimé ici les insuffisantes observations , que Racine avait choisi vn sujet si peu intéressant ; car quel que fût ce sujet , rien n'obligeait l'auteur à dégrader , comme à plaisir, tous ses personnages. Que dire du rôle abject et indécent que fait ici l'ami d'Alexandre , transformé en valet de comédie , et intriguant pour les amours de son maître ? Ne pounvit-il pas dire , comme

Sosie :

J'ai fait une belle ambassade ?

Quelle pitié ! Mais quelle obligation n'avons-noos pas à Boiieau d'avoir le premier voué au ridicule cet avJissement du plus beau des arts , et à Racine d'avoir été le premier à l'effacer! Jusqu'ici ce n'est pas encore Racine que nous lisons : il appartient encore à la mede , et non pas à son génie.

\( ;1E II, SCÈNE I. on

Souffrez que je l'explique aux veuxqui l'ont fait naître ; * Et que pour ce héros j'ose vous demander Le repos qu'à vos rois il veut bien accorder. Après tant de soupirs, que faut-il qu'il espère? Attendez-vous encore après l'aveu d'un frère ? Voulez-vous que son cœur, incertain et confus, Ne se donne jamais sans craindre vos refus ? Faut-il mettre à vos pieds le reste de la terre? Faut-il donner la paix ? faut-il faire la guerre ? Prononcez : Alexandre est tout près d'y courir, Ou pour vous mériter, ou pour vous conquérir.

I I.ÉOF1LE.

Puis-je croire qu'un prince au Comble de la gloire

De mes faibles attraits garde encor la mémoire ;

Que, traînant nprès lui la victoire et l'effroi,

Il se puisse abaisser à soupirer pour moi ?

h sa captifs comme lui brisent bientôt leur chaîne;

•Y de plufl hauts desseins la gloire les entraîne ;

Et L'amour dans leurs cœurs, interrompu, troublé,

Sous le faix des lauriers est bientôt accablé. **

* Souffrez que je 1 1 vplique~~

On ii"/ >;>'>■;■< pas un feu: maïs cent fautes d leraienl moins choquantes qu'un Ephestion , fuir le confident du le au feu de son maître.

•• $ le f ail des lauriers est bientôt

L'n amour accablé sous le faix des lnuri,

Tandis que ce héros me tint sa prisonnière, J'ai pu toucher son cœur dune atteinte légère : Mais je pense, seigneur, qu'en rompant mes liens Alexandre à son tour hrisa bientôt les siens.

ÉPHESTIGN.

Ah î si vous l'aviez tu, brûlant d'impatience r Compter les tristes jours dune si longue absence , Vous sauriez que , l'amour précipitant ses pas , Il ne cherchait que vous en courant aux combats. C'est pour vous qu'on l'a vu , vainqueur de tant de princes. D'un cours impétueux traverser vos provinces , Et briser en passant , sous l'effort de ses coups , Tout ce qui l'empêchait de s'approcher de vous. On voit en même champ vos drapeaux et les nôtres : De ses retranchemens il découvre les vôtres : Mais , après tant d'exploits , ce timide vainqueur Craint qu'il ne soitencor bien loin de votre cœur. Que lui sert de courir de contrée en contrée , S'il faut que de ce cœur vous lui fermiez l'entrée; Si , pour ne point répondre à de sincères vœux , Vous cherchez chaque jour à douter de ses feux \ Si votre esprit, arcné de mille défiances... ?

CLÉOFILE.

Hélas ! de tels soupçons sont de faibles défenses ;

fausse , qui ne présente rien à l'imagination ; mais Alexandre , qui est un timide vainqueur . est bien pis.

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