‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 121 sur 185 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et nos cœurs , se formant mille soins superflus , *

Doutent toujours du bien qu'ils souhaitent le plus.

Oui , puisque ce héros veut que j'ouvre mon ame ,

J'écoute avec plaisir le récit de sa flamme :

Je craignais que le tems n'en eût borné le cours ;

Je souhaite qu'il m'aime ; et qu'il m'aime toujours.

Je dis plus : quand son bras força notre frontière ,

Et dans les murs d'Omphis m'arrêta prisonnière ,

Mon cœur , qui le voyait maître de l'univers ,

Se consolait déjà de languir dans ses fers ;

Et , loin de murmurer contre un destin si rude ,

Il s'en fit, je Tayoue , une douce habitude ;

Et de sa liberté perdant le souvenir,

Même en la demandant, craignait de l'obtenir :

Jugez si son retour me doit combler de joie.

Mais tout couvert de sang veut-il que je le voie?

Est-ce comme ennemi qu'il se vient présent» t

Et ne me cherche- t-il que pour me tourment» 1

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