ACTE II, SCÈNE I
Et nos cœurs , se formant mille soins superflus , *
Doutent toujours du bien qu'ils souhaitent le plus.
Oui , puisque ce héros veut que j'ouvre mon ame ,
J'écoute avec plaisir le récit de sa flamme :
Je craignais que le tems n'en eût borné le cours ;
Je souhaite qu'il m'aime ; et qu'il m'aime toujours.
Je dis plus : quand son bras força notre frontière ,
Et dans les murs d'Omphis m'arrêta prisonnière ,
Mon cœur , qui le voyait maître de l'univers ,
Se consolait déjà de languir dans ses fers ;
Et , loin de murmurer contre un destin si rude ,
Il s'en fit, je Tayoue , une douce habitude ;
Et de sa liberté perdant le souvenir,
Même en la demandant, craignait de l'obtenir :
Jugez si son retour me doit combler de joie.
Mais tout couvert de sang veut-il que je le voie?
Est-ce comme ennemi qu'il se vient présent» t
Et ne me cherche- t-il que pour me tourment» 1