‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 125 sur 185 · ACTE II, SCÈNE II. 32l · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 32l

Vous les verriez plantés jusque sur vos tranchées . Et de sang et de morts vos campagnes jonchées , l

pécher de regretter, avec Saint-Ëvremond et Louis Racine, que l'auteur d' Alexandre n'ait fait aucune mention du fameux passage de l'IIydaspe ni des < ivphans de Porus ; celui surtout qui portait ce prince , et qui le défendit si courageusement , méritait une pince dans le poè'me , ainsi que dans l'histoire : cet incident aurait amené de nouvelles images, et eût d'ailleurs contribue à caractériser le lieu de la scène. C'est un art essentiel à tout auteur dramatique , de transporter le spectateur dans les lieux qui ont servi de théâtre aux èvènemens qu'il décrit. Homère et ^ irgiîe sont encore , en ce genre , les modèles de tous les poètes. L. B.

1 Tous les verriez plantes jusque sur vos tranchées , Et de sang et de morts vos campagnes jonchées.

Ml. l'abbé d'Oiivet désapprouve des campagnes jonchées de sang , et il a raison. Racine , selon sa manière ordinaire , a pem que l'expression de campagnes jonchées de sang, qui nu se peut dire , pouvait passer avec celle de campagnes jonchées de morts . di>nt on se sert quelquefois. L. B. *

* On n'a point relevé', dans la note précédente, l'impropriété du mot incident, à propos du passage delllydaspe et deséle'phans de PotUS, qui pouvaient fournir une description et nullement un

..lent : 1 intelligence des termes de l'art <"4 fort peu familière m commentateur Mais on doit remarquer dans cette même note, et dani d'Ile ipii la suit, le peu de justice qu'il rend ;i Racine.

Qu'il». i ! et \ irgiU toieni les modèles de tous les poëtet danj

cience de conleon locales , c'est ce dont pemanne ne doute ; bord l'emploi <lr ces couleur-, doit être beaucoup plut G quent dan.' lYpOpée CjOC <lan> la tragédie, lanj quoi celle I

Si ce héros, couvert de tant d'autres lauriers,

berait dans l'Inconvénient dont parle Horace : Lnus et a/ter assuitur pannus. C'est donc de Sophocle et d'Euripide qu'il fallait parler, plutôt que d'Homère et de Virgile. Ensuite il eût ete juste d'observer que personne, avant Racine , n'avait porté aussi loin que lui l'illusion théâtrale qui naît de l'emploi de ces couleurs , et qui dans ses pièces transporte le spectateur , tantôt cbez les Grecs , auprès d'Iphigénie et de Phèdre , tantôt chez les Turcs, auprès de Roxane etd'Acomat , et plus fidèlement encore dans le temple de Jérusalem , entre Joad et Athaîie. Tous ces divers tableaux n'ont pernt été surpassés.

Il ne suffisait pas non plus de donner raison à l'abbé d'Olivet sur l'expression des campagnes jonchées de sang , qui en > lie— ■même est effectivement impropre, ni d'ajouter que Racine, suivant sa manière ordinaire , a cru qu'en joignant ensemble le sang et les morts, l'un pouvait faire passer l'autre. Cette manière ordinaire de Racine est en effet un artifice de sfvle , connu de tous les grands écrivains , et fort heureusement employé par celui de tous nos poètes à qui nous devons le plus de tournures favorables à la précision , à la rapidité, à l'énergie. Non-seulement on dit quelquefois des campagnes jonc; ces de morts , mais c'est une phrase généralement reçue même dans le style historique. C'est aussi un principe reçu en fait de diction , qu'en plaçant le plus près du verbe le régime qui lui convient le mieux , on peut faire passer à sa suite un autre régime à la faveur de l'analogie , non pas tant avec le verbe, qu'avec le régime le plus prochain. C'est donc le rapport du sang avec les morts , et le rapport des morts avec les campagnes jonchées : c'est la réunion de ces deux rapports et l'ordre des deux régimes qui fait que la phrase n'a rien de répréhensible , et qui légitime cette licence de stvle , dont nous verrons dans Rarine des e-emples bien plus frappans.

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