ACTE II, SCENE II
N'eût lui-même arrêté l'ardeur de nos guerriers.
Il ne vient point ici , souillé du sang des princes ,
D'un triomphe barbare effrayer vos provinces,
Et , cherchant à briller d'une triste splendeur ,
Sur le tombeau des rois élever sa grandeur :
Mais vous-mêmes , trompés d'un vain espoir de gloire ,
N'allez point dans ses bras irriter la victoire ;
Et lorsque son courroux demeure suspendu,
Princes , contentez-vous de l'avoir attendu.
Ne différez point tant à lui rendre l'hommage
Que vos cœurs , malgré vous , rendent à son courage;
Et , recevant l'appui que vous offre son bras ,
D'un si grand défenseur honorez vos étals.
Voilà ce qu'un grand roi veut bien vous faire entendre ,
Prêt à quitter le fer , et prêt à le reprendre.
Vous savez son dessein : choisissez aujourd hui
Si vous voulez tout perdre , ou tenir tout de lui. *
* Choisissez aujourd hui ,
Si vous vouhz tout perdre , ou tenir tout de lui.
Celte phrase n'est pas grammaticalement exacte. La règle demanderait cjue l'on dit : Choisissez de tout perdre ou de tout tenir, etc ,' ou l>icn , décidez si vous voulez tout perdre . etl • mais l'usage a autorise' celte construction comme tant d'autres, à la faveur de l'ellipse que tout le monde entend. Choisissez si vous vouh .- nstcr ici ou venir aicc moi. On sous-enlend l'cronciation du dioix. Choisissez , et dites si vous voulez, etc.
TA X ILE
Seigneur ,. ne croyez point qu'une fierté barbare ■ iSous fasse méconnaître une vertu si rare; Et que dans leur orgueil nos peuples affermis Prétendent , malgré vous, être tos ennemis. 2 Nous rendons ce qu'on doit aux illustres exemples : Tous adorez des dieux qui nous doivent leurs temples ; Des héros , qui chez vous passaient pour des mortels, En venant parmi nous ont trouvé des autels.3 Mais en vain Ton prétend , chez des peuples si braves, Au lieu d'adorateurs se faire des esclaves :
1 Seigneur, ne croyez point qu'une fierté barbare.
Racine avait mis d'abord :
« Seigneur , ne crovez poiui qu'une haine barbare ». L. B.
2 Prétendent , malgré vous ., être % os ennemis.
On lit dans quelques éditions :
« Veuillent, maigre' vous-même, être vos ennemis ».L. B.
3 JEn venant parmi nous ont trouvé des autels.
Ce vers fait allusion à Hercule et à Bacchus. Philostrate nous représente aussi Tantale et Ajax comme des demi-dieux parmi les Indiens. Ces peuples , s'il en faut noire Elien , avaient Homère traduit en leur langue ; ce qui sans doute n'a% jit pas peu contribué à leur donner de la vénération pour les héros grecs. L. B.