C.LÉO FI II
Non, je ne prétendi pu que ce cœur inflexible Garde seul contre vous le titre d'invincible;
Je rends ce que je dois à l'éclat des vt ilus
Oui tiennent sous vos pieds cent peuples abattus.
36o ALEXANDRE ,
Les Indiens domtés sont vos moindres ouvrages ; "Vous inspirez la crainte aux plus fermes courages; Et , quand vous le voudrez , vos bontés , à leur tour , Dans les cœurs les plus durs inspireront l'amour. ■ Mais, seigneur, cet éclat, ces victoires, ces charmes, Me troublent bien souvent par de justes alarmes : Je crains que , satisfait d'avoir conquis un cœur , "V ous ne l'abandonniez à sa tri. te langueur ; Qu'insensible à l'ardeur que vous aurez causée , Votre ame ne dédaigne une conquête aisée. On attend peu d'amour d'un héros tel que vous :
*Et , quand vous le voudrez , vos bontés , à leur tour , Dans les cœurs les plus durs inspireront l'amour.
Selon la grammaire , il faudrait en prose , aux cœurs les plus durs ; mais cette licence peut être tole're'e en vers. Si Racine avait cru que cette faute fût considérable , il aurait pu très-aîse'ment changer ce vers, et y substituer un autre tour. L. B. *
* Je ne pense pas qu'on puisse dire inspirer dans, maigre' l'analogie latine , inspirare in. Il faut que cette construction soit contraire au génie de notre langue , puisque , maigre' l'exempte de Racine, aucun bon écrivain ne l'a jamais employée, ni en prose ni en vers. Qu'il ne l'ait point changée, cela ne prouve rien : il a laissé dans ses deux premières pièces b;en d'autres fautes plus graves , et l'on sait pourquoi. Mais quand on entend une reine dire d'elle-même qu'elle est une conquête aisée, comment concevoir qu'une nation , qui s'est long-temps piquée de tant de respect pour le sexe, l'ait tant avili sur la scène, et lui ait si souve^i ôté la dignité qui lui est propre ?