ACTE V, SCÈNE III. 4l
AXIANE
Oui , seigneur , écoulez les pleurs de Cléofile.
égard Corneille, et ceux qui l'ont approuve, et ceux qui l'ont suivi. Non— seulement il y a beaucoup de sujets où l'amour ne peut entrer sans faire violence au bon sens, et sans détruire la vraisemblance et l'effet dramatique , mais dans ceux mêmes où il peut entrer, c'est précisément cette retenue , mise en système par Corneille et Saint-Evremond , qui fait que l'amour n'est nullement théâtral , parce qu'il est mortellement froid. L'amour ne peut pas être de commande et de bienséance sur la scène comme dans la société; car cet amour est proprement la galanterie moderne, qui est de nos mœurs, et rien n'est plus incompatible avec les mœurs anciennes que la tragédie repré- M nte. Elle appartient donc en propre à la comédie , qui est la peinture de la société. ^ oilà une première disconvenance. La seconde , c'est qu'il est de l'essence de la tragédie de produis des émotions fortes , celles de la crainte et de la pitié , et un pareil amour, avec sa retenue , ne fait pas la plus lépére impression. C'est ce qui fit tomber la plupart des pièr<-'S de Corneille, parce que l'ennui se faisait sentir, malgré -a mode , sans que l'on eût encore reconnu que c'était la modi- menu qui avait conv tait ennuyeux , < t c'est en^'re cc °iul refroidit
aujourd'hui ses meilleure* pièces.
Saint EvretDood >■■ plus l<»in : il est s' entêté de son amour ïffuc avec sa retenue . qu'il le rejaroe c*< lusÎTemenl cou mobile d'intérêt, et qu'il rejette ' "J1(,lir paternel , maternel , conjugal, filial, eu comme n'étant l'aucun effet au t: On ne le cri un l'entendait lui-mêi Vi >!ri v. -s
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U ^'afflige Je l'infortune^*-' tapaui rc JdU ta satisfaction
4l 4 ALEXANDRE,
Je la plains. Elle a droit de regretter Taxile :
» ou sa peine fera peu d'impression sur l'ame des spectateurs. - Voyons une amante qui pleure la mort de son amant, et non >» pas une femme qui se désole à la perte d'un mari , etc. »
Vous reconnaissez ici les vues étroites d'un bel esprit tresiupcrficiej , qui , ne connaissant de l'art dramatique que ce qu'avait fait Corneille , prononce e'tourdiment que l'art est renfermé tout entier dans le génie d'un seul homme. Remarquez , en effet, que Corneille a tiré très-peu de parti, dans ses pièces , des sentimens de !a nature. On me dispensera de répondre à cette déraison tranchante de Saint-Evremond. Racine, des l'année suivante , lui fit une réponse péremptoire dans Androma— que, et lui prouva qu'une mère pouvait intéresser en parlant de son cher fils , et une veuve en pleurant son époux. Il lui prouva, dans Iphigénie . qu'on pouvait intéresser pour sa chère fille , et depuis , sans parle: des autres, Mérope et Idamé ont rendbla preuve assez complète , et ont fait voir que la nature était la inème chez les Anciens et chez les Modernes. Mais une anecdote q» n'est pas tres-connue , et qui montre le pouvoir et la durée de-, vieux préjugés , c'est que Je maréchal de Richelieu , nourri Jans les idées de la vieille cour , se moqua pendant cinq ou six ans de son ami Voltaire , qui s'imaginait que Mérope pourrait intéresser avec son grand enfant. Il s'épuisait en plaisanteries sur ce sulet, au point que Voltaire, craignant de s'être trompé , garda sa ^jèce dans son portefeuille depuis i;36 jusqu'en i;4^- Quand eïk parut, la mère et le grand enfant firent pleurer pendant cinq actes. Je ne répondrais pas que le maréchal eut cessé de rhe ; mais ce qu'il y eut d'heureux , c'est que l'auteur, donnant \ la correction à peu près les neuf ans que demande Horace, eu\le tems de faire de sa Méropelt plus parfait de ses ouvrages, et epst ainsi que le talent tire quelquefois parti du mauvais gom.