‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 181 sur 185 · ACTE V, SCÈNE Ht. .f I I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Ht. .f I I

Souffrirez- vous qu'après l'avoir percé de coups,

Je l'ai vaincu , princesse , et le dieu des combats '/'•v favorisait moins que vos divins appas. Ils conduisaient ma main . ils enflaient mon courage : Cette pleine victoire est leur dernier ouvrage. C'est l effet des ardeurs qu'ils daignaient m1 inspirer ; Et ws beaux yeux enfin rn ayant fait soupirer , Pour faire que votre ame avec gloire y reponde , M'on! rendu le premier , et de Rome , et du monde. C'est ce glorieux titre , à pre'sent efjeclif . Que je viens d'ennoblir par celui de captif, etc. Est-ce là ce que Saint-Evremond appelle tirer de ces grandes ames leurs plus secrets moucemens , et entrer dans le génie des nations? S'il était possible qu'un ancien Romain entendit César parler cet e'trange jargon, à coup sur il croirait que César est devenu fou , ou qu'il s'amuse à jouer le rôle d'un bouflon. Jamais ces expressions et ces idées, la gloire de vos Cjrs , et le titre de captif qui ennoblit le titre de maître de Rone et du monde . ne sont tombées dans l'imagination d'un an tien. Elle*; nous viennent originairement des romans arabes -t espagnols : ce sont eux qui les premiers ont ennobli cette espace de servitude aupri s des dames . qui a servi , dans de« siècles grossiers , Bip n i la férocité des mœurs barbare?, mais qui , cbez les Grecs et les Romains , n'aurait paru ça'un délire puéril. Aatoine même , qui fit tant dr folies pr^'r Cléopâtre , ne lui a sûrement jamail dit de pareilles sottises : elle aurait cru qu'il se moquait d'elle. Les passions son partout les mêmes, mais loin t modifié par les mœurs.

ï.t • dirons-nous de laèieaséarce de Cléopâtre, qui, .< h prcmi. re entrerue, ditnaÏYemenl « César , oui. seigneur, je vous

aime , et àqoi Ci Ml promet de I' pouscr ? Ci Ut l pOUMT Cfcj

pâtre, une reine I César quias>ure que Rome ment . tout m-

4l2 ALEXANDRE,

On en triomphe aux yeux de sa sœur et de vous ?

grate qu'elle est , demandera des Césars au chaste amour de Cléopàtrel A-t-on jamais choqué plus ouvertement et plus indécemment les mœurs de Rome et le génie des nations , et celui des he'ros de l'antiquité'? Racine du moins n'a pas contredit les traditions historiques dans l'amour d'Alexandre pour une veine. On sait qu'il e'pousa trois ou quatre princesses persanes, et les coutumes de l'Orient permettaient cette pluralité'. Il fait aussi parler Alexandre envers un peu meilleurs, sans platitudes et sans solécismes, et le ridicule de la diction ne se joint pas , comme ici , au ridicule de la scène.

« Rejeter l'amour de nos trage'dies comme indigne des hê- » ros , c'est ôter ce qui nous fait tenir encore à eux par un se— » cret rapport, et je ne sais quelle liaison qui demeure encore >* entre leurs âmes et les nôtres. »

Quoi' nous ne pouvons pas trouver ce rapport entr'euxet novis dans toutes les autres passions qui tiennent à l'humanité! Et il ïaudra choisir de préférence celle qui naturellement les rabaisse W» plus! Quelle doctrine!

« Mais, pour les vouloir ramener à nous par ce sentiment * commun, ne les faisons pas descendre au-dessous deux. »

Aux yeux de u raison , cela est impossible. Mais il y a une ressource dans l'illusion théâtrale , et c'est de sauver ce qu'il y a toujours de petit et d'indigne de l'homme dans l'asservissement à cette passion, en faisant plaindre ses égaremens et ses douleurs comme on plaint une maladie , et en faisant frémir des malheurs et des crimes qu'elle peut causer. C'est dans l'examen iï Andromaque que j'aurai l'occasion de développe^ cette théorie. « Arec cette retenue , j'avouerai qu'il n'y a point de sujets où » une passion générale que h nature a mêlée en tout , ncpuis.se » entrer sans peine et sans vîtlence. »

•\ oilà précisément la grande erreur , l'erreur capitale , qui a

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