‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 24 sur 185 · ACTE PREMIER. l5l · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. l5l

CRÉO N.

On ne partage point la grandeur souveraine;

Et ce n'est pas un bien qu'on quitte et qu'on reprenne.

JOCA S TE.

L'intérêt de l'état leur servira de loi.

CRÉON

L'intérêt de l'état est de n'avoir qu'un roi ' ,

Qui , d'un ordre constant gouvernant ses provinces,

Accoutume à ses lois et le peuple et les princes.

Ce règne interrompu de deux rois différens ,

En lui donnant deux rois, lui donne deux tvrans.

Par un ordre , souvent l'un à l'autre contraire 2 ,

I L 'intérêt de l'État est de n 'avoir gu 'un roi.

II importe çu^un seul commande, a dit Homère. Celte tirade est an des plus beaux endroits de la Thèbaïde:ces\. dommage qu'elle soit un peu gâtée par la comparaison qui la termine. Ces sortes d'omemens ne conviennent point dans un poème où le cœur seul doit s'exprimer. L. B. *

* G Me tirade n'est point un des plus beaux endroits: elle est bien pensée , mais mc'diocrement écrite, et quelquefois vicieuse.

3 Par un ordre , souvent l'un à l'autre contraire , etc. On lisait dnns les premières éditions :

" Vous les verriez toujours , l'un à l'autre contraire ,

» Détruire aveuglement ce qu'aurait fait un frère.

* L'un sur l'autre toujours former quelque attentat » L. B. *

* Par un or frr , souvent l'un à l'autre contraire,

■ pas une phrase française. Contraire se rapporte n«:<rssaircn..

Un frère détruirait ce qu'aurait fait un frère : Vous les verriez toujours former quelque attentat , Et changer tous les ans la face de l'état. Ce ternie limité , que l'on veut leur prescrire , Accroît leur "violence en bornant leur empire. Tous deux feront gémir les peuples tour-à-tour : Pareils à ces torrens qui ne durent qu'un jour, Plus leur cours est borné , plus ils font de ravage , Et d'horribles dégâts signalent leur passage.

à ordre, et qu'est-ce \uun ordre contraire l'un à l'autre, quand ces mots l'un à l'autre supposent nécessairement deux objets corrélatifs? Il est clair que l'auteur e'tait encore loin alors de savoir plier sa versification aux tournures difficiles. Il avait mis d'abord ;

Vous les verriez toujours , l'un à l'autre contraire, Détruire aveuglément ce qu'aurait fait un frère.

Ce qui valait beaucoup mieux pour la construction , qui est du moins claire et correcte, si ce n'est que la rime avait ôt» Ys de contraire, qui doit être au pluriel. On ne dit pas non y\us former un attentat. Dégâts n'est pas du style noble. Plus ils font de ravage est prosaïque. La comparaison est en effet un ornement déplacé dans une tragédie , non pas parce que le cœur seul doit s'y exprimer , comme le dit le commentateur; car assurément le cœur ne s'exprime point dans les scènes de raisonnement; mais parce que le poète se montrant trop à découvert dans une comparaison , la vérité du dialogue dramatique en serait altérée. Au reste , le meilleur vers de cette tirade ,

On ne partage point la grandeur souveraine , a été pris tout entier par Yoltaire, qui s'en est servi dans Rome sauvée'

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