ACTE PREMIER. I
On les verrait plutôt , par de nobles projets , Se disputer tous deux l'amour de leurs sujets. Mais avouez, Créon , que toute votre peine ■ C est de voir que la paix rend votre attente vaine , Qu'elle assure à mes fils le trône où vous tendez , Et va rompre le piège où vous les attendez a. Cr^nme , après leur trépas , le droit de la naissance3 Fait tomber en vos mains la suprême puissance , Le sang qui vous unit aux deux princes mes fils , Vous fait trouver en eux vos plus grands ennemis ; Et votre ambition , qui tend à leur fortune ,
1 Mais avouez , Créon, que toute votre peine
C'est de voir que la paix rend votre attente vaine.
Est-il possible, a très-bien observe' le P. Brumoy, qu'Étéocle seul soit la dupe de l'ambition de Créon , dont tous les autres acteurs penctrent les desseins ? Jocaste et Antigone, qui avaient tant d'intérêt de détourner Etéocle et Polynice du combat, n'auraient -elles pas dû instruire le roi du projet de 'i ? L. B.
2 Qi. 'etk assure à mes fils le trône oii vous tende: , etc.
Racine faisait dire à Jocaste :
<■ Et qu'en vous éloignant du tronc où vous tendez , Llle rend pour jamais vos desseins avortes. » L. B.
' r/tme , après leur t réfins , le droit de la naissance- On lisait dans les premières éditions :
« Comme, après mes enfans , le droit de la naissance • L, B.
Vous donne pour tous deux une haine commune. Vous inspirez au roi vos conseils dangereux. Et vous en servez un pour les perdre tous deux.
CRÉO N.
Je ne me repais point de pareilles chimères , Mes respects pour le roi sont ardens et sincères ; Et mon ambition est de le maintenir Au trône où vous croyez que je veux parvenir. Le soin de sa grandeur est le seul qui m'anime ; Je hais ses ennemis , et cvest là tout mon crime ; Je ne m'en cache point. Mais , à ce que je voi , Chacun n'est pas ici criminel comme moi ' .
JOCASTE
Je suis mère , Créon , et si j'aime son frère 2 , La personne du roi ne m'en est pas moins chère. De lâches courtisans peuvent bien le haïr . Mais une mère enfin ne peut pas se trahir.
1 Mais , à ce que je voi ,
Chacun n 'est pas ici criminel comme moi.
Cette froide ironie ne peut regarder qu'Antigone. Créon lui reproche sa passion pour Hémon : le spectateur, qui nVn est point prévenu, ne comprend rien à ces mots. L. î>.
- Je suis mère, Crcon. et si j'aime son frère.
Jocaste disait dans \es premières éditions :
« Tant que pour' ennemi le roi n'aura qu'un frère ,
»> Sa personne, Cre'on , me sera toujours chère. » L. B.