‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 32 sur 185 · ACTE SECOND. I · texte numérisé non relu

ACTE SECOND. I

Mille objets de douleur déchiraient mes entrailles ; J'en voyais et dehors et dedans nos murailles ' ; Chaque assaut à mon cœur livrait mille combats ; Et mille fois le jour je souffrais le trépas.

Mais enfin , qu'ai-je fait, en ce malheur extrême2, Que ne m'ait ordonné ma princesse elle-même? J'ai suivi Polvnice , et vous Tavez voulu : Vous me l'avez prescrit par un ordre absolu. Je lui vouai dès-lors une amitié sincère ; Je quittai mon pays , j'abandonnai mon père. Sur moi, par ce départ, j'attirai son courroux, Et , pour tout dire enfin , je m'éloignai de vous.

1 Mille objets de douleur déchiraient mes entrailles ; J'en x^oyais et dehors et dedans nos murailles.

Des objets de douleur peuvent déchirer le cœur et affliger l'ame , mais ils ne déchirent point les entrailles.

ML de Voltaire, dans ses commentaires sur Corneille, a fait remarquer pourquoi il fallait dire , je voyais des objets Je douleur dans ou ho, s nos murailles , et non dedans et dehors. Dedans

:>hors ne se mettent que seuls; comme, par exemple, on dit : \ os murailles ont toujours subsisté , quoiqu'il y eût souvent bien des ennemis dedans, cl que nos troupes eussent été mises dehors. Dedans, dehors , sont des adverbes et non des prépositions.

Mai* enfin . iju'ai-jefait en ce malheur extrême ?

Il mon ii i se justifier, et Antigonc ne lui a fait au-

< un n pr < lie. !.. 13.

l66 LES FRÈRES ENNEMIS,

AN TIG O HE.

Je m'en souviens, Hénion, et je vous fais justice: C est moi que vous serviez en servant Polvnice ; Il m'était cher alors comme il 1 est aujourd "hui . Et je prenais pour moi ce qu'on faisait pour lui. Nous nous aimions tous deux dès la plus tendre enfance, Et j avais sur son cœur une entière puissance ; Je trouvais à lui plaire une extrême douceur. Et les chagrins du frère étaient ceux de la sœur '. Ah ! si j'avais encor sur lui le même empire . Il aimerait la paix , pour qui mon cœur soupire.

1 Et les chagrins du frère étaient ceux de la sœur.

Racine a fait encore ici quelques retranchemens a cette scène. Après ce vers ,

« Et les chagrins du frère étaient ceux de la sœur , jl taisait dire à Antigone :

» Je le chéris toujours , encore qu'il m'oublie.

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