‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 31 sur 185 · ACTE SECOND. l · texte numérisé non relu

ACTE SECOND. l

Puis-jc leur demander, sans cire téméraire, S ils ont toujours pour moi leur douceur ordinaire. S 'uffrent-ils sans courroux mon ardente amitié? El du mal qu'ils ont fait ont-ils quelque pitié ? Durant le triste cours d une absence cruelle, Avcz-vous souhait'1 que je fusse fidMe?

Songirz-vous que1 la mort menaçait , loin de vous , In amant qui ne doit mourir qu'à vos genoux ? Ah ' d'un si bel objet quand une ame est blessée, Quand un cœur jusqu'à vous élève sa pensée. Qu'il est doux d'adorer tant de divins appas! Mais aussi que Ion souffre en ne les voyant pas! Un moment loin de vous me durait une année ; J aurais fini cent fois ma triste destinée, Si je n'eusse songé, jusques à mon retour, Que mon éloignement vous prouvait mon amour , Et que le souvenir de mon obéissance Pourrait en ma faveur parler en mon absence ; El que, j» m -.1 ti t à moi , vous penseriez aussi Qu'il faut aimer beaucoup pour obéir ainsi.

de l'un et de l'antre est juge depuis ong-tems. Mais il foui observer que Ton dit interroger sur quelque chose , et non pas de quelque chose. C'était là ce qu'aurait du remarquer le c< mmentateur, au lieu de répéter , dans une longue note que nous lUpprim ,'ie f"ut '•-' monde a lu cent lois dans

N oltaire , sui ' que l'amoni doit

l64 LES FRÈRES ENNEMIS,

ÀNTlfiONE.

Oui , je l'avais bien cru1 qu'une arne si fidèle

Trouverait dans l'absence une peine cruelle ;

Et , si mes sentimens se doivent découvrir ,

Je souhaitais , Hémon , qu'elle vous fit souffrir ;

Et qu'étant loin de moi , quelque ombre d'amertume

Vous fît trouver les jours plus longs que de coutume.

Mais ne vous plaignez pas : mon cœur chargé d'ennui

Ne vous souhaitait rien qu'il n'éprouvât en lui ,

Surtout depuis le tems que dure cette guerre ,

Et que de gens armés vous couvrez cette terre.

O dieux î à quels tourmens mon cœur s'est vu soumis ,

Voyant des deux côtés ses plus tendres amis 2 !

1 Oui, je l'avais bien cru qu'une ame si fidèle.

Racine faisait dire à Antigone , dans les premières e'ditions : « Oui , je prévoyais bien qu'une ame si fidèle. » L. B.

2 Voyant des deux côtés ses plus tendres amis !

On lisait dans les premières e'ditions les huit vers suivans , que Racine a retranche'» :

« Lorsqu'on se sent pressé d'une main inconnue ,

» On la craint sans réserve , on hait sans retenue.

» Dans tous ses mouvemens le cœur n'etf pas contraint ,

» Et se sent soulagé de haïr ce qu'il craint.

» Mais , voyant attaqué mon pays et mon frère s

■n La main qui l'attaquait ne m'était pas moins chère ;

» Mon cœur , qui ne voyait que mes frères et vous ,

» Ne haïssait personne , et je vous craignais tous.

» Mille objets , etc. » L. B.

Page 1