‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 4 sur 185 · LE DUC DE SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

LE DUC DE SAINT-AIGNAN

PAIR DE FRVSCE.

MoXSElGXEUR,

Je vous présente un ouvrage qui n \i peut-être rien de considérable que l'honneur de vous avoir plu. Mais, véritablement , cet honneur est quelque chose de si grand pour moi , que quand ma pièce ne m 'aurait produit que cet avantage , je pourrais dire que son

* Il faut s attendre à trouver ici tout le ridicule de l'exagération et de l'emphase, qui était pour ainsi dire le protocole des dédicaces. La mode en avait décidé le ton, et le degré de mérite était celui de l'hyperbole , sans tirer à conséquence. Apres Corneille qui comparait Montorona Vu^uste, et Mazarin à César, on ne pouvait s'étonner (]*■ rien. Le duc de Saînt-Àicnan était un homme de me-

rite qui aiiu.iif les lettres, et qui protégea la jeunesi de R teifl . C'est assez pour qu'il réunisse les deux qualités

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succès aurait passé mes espérances. Et que poumis-je espérer de plus glorieux que l approbation d une personne qui sait donner aux choses un juste prix, et qui est lui-même V admiration de tout le monde P Aussi, Monseigneur, si la Thébaïde a reçu quelques applaudissemens , c est sans doute qu on n a pas osé démentir le jugement que vous avez donné * en sa faveur ; et il semble que vous lui ayiez communiqué ce don de plaire qui accompagne toutes vos actions, J espèrr qu 'étant dépouillée des orne mens du théâtre , vous ne laisserez pas de la regarder encore

qui font séparément tant de grands hommes. On doit cette justice à Voltaire , qui! est le premier qui ait connu les convenances raisonnables dans la mesure et le ton des dédicaces : encore ses complimens aux personnes puissantes ne sont-ils pas exempts d'adulation ; et il lui arrive, comme à d'autres, de rapprocher le héros de sa dédicace et celai de sa pièce , rapprochement qui le plus souvent doit être si près du ridicule. C'est ainsi qu'il compare le maréchal de Richelieu et Gengiskan, en donnant même la préférence au premier, comme de raison. Nous ne reviendrons plus sur ces dédicaces , si ce n'est par rapport à la diction.

* On ne dit point donne? un jugement, mais porter un jugement } rendre un jugement.

favorablement. Si cela est, quelques ennemis au elle puisse avoir, je n appréhende rien pour elle, puisqu elle sera assurée d un protecteur que le nombre des ennemis n 'a pas accoutumé * d ébranler. On sait, MONSEIGNEUR, aue si vous avez une parfaite connaissance des belles choses , vousn 'entreprenez pas les grandes avec un courage moins élevé , et que vous avez réuni en vous ces deux excellentes qualités qui ont fait séparément tant de grands hommes. Mais je dois craindre que mes louanges ne vous soient aussi importunes , que les vôtres m ont été avantageuses ; aussi bien je ne vous dirais que des choses qui sont connues de tout le monde , et que vous seul voulez ignorer. Il suffit nue vous me permettiez de vous dire, avec un profond respect , que je suis ,

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