ACTE QUATRIÈME
Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux, Veut s'élever , madame , et tomber avec eux.
ÉTÉOCLE
Je saurai t épargner une chute si vaine.
POLYMC E.
Ah ! ta chute , crois-moi , précédera la mienne.
JOCASTE
Mon fils, son règne plait.
p O l y ni C E.
Mais il m'est odieux.
JOCASTE
Il a pour lui le peuple.
POLYMCE.
Et j'ai pour moi les dieux.
ÉTÉOCLE
Les dieux de ce haut rang te voulaient interdire ,
Puisqu'ils m'ont élevé le premier à l'empire :
Ils De savaient que trop, lorsqu'ils firent ce choix,
Qu'on veut régner toujours quand on règne une lois.
Jamais dessus le trône on ne vit plus d'un maître;
Il o'en peut Lenir deux, quelque grand qu il puisse être :
L'un des deux, tôt ou tard, se verrait renversé,
Et d'un antre soi-même on y serait pressé.
Jogei donc, par 1 horreur que ce méchant me donne,
Si je puis avec lui partager ma couronne.
POLYMCE.
El moi je ne vm\ plue, tant tu m'es odieux '
Partager avec toi la lumière des cieux.
JOCASTE
Allez donc, j'y consens, allez perdre la vie; A ce cruel combat tous deux je vous convie; Puisque tous mes efforts ne sauraient vous changer Que tardez-vous? Allez vous perdre et me venger. Surpassez, s'il se peut, les crimes de vos pères : Montrez , en vous tuant, comme vous êtes frères ; ' Le plus grand des forfaits vous a donné le j our : Il faut qu'un crime égal vous l'arrache à son tour. Je ne condan: ne plus la fureur qui vous presse ; Je n'ai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse : Votre exemple m'apprend à ne le plus chérir ; Et moi je vais , cruels , vous apprendre à mourir. :
1 Montrez , en vous tuant, comme vous êtes frères.
Racine a voulu dire : Montrez , en commettant un fratricide , que c'est un inceste gui vous fit naitre ; mais sa pense'e n'est point exprimée clairement. Les deux vers suivans sont admirables. L. B.
& Et moi je vais , cruels , vous apprendre à moum
Jocaste se retire de même dans Se'nèque et Rotrou. Elle nous semble bien presse'e de se donner la mort. Cette catastrophe tst bien mieux amenée dans Euripide, Jocaste apprend que ses deux fils viennent de s'e'gorger ; elle court au champ ue bataiile, elle les y trouve encore vivans ; elle y reçoit leurs derniers adieux, et tirant Pépée dû corps d'Etéocle , elle se la plonge dans le sein^ Le rc'eit de Racine est très-beau ; mais il le serait davantage ,