L. iï
24o LES FRÈRES ENNEMIS,
Ne saurais-tu suivre ses pas, Et finir, en mourant, ta triste destinée? A de nouveaux malheurs te veux-tu réserver ? Tes frères sont aux mains , rien ne les peut sauver
De leurs cruelles armes.
Leur exemple t'anime à te percer le flanc ,
Et toi seule verses des larmes;
Tous les autres versent du sang.
Quelle est de mes malheurs l'extrémité mortelle î Où ma douleur doit-elle recourir?
Dois-je vivre? dois-je mourir?
Un amant me retient, une mère m'appelle;
Dans la nuit du tombeau je la vois qui m'attend :
Ce que veut la raison , l'amour me le défend, Et m'en ôte l'envie.
Que je vois de sujets d'abandonner le jour î Mais , hélas ! qu'on tient à la vie Quand on tient si fort à l'amour î
Oui , tu retiens , Amour , mon ame fugitive ; Je reconnais la voix de mon vainqueur:
L'espérance est morte en mon cœur, Et cependant tu vis , et tu veux que, je vive ; Tu dis que mon amant me suivrait au tombeau, Que je dois de mes jours conserver le flambeau,
Pour sauver ce que j'aime.
Hémon, vois le pouvoir que l'amour a sur moi,