‹ Œuvres complètes de Jean RacineChapitre 96 sur 185 · IRE · texte numérisé non relu

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f ma une seconde entreprise qui n est pas moins hardie que la première. Je ne me contente pas d aioirmis a la tête de mon ouvrage le nom d . tlexandre, j y ajoute encore celui de VOTRE M A J ESTÉ , c est-adire . que j assemble tout ce. que le siècle présent et les siècles passés nous peuvent fournir de plus grand. Mais . SlRE, j espère que VOTRE MAJESTÉ ne condamnera pas cette seconde hardiesse . comme elle n a pas désapprouvé la première. Quelques efforts que l <m eût faits pour lui défigurer mon héros . il n a pus plutôt paru devant elle . au elle l a reconnu pmu

2b2 ÉPITRE DEDICATOIRE.

Alexandre*. Et a qui s'en rapporte ra-t-on , au a un roi dont la gloire est répandue aussi loin que celle de ce conquérant , et devant qui l 'on peut dire que « tous les peuples du Monde se taisent, » comme V Ecriture la dit d Alexandre? Je sais bien que ce silence est un silence d'étonnement et d'admiration ; que . jusqu ici , la force de vos armes ne leur a pas tant imposé que celle de vos vertus. Mais . SlRE , voire réputation n 'en est pas moins éclatante , pour n être point dablie sur les embrâsemens et sur les ruines; et déjà VOTRE MAJESTÉ est arrivée au comble de la gloire par un chemin plus nouveau et plus difficile que celui par où Alexandre y est monté. Il n Col pas extraordinaire de voir un jeune homme gagner des batailles , de le voir mettre le Jeu par toute la terre. Il n est pas impossible que la jeunesse et la fortune l emportent victorieux jusqu aufond des Indes. L histoire est pleine de jeunes conquérans ; et l on sait avec quelle ardeur VOTRE MAJESTÉ elle-même a cherché les occasions de se signaler dans un âge ou Alexandre ne faisait encore que pleurer sur les vie-

* Racine lui-même, dans la suite, n'aurait pas reconnu Alexandre dans le soupirant de Ciéofile.

I toires de son père. Mais elle me permettra de lui dire

I que devant elle on n a point vu de roi gui , h toge

I d'Alexandre, ail fait paraître la conduite d Auguste;

I qui r sans s éloigner presque du centre de son royaume,

ait répandu sa lumière jusqu au bout du monde , et

qui ait commencé sa carrière par oh les plus grands

princes ont tâché d'achever la leur. On a disputé

chez les anciens si la fortune n 'avait point eu plus

de part que la vertu dans les conquêtes d Alexandre.

Mais quelle part la fortune peut-elle prétendre aux

actions d un roi qui ne doit qu a ses seuls conseils *

I état florissant de son royaume , et qui n a besoin que de lui-même pour se rendre redoutable a toute l Europe ? Mais , SlRE, je ne songe pas qu en voulant louer \ OTRE M A J ESTÉ, je m engage dans une carrière trop vaste et trop difficile ; il faut auparavant ni essayer encore sur quelques autres héros de l antiquité ; tt je prévois qu a mesure que je prendrai de

* Cette expression est impropre. On ne peut dire de personne, qu'il doit ses succès à ses seuls conseils; car on ne se conseille pas soi-même; et si conseils est pi i • ans, l'idée de l'auteur est encore mal rendue.

II fallait à la sagesse de ses desseins , à la grandeur de

. » ic.

nouvelles forces , Votre MAJESTÉ se couvrira ellemême d'une gloire toute nouvelle ; aue nous la reverrons peut-être, a la tête d'une armée, achever la comparaison au on peut faire d elle et d 'Alexandre . et ajouter le titre de conquérant a celui du plus sage roi de la terre. Ce sera alors que vos sujets devront consacrer toutes leurs veilles au récit de tant de grandes actions , et ne pas souffrir que VOTRE MAJESTÉ ait lieu de se plaindre , comme Alexandre , ou elle n'a eu personne de son terns qui pût laisser a la postérité la mémoire de ses vertus. Je n espère pas être assez heureux pour me distinguer par le mérite de mes ouvrages ; mais je sais bien que je me signalerai au moins par le zèle et la profonde vénération avec laquelle je suis .

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