‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 19 sur 88 · II. lo · texte numérisé non relu

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De tous les ouvrages de John Hunter , il n'en est point auquel il ait consacré plus de trayail et qu'il ait été plus désireux de perfectionner, que son Traité de la syphilis. €}e ne veux point, disait-il à un ami, que ce soit une simple afîairede librairie, un ouvrage dont chaque nouvelle édition rende la précédente inutile. Tai soumis à une assez longue épreuve les doctrines qui y sont consignées , pour qu elles soient désormais un objeè de conviction; et afin d*en rendre lé style plus facile à comprendre, je rassemble un comité de trois médecins (^), aux corrections desquels chaque page est soumise. » li paraît que ces corrections du style ont été adoptées dans la seconde édition , car , en comparant celle-ci avec la première, on y remarque un grand nombre de modifications qui portent sur la forme, et qui ont été faites dans Tintention évidente de rendre les phrases plus daires et plus élégantes. II est douteux toutefois que Ton ait beaucoup gagné au change. Le style çst certainement devenu moins rude, mais il est aussi moins énergique,

n Sir Gffttrt BtaM, O^rgs Fotdyoe si Dwid 9it«aini; ii pmill 4v*ilt f*iidj9igiiûrepl te Jf M^rsMI.

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et parfois moins net et moins arrêté. Cependant , comme les corrections se sont étendues dans quelques endroits à des points plus importants que le style , la seconde édition doit être considérée , sans aucun doute, comme l'expression des dernières recherches de Hunter, et comme i^enfermant ses conclusions définitives. La troisième édition a éré publiée après sa mort par Sir Evcrard Home , qui a généralement adopté le texte de la première édition , et a ajouté quelques passages qui n'ont certainement jamais été écrits par John Hunter. Nous avons donc suivi le texte de la seconde édition comme étant le plus exact; mais comme les additions faites par Sir E. Home sont tirées de matériau:^ laissés par Hunter, nous avons jugé convenable de ne pas les omettre entièrement , et celles qui ne portent pas seulenient sur la forme ont été placées au bas des pages sous forme de notes.

11 est incontestable que l'ouvrage, ainsi présenté, porte l'empreinte de l'esprit qui l'a conçu et exécuté. Pour en apprécier justement tout le mérite , il est nécessaire de le comparer avec les livres qui, jusque-là, avaient été publiés sur le même sujet en Angleterre. Presque tous semblent avoir été écrits, moins pour augmenter la masse des connaissances que l'on possédait alors sur la maladie vénérienne , que dans la vue d'obtenir un éclat momentané et d'en .recueillir les avantages. John Hunter se proposait toujours un but plus élevé. Il s'est efforcé d'appliquer à cette maladie les principes généraux de la pathologie , et de la soumettre à l'analyse investigatrice qui lui servait toujours de guide dans ses philosophiques recherches. Les faits qui sont dus^ à son

expérience quotidienne sont importants , non à cause de leur singularité , mais pour les inductions auxquelles ils conduisent. Dans beaucoup de circonstances où la pratique était auparavant incertaine et contradictoire , il a établi des principes méthodiques de traitement; et pour les cas où la pratique était bonne, il lui a donné une base solide 9 en substituant les inductions de la raison à la routine de l'empirisme. C'est surtout sûr les maladies da la vessie et de l'urètre que les observations contenues dans cet ouvrage ont répandu les premières lumières ; aussi ces observations ont-elles servi de fondement aux connaissances exactes que nous possédons maintenant sur ces maladies.

Il faut reconnaître cependant que cet ouvrage n'est point sans défauts. On y trouve plusieurs considératioils qui sont plus théoriques que pratiques, et quelquesimes des doctrines qu'il renfermée n'ont pas obtenu cet assentiment général qiïi a couronné la plus grande partie des autres travaux de Hunter. On doit chercher l'origine de ces imperfections et dans la nature du sujet, et dans le caractère même du génie de Hunter.

Si l'on veut réfléchir un peu, on comprendra que la maladie vénérienne était un des sujets qui convenaient le moins au génie particulier de Hunter. Les facultés qui le distinguaient principalement des autres savants et qui assurèrent généralement ses succès, étaient une ardeur et, une énergie que rien ne pouvait abattre, une industrie que rien ne pouvait fatiguer. Soutenu par de tell^ qualités, il poussa ses investigations avec une activité sans exemple, et mit en lumière une multitude de faits qui avaient échappé aux recherches moins énergiques

des autres observàtélirs. Partout où rios tonhàiàààtièèi ébiéht incbniplètes et cohfuse.*;, lès nouveaux faits iju^il â rassëtiiblés par Tobservatidn , découverte par là dissection, oil établie; par Teiperience, ont répandu àur le àiljet tout entier la clartë la plus vive à la placé de Titicértîtude et dé l'obscurité. Ses vues étaient toujours grandes et généralisa trices; ëri combinant éeà nouvelles découvertes avet ce qUi était déjà côiinuy il en déduisait éâhs peiiië des lois qui avaient échappé aux recherches àhtérîeiii^es, et il vérifiait ensuite ôeâ côiiddsions par de nouvelles ohservàtîons et par une expérience plus ëtendûë. C^è^t plus à rdctivité de ses investigations qu'à sa puissance de raisonnemetit, que nous sommes redëvailles dé ses découvertes. En effet, àa puissante de raisonnement n'était peut-être pas aùssi pleinement développée qiie ^es autres facultés ; niais Ses erreuri de logique étaient continuellement rectifiées JDâi* le tlombre cofasidérablè et l'exactitude de ses recherches êxpérimehtalés.

Or, dans ses études sur la maladie vénérienne, il avait peu d'occasions d'exercer ses moyenè ordinaires d'inveètigdtlon. Lés expériences sur les aniniatix sont impossibles, puisque là ihàladie parait être limitée à l'èspèée iiuiiiainé. Les dissectioiis fournissent ^eu de renàeigtlëlÀents, car lé virus syphilitiqiië échappe ênttël^emeht à nôtre vue, et ceux de ses effets qui ne sôrit pas trëSévidents sont pour là plupart si peti apparente, c^tie fœil hë peut point les distinguer. Comme là plils grahde partie des symptômes syphilitiques se manifestent dans âës |>ariiës superficielles et exposées à la vue, léUr 2brmfe et leurs bafàctèrëè générant sobt fedfintis âepflis

I4i)gt«iM(>s Âéà chirurgiens; mais les modifleatiôtift tnàtr bides plus intimeA ne sont point appréciables h là simplfe inspection, et ne sont pas faciles à démontrer aux sens, Le^ observations que Ton peut puiser dans la pratique quotidienne s'offraient à Hunter comme aux autres pa^ tbôlogiStes; tnals il deràit rencontrer toutes les difficultés qui avaieUt arrêté les progrès de ses prédécesseurs , eî il était exposé à être égaré par les mêmes causes d'enreur. If ous possédons y Sur la maladie vénérienne , ixh grand ndnibre de faits qui sont bien établis. Ce dont ftoUS avons besoin , fce n'est pas d'Un accroisseitient de matériaut , mais d'uhe appréciation plus exacte de ceux qui Soht ett notre pouvoir, qui nous mette à ihêtnfe de les ttAéiik comprendre, et qui dissipe les iticertîtudeS et les cotitradictions apparentes qu'ils nous offrent. Les faits signalés par John Hunter ne sont pas assez tieufs et assez importants pour ajouter beaucoup, par eusffiétnes , ûux notions pathologiques que nous possédons sur la syphilis. Hunter s'est donc trouvé dans la nécessité de raisonner d'après l'expérience anciennement acquise^ et de bofner ses efforts à la rectification d|fs erreurs et au perfectiotmement des connaissances de ses prédécesseurs, en soumettant les résultats de cette expérience à une induction plus parfaite. Dès lors, il fa'est pas surprenant que ses travaux n'aient pas été aussi heureux ici que dàhs les autres branches de la patholo- ^è; et 4^'il ait souvent échoué dans ses tentatives poUr dissiper Tobscurîté qui enveloppe la maladie en question. On peut même se demander si son penchant naturel pour les généralisations ne l'a pas quelquefois égaré, et si, dans le désir de déterminer une loi générale, il n^a

pas quelquefois perdu de vue Tensemble des faits connus/et laissé cette loi plus incertaine encore qu'auparavant.

Une voie qui aurait conduit à des résultats plus élevés, s'offrait aux investigations. Les symptômes de la maladie vénérienne, quoique très«apparents , sont en même temps si variés, que jusqu'à ce jour ils n'ont jamais été distingués avec un soin suffisant. Si Hunter avait employé toute la force et toute la pénétration de son esprit à décrire ayec exactitude chaque symptôme isolé, puis à rechercher, pour chaque variété, quel est le tissu sp'écia^ lement affecté et quelle est la nature particulière de l'altération morbide, il aurait établi un fondement solide à ses raisonnements, et il aurait certainement répandu des lumières sur l'affection syphilitique et sur plusieurs autres qui lui ressemblent. Il est probable qu'il aurait déterminé les lois qui régissent Faction propre du virus vénérien, de manière à empécheir qu'on ne puisse confondre les effets de cet agent morbide avec les maladies qui proviennent d'une autre source ; qu'il aurait expliqué les contradictions apparentes que l'on observe dans l'effet des remèdes, et qu'en appropriant chacun de ces derniers à sa classe propre de symptômes, il aurait rendu le traitement certain et rationnel, de douteux et empirique qu'il est. Il, est certain qu'il aurait ouvert, pour de nouvelles découvertes, une voie dont on ne peut calculer l'étendue, et cela non-seulement pour la maladie qui fait l'objet de cet ouvrage, mais encore pour d'autres maladies qui jusqu'ici ont été peu étudiées par les pathologistes , et surtout pour les éruptions et les autres affections de la peau.

On ne peut révoquer en doute que Hunter ne fut parfaitement bien oi^anisé pour remplir une semblable tâche. Les descriptions, qu'il a données dans l'ouvrage qui est sous nos yeux, suffisent pour établir sa réputation. Elles n'ont jamais été surpassées en exactitude el en clarté, et elles constituent encore après un demi-siècle, les types qui ont servi de point de départ à tous les auteurs plus modernes. Mais le plan que je viens d'esquisser aurait été pénible et long à remplir; il aurait exigé le travail de toute une vie ; le fruit qu'on pouvait en attendre était éloigné et incertain; ce fruit, l'auteur luimême ne l'aurait jamais recueilli, mais il serait resté pour devenir le butin d'une autre génération. Hunter suivit soa penchant naturel. Il préféra la route la plus décevante, celle qui paraît être la plus directe, et qui a séduit tant de philosophes. Il voulut parvenir tout d'une fois, conjecturalement, à la connaissance des lois générales de la nature, au lieu d'y arriver pas à pas, par une étude minutieuse de ses opérations les plus élémentaires, et par une induction lente et graduelle :

«Altera (via) a sensu et particularibus advolat ad ff axiomata maxime generalia , atque ex iis principiis eo- « rumque immotâ veritate judicat et invenit axiomata « media ; altera a sensu et pai^ticularibus excitât axiomata, « ascendendo continenter et gradatim , ut ultimo loco « perveniatur ad maxime generalia (*). »

Mais quoique ce traité mérite, p^us que tous les autres ouvrages de Hunter, le reproche de renfermer des généralisations prématurées, il est cependant rempli d'ob-

D BâcoD, dix*neuvième aphorisme.

MTTâtionft pratiquer de la phis grande vàlmr, et doit toujours formel une partie essentielle des études de tout chirurgien qiii désire se familiariser avec la maladie dont il traite. Dans cette édition, on a tâché de le rendre d'une utilité plus générale en y associant les résultats des travaux des autres chirurgiens. Les opinions de Hunter ont été traitées avec le respect qui est dû à sa haute réputation; mais on a exposé tous les faits importants qui ont été mis en lumière par d autreb pathologistes, soit qu'ils eonârtnent, soit qu'ils rectifient ses doctrines, àân que les lecteurs puissent embrasser d'un seul coup d'ceil l'état actuel de la science^ et qu'en comparant les idées des autres pathologistes avec celles de Hunter, ils puissent juger du degré de confiance qu'ils doivent avoir dans les opinions de ce dernier.

G. G. BABlNGÎOlSr.

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