J. E. OUDET
A répoqne où Hunter écrivit cet ouvrage, la chirurgie dentaire était peut-être la moins avancée de tottted les branches de Fart de guérir* Le traitement des maladies des dents était encore livré à des manoeuvres ignorants, dont tout le savoir se bornait à l'extraction vloleùte des dents douloureuses^, à la fabrication des dents artifi*cie1les/et à quelques procédés grossiers pour remplie les cavités produites par la carie. Que cet état cPune branche de la médecine pratique, qui pouvait aussi bien que toute autre se lier à la physiologie et à la pathologie et s'améliorer par cette union, ait attiré de bonne heure l'attention d'un homme si éminemment doué des qualités nécessaire pour découvrir de telles lacune et les combler, et dont les ouvrages, s^ns égaux pour Fimpor*^ tance scientifique, ne sont pas moins remarquables paf Finflaence qu'ils ont exercée sur la pratique de la méde^ eine et de la chirurgie, c'est ce qu'on aurait pn prévoit^ d'après le caractère particulier du génie de Hunter. Il était trop vraiment grand , en efFet, pour juger indigMr de sa sollicitude tout ce qui se rattachait à l'art de goé^ rir et pouvait contribuer à agrandir le cercle de nod connaissances sur les opérations de la nature. En adm'el^ tant même que l'ouvrage qu'on va Krc soit peut-être
l'effort le moins heureux de ce génie extraordinaire, et celui de ses écrits dont les erreurs sont le plus frappantes, on trouvera encore une excuse pour ces erreurs dans la nature restreinte du sujet, et surtout dans la structure obscure et anomale des organes auxquels il est consacré; tandis que par ses expériences et par ses observations, qui ont servi de base aux progrès de nos connaissances en physiologie et en pathologie dentaires, ainsi qu'aux améliorations qu'on a introduites dans le traitement des maladies des dents, Hunter s'est acquis des droits éternels à la reconnaissance et à l'admiration de tous les hommes instruits qui se livrent à l'exercice de cette branche de la chirurgie. Et , s'il est vrai qu'il fut le père de la chirurgie scientifique, s'il peut revendiquer l'immense honneur d'avoir établi la pratique chirurgicale sur le seul t;errain solide, celui de la physiologie, il aura eu ce mérite aussi bien pour cette modeste division de l'art, que pour les branches plus importantes qui comprennent la connaissance et le traitement des maladies immédiatement bées aux parties et aux fonctions vitales.
îl n'est point sans intérêt de suivre, même dans cet ouvrage, les traits particuliers de- son génie, et d'épier ses efforts pour atteindre la vérité, qu'il poursuivait avec un zèle et une bonne foi qui n'ont jamais été surpassés, ni même égalés peut-être. En effet, un des caractères les plus remarquables de ses discussions et de ses doctrines (et il en doit être ainsi pour tous ceux qui recherchent la vérité avec le même zèle et la même simplicité) , c'est que les erreurs même qu'on y trouve sont l'i^ffet de son inaltérable amour de la vérité, des efforts qu'il faisait pour arriver au but unique qu'il s'était proposé, et qui consistait à établir, non les dogmes d'une
théorie favorite, mais les simples lois de la nature; c'est ce caractère qui constitue un des principaux attraits de ses plus grandes et de ses plus importantes découvertes. On CD voit une preuve frappante dans l'erreur et même la contradiction que renferment ses considérations sur la structure des dents. Ses observations et ses expériences lui avaient appris que les dents diffèrent des os sous plusieurs rapportsimportants ; que les phénomènes que ces deux ordres d'organes présentent dans des circonstances analogues, soit à l'état demaladie, soit pendant les expérimentations, diffèrent de même sous beaucoup de rapports importants; que les dents ne peuvent pas être injectées artificiellement; qu^elles ne peuvent réparer leurs déperditions de substance ; et beaucoup d'autres particularités, qui l'ont porté à conclure trop précipitamment que « l'on doit les considérer comme des corps étrangers; attendu qu'il ne se fait point de circulation à travers leur substance ; » et cependant sa sincérité l'oblige à avouer dans la même phrase que « bien certainement, elles sont douées du principe vital, par l'intermédiaire duquel elles font partie du corps, et qui leur permet de s'unir avec une partie quelconque d'un corps vivant ; » or, si les expériences sur lesquelles il fonde la dernière proposition, prouvent quelque chose, c'est que cette union s'effectue par continuité de vaisseaux. Ainsi,, son amour pour la vérité est si sincère, si inflexible, qu'il ne veut ni sacrifier, ni modifier, ni interpréter un seul point des faits sur lesquels sont fondées ces deux propositions incompatibles, même pour éviter le dilemme auquel l'expose nécessairement sa manière imparfaite de raisonner. . Mais quelles que soient les erreurs qui peuvent s'être glissées dans cet ouvrage, il n'en forme pas moins la hase de tous. les travaux qui, depuis, ont eu pour objet
d'accroître nos comiaissances dans cette branche de la chirurgie pr^tiqué^ et il est devenu d'une manière encore plus remarquable le point de départ de tout ce que nous savons maintenant sur la physiologie des dents. D'un autre côté, on doit reconnaître que le successeur de Hunter, le docteur Blake, s'il a reçu de Hunter les idées prraaières qui Font conduit à ses propres découvertes, a expliqué si clairement ce qui était obscur dans son piiédécQ6ieur, a comblé si judicieusement les lacunes cpt'il avait laissées, et mis en harmonie d*une manière si tatîsiaisante ce qui paraissait incompatible ou contra* dictotre, qu'il mérite d'être considéré comme ayant jeté pkis de lumière sur ce sujet qu'aucun des écrivains qui s'aEi sont occupés avant ou après lui; sa dissertation inaugurale ( et l'on ne doit pas oublier que c'était l'ouwage d'un élève) contient sur la structure,' le mode de formatîoii, l'accrotâsement et les rapports des dents^ des doctrines que la plupart des auteurs plus récents ont copiées avec raison , et que les expériences des physiologistes n'ont pu que confirmer.
Josi^di Fox, avec un talent beaucoup moins original que edui'de son prédécesseur, apporta dans la pratique de son art, de l'activité, de ia précision et du jugement. £t si la portée de son intelligence ne lui a pas permis de se distinguer par des recherches et des découvertes originaks, ses habitudes de réflexion sérieuse, jointes à UMa edflMatipn spéciale distinguée, l'ont mis à même de retirer de sa pratique étendue une connaissance assez ttaetedes maladies des dents et de leur traitement, pour que son ouvrage doive être considéré comme une acquisition très-importante, non-seulement pour les dentistes instruits, mais surtout pour les médecins prati* cîena» C'est finna|ialement à ces derniers qu'il a consacré
ses travaux, car il a fait des leçons sur ce sujet pendant plusieurs années à Thôpital de Guy.
Tels sont les écrivains à qui la science est redevable des principales connaissances qu'elle possède maintenant sur Tanatomie^ la physiologie et la pathologie des dents. Il serait inutile de mentionner ici les ouvrages nombreux qui se sont succédé depuis , car ils dérivent en grande partie de ces sources, et l'on peut établir, d'une manière générale , que leur mérite est en raison inverse de leur originalité. Il est également inutile de discuter longuement les hypothèses qui ont été émises sur la nature des dents, par quelques-uns des physiologistes français les plus distingués. Dans les notes que j'isd ajoutées au traité de Hunter, je me suis attaché à me servir des matériaux qui se présentaient devant moi , à éclaircir le texte dans les endroits où il est obscur, à corriger les erreurs que des recherches nouvelles ont dévoilées, et à compléter les points traités imparfaitement, par tous les renseignements qu'ont pu me fournir les observations et l'expérience des autres et les miennes propres. J'ai entrepris cette tâche avec toute la circonspection et tout le respect que comiïiande le nom de Hunter, et en me proposant religieusement le même but d'utilité générale qui a toujours servi de guide au grand et original auteur dont je me propose de faire connaître l'ouvrage.