CHAPITRE I
M LA GONORRflÉE. {Slennorrhagte.)
Toute matière Irritante appliquée à une surface sécréunte en augmente la aécrétion s et fait passer le liquide sécrété de aon état naturel 4 quel qu'il Mit 4 à un état qui en diffère. Dans la maladie vénérienne, le liquide aécrété se transforme en pus.
Quand la suppuration vénérienne a son siège dans le eanal de Turèlre, im lui donne le nom de gonorrhée; et (K>mme cette forme de la maladie résulte de Tappiication de la matière virulente sur une surftiee sans épi« derme ) qui naturellement sécrète un liquide , il importe peu « pour la ma« ladie considérée en elle*méme , que la surface affeotée appartienne à telle ou telle partie du corps : Fécoulement est le même à Tamis « à Tintérleuf ie la biouche et du nez, aux yeux et dans les oreilles.
Quelques pathologistes admettent que la gonorrhée pmit être produite tans rinOuence delà cause immédiate ci-dessus indiquée, c'est«à-dtre, qu^èlle peut dériver d'une action de la constitution. Si cette doctrine était Traie, il en serait pour la gonorrhée comme on suppose qu'il en est pour rophthaimie vénérienne. Mais si Ton juge par analogie d'après les tkffec* tfons vénériennes réellement constitutionnelles , il est probable que cette opinion est erronée aussi bien pour Tune que pour Vautre de ces deux maladies. En effet, quand le poison se porte constitutionnellement sur la bouche, la gorge ou le nés, il y détermine des ulcères et noa un accroissement de sécrétion comme dans la gonorrhée ; tandis que dans Tophthal» mie vénérienne la face interne ét$ paupières ne présente aucune ulcéra* lion. Quant à la gonorrhée, elle est trop fréquente pour qu'on puisse lui assigner une telle cause.
Jusqu'à Tannée 1753, on croyait généralemeùt que le pus qui s'écoule de Turètre, dans la gonorrhée, provenait d'un ou de plusieurs ulcères situés dans ce canal; mais l'observation a prouvé qu'il n'en est rien (*)..
Il ne sera peut-être pas sans utilité de raconter ici en peu de mots comment a été découvert ce fait, savoir, que Tinilammation peut pro*.
(*) Voir la note de U page 176 et suiv.
duire du pus sans ulcération. Dans Tbiver de 1749, le cadarre d*un enfant fut apporté dans la salle de dissection, à Covent-Garden. Quand on ouvrit le thorax de ce sujet, oh y trouva une grande quantité de pus qui était libre dans la cavité, et Ton remarqua que la surface des poumons et de la plèvre était tapissée par une matière plus solide , semblable à de la lymphe coagulable. Cette matière ayant été enlevée, la surface sous-jacente ne présenta aucune perte de substance. Cette circonstance parut neuve à William Hunter, et il envoya chercher Samuel Sharp, dont il désirait avoir Favis; le fait parut également nouveau à ce médecin. Quelque temps après, en 1760, Samuel Sb^rp publia son ouvrage intitulé Critical Enquiry, et il y plaça cette proposition, « que du pus peut être formé sans aucune perte de substance; » mais il ne dit pas à quelle source il avait puisé cette notion. William Hunier enseigna ensuite cette vérité dans toutes ses leçons ; et nous voyons bien des auteurs qui Tont adoptée sans faire mention ni de Sharp, ni de William Hunter. Ce fait étant ainsi connu , Réprouvai le désir de m*assurer si le pus de la gonorrhée se forme de la même manière. Dans le printemps de 1753 , on exécuta huit hommes dont deux étaient atteints d*une violente gonorrhée au moment de leur mort. Je me procurai les deux cadavres et je les soumis à une investigation exacte , mais je ne trouvai aucune ulcération. Les deux urètres parurent seulement un peu plus injectés de sang qu'à l'ordinaire, surtout dans le voisinage du gland. C'était encore un fait nouveau qui ne pouvait échapper au D' Gataker qui, toujours attentif à faire son profit de tout, suivait les leçons de William Hunter et disséquait sous ma direction. Il publia bientôt après, en 1754, un traité sur la maladie en question « dans lequel il professa hautement que le pus de la gonorrhée ne provient point d'un ulcère, sans faire connaître comment il avait acquis la connaissance de ce fait; après lui, plusieurs auteurs ont répété la même proposition (*). Depuis l'époque que
(*) Oo a IpDgteiapi cru que Técoulenient gonorrhéiqne était nniqiiemciiit formé de pli». Maytriie(*),qaidu reste l'attribuait toujours à un ulcère du canal, lui avait donné, à cause de cela , le nom de nù^xa. Aujourd'hui on sait que ces écoulements conûstent dans un mélange de pus et de mucus, auquel j*ai donné le nom de muco-pus, et qui rend Tcxpression de blennorriiagie , inventée par Swédiaur, aussi incorrecte que celle de Mayerne, attendu que ce n*est pas plus^du mucns pur que du pus sans mélange.
Quand on étudie arec soin les sécrétions réputées blennorrhagiques , suite de IHaflammation des muqueuses, on trouve que plus IHnâammation est intense, plus eUe pénétre en profondeur et gagne le tissu cellulaire interstitiel ou loos-muqueux, plus lea globulei de pus l'emportent ^ nombre sur Télément muqueux; et quand la sécrétion vient d'un abcès voisin ou d'un ulcère de la muqueuse, le mucus peut manquer complètement
On est étonné que Hunter ait eu besoin , pour comprendre le mode de sécrétion
morbide de la muqueuse uréirale, de l'observation de pleurésie avec fausses mem-
'branes, qu'il cite. Ce qui se passe sur le gland et le prépuce dans la balaoite, ce qui a
lien dans le coryza et la bronchite , dans l'ophthalmie porulente , aurait dû Teclaircr
ainsi que ceux qui l'ont suivi.
On voit dans le reste de ce paragraphe , si admirablement fait pour prouver que le
(•) Spttagmata prmseoi. lAndin. 1690.
j*ai indiquée ci-dessus , mon attention n'a cessé de se porter d'une manière spéciale sur cette question d'anatomie pathologique, et j'ai ouvert Turètre d'un grand nombre de sujets qui avaient une gonorriiée au moment de leur mort, sans jamais y trouver une seule ulcération; du reste, j'ai toujours trouvé l'urètre plus rouge qu'à l'état normal, dans le voisinage du gland, et souvent il y avait du pus dans les lacunes de ce cantil. J'ai observé une fois , il est vrai , une plaie située à la surface interne du canal de l'urètre; mais cette plaie n'était point le résultat d'une ulcération de cette surface : un point d'inflammation s'était développé, probablement dans une des glandules de cette région , et avait donné lieu à un abcès qui s^était ouvert dans l'urètre. Le même abcès s'était ouvert également en dehors auprès du frein , de sorte qu'il en était résulté une fistule urînaire. D'ailleurs , les moyens de traiteVnent qui réussissent dans la gonorrhée auraient dû donner à penser que cette maladie ne dépend point d'un ulcère vénériea, car on pourrait à peine citer un cas de chancre vénérien guéri sans l'emploi du mercure, ou au moins des escarotiques; or, on sait que la plupart des gonorrhées peuvent se guérir sans mercure, et ce qui est encore plus remarquable , sans l'emploi d'aucun moyen médical, ce que je crois toujours impossible pour un chancre. Cette doctrine qui admet que la gonorrhée n'est liée à la présence d'aucun ulcère a été enseignée pour la première fois par William Hunter, dans ses leçons publiques, en 1750; mais il n'a point cherché à l'expliquer.
S I. De tintervallede temps qui sépare r application du poison de Us manifestation de ses effets.
Dans la plupart des maladies, il s'écoule un certain espace de temps entre l'application de la cause et la manifestation des effets. Dans la maladie vénérienne , ce temps varie d'une manière considérable, ce qui dépend probablement de l'état où se trouve la constitution au moment de l'infection. I^ diverses formes de la maladie diffèrent aussi entre elles sous ce rapport. La gonorrhée et le chancre apparaissent plus tôt après le contact impur que la syphilis constitutionnelle , et des deux premières affections c'est la gonorrhée qui se manifeste le plus promptement. Dans la gonorrhée, répoque d'apparition est très-variable. J'ai des raisons de croire que dans * quelques cas l'effet s'est produit .au bout d'un petit nombre d'heures, tandis que chez d'autres sujets, il s'est écoulé six semaines avant la manifestation des symptômes; entre c«s deux extrêmes, j'ai observé tous les intervalles intermédiaires. Toutefois, autant qu'on peut s'en rapporter à
oliancre et la blennorrhagie aont deox affections différentes, qne Hanter fait de rains efforts poor pronrer que la muqaeose nrétrale n'est pas susceptible de s'okérer , bien que iDÎ-méme en donne nn exemple.
. Comme tontes les autres mnquenses , ceUe de Tur^tre pent être le siège d*nlcères Boit sons Tinfluence d*un chancre, soit sous celle d^uoe &inple inflammation; et si Hniiler croit n* avoir jamais rencontré d^nlcérations dans ce canal , Astmc , Franc , Bell, Wiseman, Howard, Capuron, Spangenberg, Swédianr, Thomas Bartholin, Tartan, M. Lisfraoc et moi en aTons tronré à différentes profondeurs. P. Rxcord.