‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 35 sur 88 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Dtr TRAITEMENT INTERNE OU œNSTlTUTIONNEL BE LA GONORRHÉE.

ï)anâ le traitement de la goDorrhée, il faut quelquefois prendre en considération l'état de la constitution autant que celui des parties affectées , sinon davantage ; mais cette précaution n'est pas nécessaire en général. On puise en grande partie dans les sympt^noes locaui la connaissance de 1 état de la constitution , et Ton doit mettre autant que possible le traitement interne en harmonie avec le traitement local.

Chez beaucoup de sujets à constitution forte et pléthorique, chez qui les actions et la puissance d'action sont également énergiques, on observe que les symptômes sont violents. Ces constitutions ont généralement une grande disposition pour la fièvre inflammatoire; et ce qui peut être considéré avec le plus de probabilité comme étant leur trait caractéristique, c^est que les symptômes locaux ne s'étendent pas au delà de la distance spécifique. Plusieurs agents thérapeutiques qui pourraient être utiles dans d^autres constitutions se montrent souvent nuisibles dans celles-ci , et exaspèrent les symptômes mêmes qu'ils étaient destinés à combattre. Tai même vu des lavements opiacés, qui pourtant avaient soulagé d^abord , faire nattre enfin ou augmenter la fièvre ^ çt de cette manière exaspérer tous les symptômes. J'ai vu le baume de copahu , dans de tels cas, accroître les symptômes inflammatoires, probablement parce qu'il suspendait l'écoulement, qui paraît être un phénomène salutaire. Lorsque la gonorrhée atteint des sujets doués d'une telle constitution , le traitement doit se composer principalement de moyens évacuants, et les meilleurs sont la saignée et les purgatifs doux. U est nécessaire de suivre un régime sévère , et surtout de prendre peu d'exercice i bien que ce mode de traitement ne fasse pas disparaître l'irritation vénérienne, il diminue la violence de l'i/iflammation et permet aux tissus malades de se rétablir. Il résulte de là que dans ces constitutions la maladie se guérit très-prompteraent dans sa seconde période, attendu qu'il n'existe aucune disposition pour la perpétuation de l'inflammation.

Ches les su^ à coDStitution faible et irritable les symptômes se montrent souvent très-violents , œ qui dépend de ce que les parties sont le siège d'une aeHoQ très-intense; et Finflammation, dépassant la distance spécifique, se propage fréquemment le long de l'urètre, et même envahit la vessie. Loin d'employer ici les évacuants, qui aggraveraient les

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symptômes au lieu de les amender, il faut fortiûer la constitutloOf aGn de la rendre généralement moins susceptible d*irritation.

J'ai vu des malades qui étaient doués d'une constitution telle, qu'ils n'étaient jamais assurés de jouir de vingt-quatre heures de santé : chez eux l'inflammation était intense et en même temps prenait beaucoup d'extension. Si l'on essayait les moyens évacuants, les symptômes s'exaspéraient; mais lorsqu'on donnait le quinquina largement, les symptômes perdaient presque immédiatement leur violence, et les malades ne tardaient pas à se guérir sans avoir recours à aucun autre médicament. Id, le quinquina agissait sur la constitution, détruisait l'irritabilité, donnait aux parties le sentiment exact et sain de tirrUation vénérienne ^ et ramenait l'inflammation à la condition qu'elle doit présenter chez un sujet sain', ce qui donnait à la constitution la faculté de produire la guérison elle-même.

La gonorrhée est si capricieuse dans sa curation, qu'on voit quelquefois l'établissement tout accidentel d'une ûèvre arrêter Técoulement, faire cesser la douleur en urinant, et finalement la gonorrhée se terminer avec l'affection fébrile; tandis que chez d'autres malades tous les symptômes de la gonorrhée ne cessent à l'invasion d'une fièvre que pour se reproduire après que celle-ci a été dissipée. D'autres fois , la gonorrhée débute d'une manière bénigne , mais il survient une fièvre intense qui dure plusieurs jours , et les symptômes gonorrhéiques s'exaspèrent ; puis, la fièvre disparaissant, la gonorrhée disparaît avec elle. Bien qu'une affection fébrile n'amène pas toujours la guérison de la gonorrhée, cependant comme elle peut avoir ce résultat, on ne doit rien faire tant que la fièvre existe; mais si la gonorrhée persiste quand la fièvre a cessé, il faut alors la traiter suivant les symptômes (*}.

Malheureusement, il y a des cas où aucun mode de traitement connu ne peut diminuer (es symptômes : les évacuants ne produisent aucun amendement ; les toniques ont aussi peu de succès ; les sédatifs et les emollients ne procurent aucun soulagement; le temps seul amène la guérison. Dans de tels cas, la méthode adoucissante me paraît être la meilleure , jusqu'à ce que la maladie soit mieux connue. On ne doit pas avoir^ recours aux astringents , dont l'influence sur les parties enflammées est incertaine; souvent, en effet, ils ne diminuent ni l'inflammation, ni la douleur, bien quMIs puissent rendre l'écoulement moins abondant. Les térébenthines, et principalement le baume de copahu et le baume du Canada , diminuent la disposition des tissus à sécréter du pus, ce qui paraît toujours salutaire ; mais comme elles n'ont pas en même temps la faculté d'atténuer l'inflammation , elles ne peuvent être que de peu d'utilité.

Indépendamment de la différence des effets de la gonorrhée suivant les

(*) On Ht ici dans rédition de Home : «< Ua homme qui faisait one injection poor combattre une gonorrhée fut jSKs de Tomissementa et de diarrhée, à la suite deaqueb des bcmorroides se manifestèrent. Ces hémorroïdes saignèrent abondammei^t. Lorsque celte nouTcIle affection fut guérie, il s'aperçut que tous les symptômes de gonorrhée avaient disparu. »

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différentes constitutions, il esta remarquer que les symptômes de la maladie sont modifiés d*u.ne manière notable par le régime de vie du malade dans la période inflammatoire, et par Tinvasion des autres maladies qui peuvent attaquer la constitution à cette époque. Bfais ce fait est commun à toutes les maladies; en effet, .toutes les maladies locales ( et c'est sous ce point de vue que j*ai envisagé la gonorrbée ) sont too* jours affectées par tout ce qui affecte la constitution. La plupart des choses qui précipitent ou excitent la circulation aggravent les symptômes \ tels sont, un exercice immodéré, Tusage trop abondant des liqueurs fortes, le choix d'aliments forts et difficiles à digérer, parmi lesquels il en est qui agissent spécifiquement sur les organes affectés, et qui ainsi aggravent les symptômes plus puissamment que ceux qui ne font qu'échauffer l'ensemble de l'économie , tels sont les poivres, les épices et les spiritueux.

De tout ce qui a été dit plus haut, il résulte que la gonorrhée doit être traitée de la même manière que toute autre inflammation , et que toutes les méthodes de traitement qui ont été employées doivent être considérées comme des correctifs de l'irritation en générai et du trouble de la circulation. Dans les cas où la maladie se montre bénigne à son début, oh l'inflammation est légère, et dans ceux où les symptômes violents qui ont été décrits ci-dessus ont cédé, on peut administrer, conjointement avec les remèdes locaux que j'ai indiqués, les médicaments qui ont pour effet de diminuer l'écoulement. Parmi ces derniers , ceux qui me paraissent les plus efficaces sont les térébenthines. Les cantharides, lés sels de quelques métaux, comme ceux de cuivre, de zinc et de plomb, quelques terres, comme l'alun, ont été fortement recommandés à l'intérieur comme astringents.

Quelle que soit la méthode qu'on ait adoptée pour le traitement de la gonorrhée, soit localement, soit à l'intérieur, il ne faut jamais perdre de vue qu'une certaine quantité de la matière de l'écoulement peut être absorbée et se montrer ensuite sous la forme de syphilis constitutionnelle. Pour prévenir cet effet, je pense qu'on doit donner Intérieurement de petites doses de mercure. Il n'est pas facile de déterminer à quelle époque ce traitement mercuriel doit commencer; mais s'il est vrai, ainsi que je l'ai expliqué antérieurement, que la disposition syphilitique une fois formée ne peut point être guérie par le mercure, tandis que cet agent thérapeutique a la faculté d'empêcher une pareille disposition de se former, il importe de commencer de bonne heure et de continuer jusqu'à la fin de la maladie, non-seulement jusqu'à ce que la sécrétion du pus ait oessé de se faire, mais encore quelque temps après. On peut employer les frictions mercurielles , lorsque l'estomac et les intestins ne peuvent supporter le médicament.

Cette pratique est d'autant plus nécessaire que l'écoulement dure depuis

plus longtemps , surtout lorsque le traitement s'est composé seulement

des simples évacuants. En effet , lorsque l'écoulement a une longue durée,

Fabsorption a plus de temps pour s'exercer; et lorsqu'on n'a eu recours

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