CHAPITRE I
DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE ( lues venetea.)
La syphilis constitutfonneile , ainsi que je Fai déjà fait observer, reconnaît pour cause l'absorption de la matière virulente, qui est portée dans la circulation commune. Cette forme de la maladie, à laquelle j'ai donné le nom de constitutionnelle (*) , se montre beaucoup plus compliquée que la gonorrhée et le chancre, soit dans ses effets, soit dans les différentes manières dont elle peut être contractée. En général, elle a sa source dans les affections locales que j'ai décrites précédemment, et dont le pus est absorbé et porté dans la constitution. Il pariaiît qjiie le pus vénérien peut pénétrer dans la constitution consécutivement à son application pure et simple , et sans avoir produit d'abord Tun ou l'autre des effets locaux ci-dessus mentionnés, ainsi que je l'ai dit en traitant de la formation des bubons; mais cela ne semble a^oir lieu que lorsqu'il est appliqué sur certaines parties du^ corps , comme le gland , que l'on peut appeler des surfaces semi4ntemes. Je crois qu'il ne peut être pompé par les vaisseaux absorbants de la peau saine (**) , mais je ne fais ici qu'exprimer une opinion.
Il peut être porté également dans la constitution après avoir été appli-
(*) Le mot constituHonneHe n'est point , à proprement parler, celui qui convient ponr désigner Taffection qui nons occupe. En effet , une maladie coniUtntionneUe est une maladie dans laquelle tontes les parties du corps agissent morbideroent d*nne seule et même manière , comme dans les fièrrcs de toute espèce , soit sympathiques, soit primitives. Mais le poison vénérien parait être seulement répandu dans tons les liquides en circulation , et forcer, si l'on peut ainsi dire , certaioes parties du corps à contracter l'action vénérienne, action qui est parfaitement locale et qui se manifeste dans diverses parties en suivant une succession régulière en rapport avec le degré plus ou moins grand de susceptibilité dcN parties pour cette action morbide. \\ n'y a donc qu'un petit nombre de parties qui agissent en même temps, et un sujet peut être affecté constitntionnellcment de cette manière, bien que presque toutes ses fonctions s'accomplissent d'une manière parfaite. J. Huntir.
(**) Ici se tronve dans Tédition de Home : «* An moins je n'en connais aneun exemple. »
8TPHIUS GOramnilKraiSBLLE. 6fS
foe tor âes ulcères oommunt, bifa qu'il ne r«iide pas néoessakeBa^t ces ulcères vénériens. U peut aussi pénétrer par une plaie, comme il a été déjà dit, mais je crois qu'il produit toujours préalablement une ulcération dans !a plaie.
On a admis beaucoup d*autres modes dMnfection , mais je crois que c'est à tort, et il est probable que ces bypothèses ont eu pour origine rigporance ou la fraude , deux grandes soiirces d'ec^e^rs 4^s la f¥)a|ddie qui nous occupe.
Il est très-probable que l'infection générale se fait dès le début de la maladie locale , surtout quand celle-ci est un cbaocre. En effet, dans la plupart des cas, il y a moins de chances pour que Fînfection se prodoisa plus tard, parce que le malade se soumet ordinairement à un traitement, ^ui, en général, pose une barrière à l'infection. Si cette dernière pouvait prendre naissance pendant tout le temps du traitement, les parties feraient infectées à des époques différentes, et elles contracteraient l'action morbide dans des temps divers, chacune suivant le moment où elle aurait reçu l'infection, et ce|a mémp dans les parties qui sont similaires tant cous le rapport de leur nature que sous tous les autres. Mais comme ces parties similaires ne présentent guère de différenee relativa^ ment à l'époque où l'action vénérieime s'y manifeste, il est raisonnable de supposer qu'elles ont reçu l'infection dans le même temps ou à peu do chose près, et que par conséquent aucune infection n'a lieu pendant la durée du traitement , bien qu'on puisse admettre que la faculté d'absorption est aussi énergique alors qu'en tout autre temps.
Lorsque l'infection dépend d'une gonorrhée dans \^ traitement ,dç laquelle le mercure n*a pas été employé, on peut s'^tteadir^s à pb^ryei^ ci^te différence relativement à l'époque d'2i|)puritlon des syiopt^nies coos* titutionnels dans les parties similaires. Mais comme l'infection gédéral# est très-rare après cette maladie, il n'est pas probable qu'on observe de grandes variétés par suite de cette cause. Toutefois , c'est un point qui mérite d'être éclairci, et Ton pourrait y parvenir en observant un grand nombre de faits.
Sans prétendre fixer d'une manière exacte les proportions diverses suivant lesquelles la syphilis constitutionnelle s'établit consécif^iyeiii|çnt aux trois modes (^'infection énumérés c|-dessus, je crois pouvoijr avancer, d'après ma pratique générale et mon expérienqs, que poMr un si^ quî contracte l'infection générale de la première manière* c'est-è-dir^, sans qu'il y ait d'effets locaux de produits , il y sa a cent qui la contractent da la seconde manière, a'e$t-à-dtre, consécuti vendent à une gonorrbée ; et que pour un qui se trouve dans le second cas, on en trouve cent où la troisièïne cause, c^est-à-dire le chancre, a agi. Sur cinq cents bommes qui onf commerce avec des femmes infectées, peut-être n^en est-il pas un seul qui contracte la syphilis constitutionnelle de la première manière; de même sur cent qui ont de semblables relatioris i^'çu çst-jl paç un qi^ )i^ contracte de la seconde; tandis qu'il n'y pn a pas us^ çpr cent qjifi pû^. écb^pi^ au ^roi$|j9pie m^ 4M^9fî> i^^ s4mUm% qu'oa ^aAt jns
51« STPHILIS CX)KSTrnmaHIfELLE.
reeourt aux moyens capables de pré?enir i*iofectîoa, <^est-à*dire , aa traitement ordinaire du chancre C)'.
(*) La syphilologie, comme tontes les antres branches de la pathologie, a de tont temps snbi sa part d'influence des doctrines en Togne. A tontes les époques, quand un grand système a régné, les sypbilograpbes se sont empressée de mettre à la mode du jour les traités précédents.
Tantôt, dans ce que Hunter a désigné sous le liom assez généralement adopté de syphilis constitutionnelle , dans ce qn*on a aussi appelé accidents secondaires, conaécutifs, généraux, rérole confirmée, etc. , on a donné an Tims les raissenux blancs pour moyen de transport, et la graisse pour réservoir; tantôt, au contraire, on Vm plaeé dana renaemble des humeurs, comme le fait Hunter, ou on lui a assigné le sang poor Téhicnle unique, soit qu'il y sqit resté en suspension sans mélange intime , soit qn*il ait imprimé à ce liquide une profonde modification. D*un autre c6t^, tandis que le soUdisme n*a cherché que des altérations organiques matérielles et sana rintermédiaire des humeurs Ticiées , quelques métaphysiciens de cette école et des yitelistes purs n*ont voulu voir que des effets sympatliiques ordinaires , ou le résultat d*un fluide électro-syphilitique expansif.
M^is sans nous perdre dans le champ des hypollièse^, desquelles notre siècle, plus positif, tend de plus en plus à s*éIoigner , à c6té des propositions principales de Hnster , je placerai les propositions suivantes :
La syphilis conatitutioniielle est le réaulut de Tabsorption mttéridle du Tirot ayphilitiqne.
L'expérimenUtion, Tanalogie et l'observation rigoureuse, ont prouvé que c'était pur Tabsorption veineuse et le mélange direct au sang que l'empoisonnement général avait lieu , soit que celle-ci e&t été ou non précédée de l'absorption par les lymphatiqiics.
Il ne peut pas y avoir d*absorption sans ulcération préalable. Le chancre e^t l'antécédent obligé, quels que soient les symptômes qui le dévoilent ou le masquent. Depuis Bernardin Tomatino, les assertions de Hunter, de Fabrc, de Bell, etc., n*ont rien prouvé en faveur de la vérole constitutionnelle d'emblée. Il n'est pas une observation qui, aveé nos connaissances du jour, ne soit contestable. I.ies chillrM proportionnels de Hunter prouvent <pie le fait exceptionnel qu'il croyait avoir observé, n'était qu'un fait apocryphe on mal expliqué.
Ce n'est que pendant la gestation, et par voie d'hérédité, que la syphilis constitntâonnelle peut être transmise de la mère à l'enfant, sans accident primitif préalable pour celui-cL
L'expérimentation a prouve qu'il n'y avait aucun tempérament, ou aucune idiosyncrasie réfractaire à l'action primitive du virus syphilitique.
L'observation la plus attentive a démontré, contniirement aux assertions dé Boater et aux fauteurs des mêmes doctrines, que certaines constitutions se refusaient absolument à l'empoisonnement général , soit seulement à certaines époques de la vie, aoît toujours et dans des conditions physiologiques, hygiéniques, on [la- Ihologiques qu'on ne peut ordinairement apprécier que par l'absence de toute induration lors de Texistence d'un chancre.
Il y a trois choses à considérer dans la syphilis oonstitutionueUe : la prédisposition individuelle, relative ou absolue, et sans laquelle l'empoisonnement ne saurait avoir lieu; la diathèse, ou la modification que le tempérament a subie par le fait de cet empoisonnement, modification particulière et qui peut persister plus ou moins longtemps sans manifestation; et enfin la cachexie à ses divers degrés, ou la production des accidenta consécutifs proprement dits.
8i las dogmes de la védecine humorale étaieat à jamais perdus , Fhistoire dt la sy«
SYPHILIS CONSnrUTIŒfNELLE. 617
5 I. De la nature des plaies ou ulcères qtd dérivent de la syphilis constitutionnelle.
Le sang étant infecté par son contact avec du pus syphilitique véritable, on pourrait naturellement supposer que les effets locaux qui sont \%
pliilis suftîrait pour les réhabiliter. Eu effet, dans cette maladie le sang se charge da principe toxiqne, et cherche par tontes les Toies à s'en débarrasser ; mais les criblea uatoreb qu'il traverse ou les émoaetoires qu'il se crée, soumis alors à une natrition viciatue, s'infectent et s'altèrent d'une mamère sooeetrive et régulière, et en quelque sorte par ordre de Titalité.
Cependant, pour Je deTcloppement des symptômes constitutionnels, il faut quelque chose de plus que la diathèse syphUitique, car, sous son influence seule» ob peut rester longtemps sans production d'accidents secondaires , et la manifestation de ceux-ci dans des points différents, sur divers individus ou sur un seul, à différentes époques ou daus un même temps, prouve la nécessité de causes adjuvantes.
Il faut donc que l'intégrité des fonctions soit accidentellement rompue, pour que, sous l'influeuce de la diathèse syphilitique, il survienne des symptômes secondaires , que des conditions physiologiques, hygiéniques, ou thérapeutiques peuvent retarder ou définitivement empêcher.
Aujourd'hui qu'un grand nombre d'aceidents primitiis sont abandonnés à eux* mêmes sans traitement, on pont mieux observer l'époque d'apparition et la filiaticw régulière des symptômes de la sypIiiUs. Lorsque rien n'entrave ou ne dérange la marche de la maladie, elle se compose toujours de trois périodes, savoir : de l'accident primitif, suite de la contagion directe et susceptible de s'inoculer sans pouvoir se transmettre par voie d'hérédité; des accidents secondaires, conséquences de l'absorption et transmissibles par voie d'hérédité, sans qu'ils soient inoculables; et enfin des accidents tertiaires, qui non-seulement ne s'inoculent plus, mais qui ne sauraient se transmettre par voie d'hérédité avec leur physionomie spéciale, et qui, en vertu d'une sorte de dégénérescence ou d'une modification de la sypfaiUs, sont peut-être une des sources les plus fécondes des scrofules.
Les accidents primitifs se montrent tout de suite après la contagion et dans le* tempe d'évolution que j'ai autre part indiqué; les secondaires arrivent rarement avant U 1rui.sième semaine qui suit l'apparition des accidents primitifs, et plus rarement encore après le sixième mois; tandis que les tertiaires ne paraissent presque jamais avant le sixième mois et ptîuvcnt ne se manifester pour la première fois qu'après plusieurs années.
Le chancre et ses diverses modifications on variétés constituent les accidents primitifs.
Aux accidents secondaires se rapportent certaines affections de la peau, de quelques points des muqueuses, ainsi que de leurs dépendances; et des états pathologiques particuliers des yeux, des testicules , des ganglions lymphatiques, ete. Enfin des altérations spéciales du tissu cellulaire sous-cutané ou sons-muquenx , des tissm fibreux et osseux et des organes profonds, composent les accidents tertiaires. Si l'ou était en droit d'admettre un temps d'incubation dans les maladies syphilitiques, comme l'entendait Jacques Catanée, ou ne pourrait considérer conune tel que celui qui sépare l'accident primitif des symptômes constitutionnels.
Un traitement convenable de l'accident primitif peut à tout jamais détruire la diathèse , et empêcher la production des accidents secondaires et tertiaires. Trèssouvent après la gucpson du premier , il n'arrête que les seconds, ce qui explique chex les malades qui ont pris du mercure , la production tardive des maladiei du périoste ou des os y sans le chaînon intermédiaire ipà a dû manquer.
us SYPHIUB GOFBmtmONllBLLE.
résultat da cette infeetton, doirent être de même nature ^le les effete locaux primitifs d'où ils tirent leur origine; mais d'après Tobserration et rexpérience, j*ai tout lieu de croire qu'il n*en est rien.
*Si l'on approfondit ce sujet, on voit d'abord que les effets locaux qui tiérivent de la constitution sont tous d'une seule espèce, c'est-è*dire que ee sont tous des ulcères, quelle que soit la surface sur laqudle ils se manifestent, que ce soit la gorge ou la peau* Or, il n'en est point ainsi dans l'application locale du pus de la gonorrbée et du chanrare; les effets produits par oette application vartent suirant la -nature des surfMeè» Si le pus qui a pénétré dans la constitution agissait en vertu des mêmes i^dncipes spécifiques que celui qui est appliqué à la surf)ice du corps, il produfntt des gonorrhées lorsqu'il attaquerait des conduits muqueux, tt des ulcèt'es ou dès chancres quand il exercerait son action sur d'autres Surfaces : mais on n'a jamais démontré qu'il eût existé une gonorrhée ayant son point de départ dans la constitution, bien qu'on l'ait soupçonné. En effet, on a considéré comme provenant d'une infection constitutionnelle quelques gonorrhées , dont Torigine n'était pas bien daira et qui n'avaient pas cédé facilement aux moyens ordinaires de traitement. Lorsque la syphilis constitutioAnrile affecte la bouche ou le nez, on la eonsfdère toujours comme produisant un véritable chancre. Cependant , même dans ces cas, les ulcères syphilitiques diffèrent beaucoup des diancres dans leur mode d'apparition. Le véritable chancre, ainsi que Je Tai dit, produit une inflammation considérable, qui amène rapidement la suppuration et qui souvent s'accompagne d'une vive douleur; les effets locaux qui émanent d'une infection constitutionnelle sont lents dans leurs progrès, s'accompagnent de peu d'inflammation et ne sont quo careoMBt ou jamais douloureux, si ce n'est dans certaines parties» Tou* tefiois , cette lenteur dans l'évolution des effets du poisofi est plus ou moins t>rottoncée suivant la nature des parties qui deviennent malades ; ear lorsque ce sont les amygdales, la luette, ou le nez, qui sont affectés, les progrès de la maladie sont rapides, et l'aspect extérieur des ulcères Èe rapproche plus de celui du chancre que lorsque l'action morbide a la peau pour siège; cependant je ne crois point que l'inflammation soit aussi intense dans ces ulcères que dans les chancres qui s'ulcèrent avec une vitesse égale.
L*ttocîdeBt priniitlf , tttte fek guéri, iM pe«l pM m reproduire à nob» d*aAe boq* ^raUe ceatagioB. liée attMents Mioondtires et tertitirei peureat «e montrer à pla« rfttart reprîtes et k det temps dUMrents, pendent des périodes qa'oa ne seoreit limiter.
Ce a*est qne dans let cas oà il y e en des traitements faits on des répétitions, qo\>n a pn observer «ne interversion apparente dans Tordre de succession des accidents secondaires et tertiaires.
Après la production des accidents eonstitntionnels , les conditions diathésiques penrent avoir cessé, soit spontanément et par le vis natunt^ soit par le fait d*an traitement approprié, et les accidents persister encore sons l*inflnence de drconstaaees punaent lneales« comme Je Tai dit en parlant des végétations, et comme on Tobserve dans beaneoup dt cas de malèdiM éis Os en ptriituUfr. P. RtoMtD.
STPBDUS QOnSTITirnOOKffELLE. Ht
Oà a SQi^oié quêtons ks liquides qui Bout êierMê àkuvi^ fafcctb peuvent être altérés au point d'être virulents, et que les parties de HIr génération, qui sont naturdlement exposées à suMr rinfliHsnoe du vinié vénérien , dans son application primitive, sont sufettes de tn€me à sobf* firir ses ravages dans son retour sur ises parties après avoir paroodrd l'ensemble de réoonomie. Ainsi, en a supposé que les fèstfenleè et leé vésicule» séminales peuvent être affectés par la maladie; que le spenâë peut devenir vénérien, communiquer la maladie à d-autres pefsonties, et même, dans l'acte de la iiéoondation , produire un totvas vérole. Maf^ tontes «s hypothèses sont sans fondement; autrement, chee un sujet atteint de syphilis constitutionnelle, bueune surface de séctétioA né serait exempte de gonorrhéoi toute plaie aérait un ulcèfe ténérièm Contrairement à toutes ces idées, les séi^tions sont les mêmes qu'au** paravant; et si une plaie est produite dans une partie Saine par toute autre cause que Taffection syphilitique , cette plaie n'e^t point vénérienne, et le pus n*est point virulent, bien qu'il soit sécrété dd méfùé sang tju^ \t pos des ulcères vénériens.
On peut objecter contre ma doctrine , la salive des chients enragés , qui est une sécrétion naturële remkie virulente. C'est un l^hénomène dont il est facile de se rendre compte, et l'on pourrait, à plus juste tïttt s'en servir pour étayer Toplnion que je défend?. ChfK le chfen enragé» les glandes salivaires sont le siège d'une irritation qui est parttcnlière à l'hydrophobie; mais les autres sécrétions naturelles du même animal ne peuvent pas communiquer Finfeetion , parée que les organes qui ki prodnisent ne sont pas susceptibles de la même irritation spécifique.
On suppose que l'haleine et la sueur portent avec elles là contagion syphilitique; on croit que ï^ lait des mame!le!s peut contenir lé poison vénérien, et affecter Tenf^nt qui le suce. Mais plusieurs raisons renver* sent ces hypothèses. D'abord , l'observation apprend qu'aucune sécrétion n'est afïbctée par ce poison^ h moins que l'organe sécrétant n^it été préalablement affecté par llnflammation ou irritation véhérienne, ôû n'ait contracté son nûxfe spécifique d'action. En outre, si l'organe sécrétant était infecté de manière à produire un pus semblable à celui qui est fourni par un ulcère de la gorge, ce pus ne serait point virulent, et ne posséderait point la faculté de communiquer la maladie , ainsi que Je le démontrerai plus amplement ci-après. Enfin, le véritable pus véné* rien, lors même qu'il est ingéré dans l'estomac, n'affecte ni ce viscère, ni la eonstitution, mais est digéré, ainsi qu'on le voit évidemment dans les deux observations suivantes :
Un homme atteint de chancres qui suppuraient abondamment, avait rhabitude de se laver les parties malades dans une tasse à thé, avec du lait dont il imbibait un peu de charpie, et il laissait ordinairement la charpie avec le lait dans la tasse* Un petit garçon de la nraison déroba le lait, €ft le but; mais on ne put savohr si la charpie avait été avalée ou non. Le malade ne lit connaître ce qu'il en était ni à l'enfant ni à sa ' famille; mais à Pinsu de ceUe-d , il surveilla très-attentivement ta santé
«M STraïUS GONSTirunONRELLE.
de cet enfaQt peadant plusieyrs années. Il m snrrint ma qui pût doRiier le moiiKire soupçon qu^il eût été affecté de la sjphilis, so^ localement, dans Testomac, soit constitutionnellement.
Un autre malade était atteint d^une riolente gonorrbée, remarquabla par Tintensité de rinflainroatioii et Tabondanoe de Teoouleoient. 11 afait aussi une cordée, qui était très-pôiible pendant la nuit. Afin de rafraîchir les parties et de les tenir propres, il aratt auprès de son lit un petit bassin rempli de lait, dans lequel , quand la cordée était trop douloureuse, il plongeait sa verge ou la lavait. 11 répétait fréquemment cette opération pendant la nuit. Pendant qu'il était atteint de cette maladie, il laissa coucher avec lui une jeune femme qui était accoutumée à avoir auprès de son lit un bol de thé, qu'elle buvait le matin avant de 9e lever. Malheureusement, elle se trompa un matin, et avala le lait au lieu du thé. Cet événement ne fut connu que lorsqu'elle se leva, c'est* à-dire, au bout de cinq ou six heures. On m'envoya chercher immédiatement, et en même temps elle s'efforça de vomir, mais sans pouvoir le faire. Je prescrivis de i'ipécacuana qui opéra lentement. Elle vomit, mais ce ne fut que plus de huit heures après avoir bu le lait, et elle ne rendit rien autre clu)6e que de l'écume, des mucosités ou de l'eau; le lait avait été digéré. Je surveillai attentivement les suites de cette méprise, mais il ne survint rien d'extraordinaire, au moins pendant plusieurs mois {*).
On suppose aussi que le fœtus renfermé dans la matrice d'une mère vérolée peut recevoir d'elle l'infection. Je suis très-porté è en douter, tant à cause de ce que l'observation nous a appris sur les sécrétions , que parce que le pus qui est produit par l'inflammation syphilitique constitutionnelle n'est point capable de communiquer la maladie. Toutefois, on conçoit que l'enfant, dans le sein de sa mère atteinte de la syphilis, puisse être affecté, non, il est vrai, par suite de la maladie de sa mère, mais par une partie du même pus qui a infecté la mère et qui a été absorbé par elle; ce pus, en effet, soit après avoir fait naître l'action syphilitique dans les tissus de la mère, soit sans avoir produit cette action, peut être porté à l'enfant tel qu'il a été absorbé, et développer chez lui la même action morbide qu'il a développée ou qu'il eût développée diez la mère.
On a été plus loin encore. On a supposé qu'un enfant infecté de cette manière peut communiquer l'infection aux mamelles d'une femme saine en la tétant; voyons si cette transmission est possible. 11 est à remarquer que le sang même d'un sujet syphilitique n'a aucune qualité contagieuse,
(*) Ces denx observations, conformes à tont ce qu*oa sait de positif snr le mode de trtotmissioo de U sfpbilis et à ce qui prouvé TexperimeDtatioD , ^ont bonnes à rappeler, à une époqoe où on a accueilli, sans commentaire, TobserTation d*iui bommeqni, pour se venger de sa femme infidèle et punir son anuint, imagina do lui communiquer une bleunorrbagie en lui faisant prendre du laitauqad, tous les matins, il ajoutait du muco-pu.s blconurrbagique > provenait d'un écoulemeat qu-'il avait contracté à cette sçulc fiu ! P. Bjcoid.
SYPHILIS COIfSTlTUTIONNELLE. 531
et ne peut par Tinoculation donner la maladie à un sujet sain. Si ce sang pouvait faire naître dans une plaie saine l'inflammaticn syphilitique , aucun sujet ayant la matière vénérienne en circulation, c*est-à-dire, a'yant la syphilis constitutionnelle , ne pourrait éviter un ulcère vénérien toutes les fois qu'il serait saigné ou qu'il se ferait une égratignure avec une épingle; les petites plaies ainsi produites se transformeraient en autant de chancres. En effet, que le pus vénérien soit placé à la pointe d'une lancette ou d'une épingle , les piqûres faites avec ces instruments devien* neot des chancres (*).
(^ Hooter a parfaitement raisQo, lor«quUl affirme que les accidents secondaires de la syphilis sont diffcreots des accidents primitifs; mais cette difference est moins dans la forme matérielle que dans la qualité des sécrétions morbides. En effet, Tas* pect d*un ulcère, son siège, l'époque de son apparition , le plus ou moins d'inflammation qui raccompagne, et l'apprécia tion du mode d'action de la cause presumable qui le produit peuvent souvent tromper; mais les qualités du pus inoculable, dans le seul cas d'accidents primitifîs, ne tromperont jamais pour établir la différence. Qui oserait, Mijourd'hui, dire que les effets locaux de la syphilis constitutionnelle sont d'une seule espèce , et toujours des ulcères lents dans leur marche et indoleuts , tandis que les accidents primitifs qui, selon le siège, se montrent ou sons la forme de la blcDuorrhagie, on sous celle du chaucre, s'accompagnent constamment dans leur marche plus rapide, d'iuflammatiun et de douleur ? En effet, quaud ou réfléchit bien à ce que j'ai déjà eu occasion de dire relativement aux accidents primitifs, à la diversité des tissus que peut affecter la vérole coDstitutJonnelle , et aux formes secon- . da ires ou tertiaires qui peuvent résulter du siège, des fonctions physiologiques des organes devenos malades, i)e la période à bqnelle on observe l'accident , des complications possibles et des influences imprimées par une foule de modifications souvent appréciables, mais quelquefois inconnoes, on reste convaincu que la règle générale posée par Hunter est susceptible de trop d'exceptions pour n'être pas mise en doute bien souvent.
Ce qui est vrai, c'est que les humeurs, dans la vérole coustitutionnelle, ne jouissent pas des mêmes propriétés que le pus de l'ulcère primitif, qui seul peut s'inoculer. Ainsi, comme l'a très-bien démontré Hunter, ni le sang, ni la salive, ni le lait, ni les sueurs, ni le sperme d'une personne infectée ne peuvent contaminer les tissus snr lesquels on les dépose; et comme complément des excellentes raisons et des bonnes observations de Hnnter, j'ajonterai les résultats encore plus positifs de l'expérimen- tation : l'inoculation , dans ces cas, a toujours été négative. Si on a pu croire à l'exis* teuce de faits opposés à cette doctrine , c'est que ces faits avaient été mai appréciés , quelle que soit l'autorité du nom qui les appuie, pas même celle de Dell. Sans doute que de la salive ou du sperme qui, eu passant sur un ulcère primitif, s'imprègne de pus inoculable, pourra donner lieu aux résultats de l'inoculation; mais, sans ce mélange direct indispensable , il resterait sans effets.
Cependant le sang qui fournit les mêmes résultats est le véhicule du virus que produit l'accident primitif. Mais comme nous l'avons vu ailleurs, dès que le virus est eutraîné par la circulation sanguine , il subit une modification en vertu de laquelle il ne peut plus s'inoculer, et s'il agit alors sur l'individu lui-même, ce n'est eu quelque sorte qu'en passant par le crible des organes, qui ne s'affecteat, dans cette nutrition vicieuse, qu'en raison de certaines susceptibilités inhérentes, soit a leur structure, soit à leur siège, à leur fonction, on soit encore, et le plus ordinairement, en vertu des causes adjuTautes nécessaires sans lesquelles aucun accident n'a lieu; causes qui
êÊÈ SYPHILIS GOnriTnnKMUlILLK.
I n. Comparaison du pus qui est fourni par tes ulcères de la syphiUs eonstUutionnelle avec celui gui provient des chancres et des bubons.
Quand le pus a affecté la conttitutloo, il produit conaéeutiTeiDei^ âao$ diverses parties du corps « plusiears effets locaux qui consistent eo uae espèce dlnflammatioiiv ou au moios dans un accroîsseaieot d'action qui donne lieu à une suppuration sHi generis. On snppose que le pus qui est produit par ces inflammations, semblable à celui qui provient de la gonorrhée ou du cbancre , est également virulent et syphilitique» Jeerois que cette opinion n*a jamais été repoussée : et au premier abord « on pourrait être porté à admettre que le pus en question est réellement syphilitique, car, d*un c^té, le pus vénérien en est la cause productrice, et d*un autre, c'est le même agent thérapeutique qui guérit les deux maladies; ainsi, le mercure guérit le cbancre et la syphilis constitutionnelle; cependant, cette circonstance n'est point une preuve décisive, car le mercure guérit plusieurs autres maladies que la syphilis. Mais d'un autre côté, il existe plusieurs raisons puissantes pour croire que ce pu n'est point vénérien. Il y a un fieiit curieux qui démontre que ce pus n'est point vénérien, ou que s'il l'est, H n'a pas la faculté d'agir, à certains égards, sur le même individu ou dans les mêmes conditions de la constitution , de la même manière que le pus qui est produit par un chancre ou par une gonorrhée : lorsque le pus produit par ces dernières affections est absorbé , il détermine généralement la formation d'un bubon , ainsi qu'on l'a vu plus haut; mais jamais on n'observe qu'il naisse un bubon de l'absorption du pus provenant d'un ulcère qui dépend d'une syphilis constitutionnelle. Par exemple, lorsqu'il y a un ulcère vi§nénen dans la gorge, il ne se forme aucun bubon dans les glandes du cou ; lorsquH y a des ulcères vénériens sur les bras , ou même des nodus en suppuration ftur le cubitus , on ne voit survenir aucun gonflement des glandes de l'aisselle; au contraire, ces gonflements glandulaires ont lieu si l'on applique du pus vénérien récent sur un ulcère commun du bras, de la main ou des doigts. Aucune tuméfaction ne se manifeste dans lesgkindes de raine consécutivement aux nodus ou aux taches syphilitiques des jambes et des cuisses. On peut supposer que ces ulcères ne donnent lieu à aucune absorption; mais une telle supposition ne me parait nullement fondée^
expliqtieiit l'époque du dévetojtpeinent, te siège relatif, la forme, etc., des vfxù^ tûmes secondaires cbex les différents iudÎTidns.
Par le fait encore de rempoisonnement du sang, et sous rinfluence d*une autritiou Ticiée, on explique, comme le présentait bien Bnntcr, malgré ses doutes, la transmission de la syphilis constitutionnelle de la mère à Tcnfaut; transmission au- JonrdMiai prouvée et incontestable, car elle est démontrée par fobserration simple et directe des faits, et n*a pas besoin , eomme dans le cas d'hérédité directe du père à Tenfant, sans que la mère ait été ostensiblement malade, de garanties uniquement aïonilet fboniies par celled et qu'on peut très-eoatcnt contester.
P. KitOED. .
StfHlLK COWStrrCTIONNELLE. 528
banft les cas dlnfection générale, le mode d^irritation ou Inaction des (parties affectées dfffère beaucoup du mode d^irritatioti ou de Faction morbide qui est propre au chancre, à la gonorrhée, ou au bubon, car les symptômes constitutionnels s*accompagnent à peine d'inflammation , tandis que fes symptômes primitif^ en présentent généralement une Intense.
On pourrait croire qu*un sujet dont la constitution est réellement et universellement affectée par la syphilis ne peut être affecté localement par du pus de même nature. Mais il paraît résulter des expériences suivantes , que le pus d*une gonorrhée on d*un chancre peut affecter localenvent un homme qui est déjà atteint de syphilis constitutionnelle; et que le pus fourni per des ulcères vénériens qui ont leur origine dans la cons* titutîon ne jouit point de la même puissance.
Un homme avait été affeicté longtemps de la maladie vénérienne et avait salivé plusieurs fois; cependant la maladie éclata de nouveau. It entra à Thôpital Saint-George, présentant un grand nombre d'ulcères syphilitiques constitutionnels. Avant de le soumettre à un traitement mercurid , Je fis Texpérience suivante : je recueillis un peu de pus de Tun des ulcères sur la pointe d*une lancette, et je fis sur la région dorsale, dans un endroit où la peau était lisse et saine , trois petites plaies assez profondes pour qu'il sortît un peu de sang. Ensuite, avec une lancette propre je fis une quatrième plaie semblable aux trois premières. Ces quatre plaies occupaient les quatre angles d'une surface carrée. Elles guérirent toutes également, et il ne resta de traces d'aucune d'elles.
Cette expérience, que j'ai répétée plus d'une fois , et toujours avec le même résultat, démontre qu'un sujet atteint de syphilis constitutionnelle ne peut être affecté localement par le pus qui provient des ulcères produits par cette maladie. Mais voulant savoir si le pus vénérien primitif peut produire des chancres sur un sujet syphilitique, je fis l'expérience suivante :
Un homme qui avait des taches vénériennes ulcérées sur plusieurs parties du corps, fut inoculé sur les parties saines de la peau avec du pus d'un chancre et avec du pus provenant de ses propres ulcères. Les -plaies où Ton avait introduit du pus fourni par un chancre devinrent des chancres; mais les autres se guérirent. Voilà donc une constitution syphilitique qut a pu être affectée localement par du pus syphilitique récent. J'ai répété également cette expérience plusieurs fois, et toujours avec le même résultat.
Je fis Inoculer un malade, à l'hôpital Saint-George, avec du pus recueilli sur un ulcère vénérien de la gorge bien caractérisé et avec du pus provenant d'une gonorrhée. Les effets furent semblables à ceux de Texpérience précédente, c'est-à-dire , que le pus provenant d'une gonorrhée produisit un chancre, mais que celui qui avait été pris sur l'ulcère de l'amygdale ne produisit rien.
Une femme, âgée de 26 ans, entra à l'hôpital Saint-George, le 21 BfOùî 17$), pmant des utcères sur les jambes et des taches sut le
W4 SYPfflLIS CPNST1TIIT1019NELLE.
corps. Son mari lui avait communiqué la maladie vénérienne en décembre 1781. Elle avait présenté alors pour symptômes, un écoulement vaginal et un léger gonflement des glandes de Taine, accompagnés de douleur. Elle avait pris quelques pilules qu*on supposa être des pilules mercurielies. En février 1782, environ trois mois après riufectioo, récoulement s'arrêta; mais la tumeur glandulaire, qui n'avait cessé de s'accroître graduellement depuis sa première apparition , était alors en pleine suppuration. La malade employa localement un onguent qui lui fut donné par son mari, et au bout de deux mois, en avril 1782, Tafifection locale se guérit. Après la guérison du bubon, l'écoulement vaginal se reproduisit, et elle Gt usage des pilules qu'elle avait prises précédemment, mais en plus grande quantité. Après cette époque, il lui survint des taches sur tout le corps; quelques-unes qui étaient situées sur les jambes , sur les bras et sur les mamelons , s'ulcérèrent. Deux jumeaux qu'elle eut à huit mois, en mars 1782, lorsque le bubon était en voie de cicatrisation, portaient des taches sur le corps au moment de leur naissance , et moururent bientôt après. Une petite ûlle d'environ deux ans, qu'elle allaitait, était aussi couverte de taches quand elle entra à rhôpital.
Pour constater si les ulcères secondaires de cette femme étaient contagieux, c'est-à-dire, si le pus provenant de ces ulcères pouvait produire les effets spécifiques du pus vénérien, je lui inoculai du pus recueilli sur un de ses propres ulcères et du pus provenant d'un bubon développé chez un autre malade qui n'avait point encore fait usage de mercure. Cette expérience fut faite le 18 septembre 1782. Le 19, la piqûre dans laquelle on avait inoculé du pus provenant de la malade elle-même , était devenue douloureuse trois heures après l'inoculation, et elle s'enflamma un peu le jour suivant. L'autre ne s'était pas enflammée du tout.
Le 20 septembre , les deux piqûres avaient suppuré , et offraient l'aspect extérieur d'une pustule variolique; elles s'étendirent considérablement, et s'accompagnèrent d'une vive inflammation. Celle qui avait reçu le pus appartenant à la malade se guérit sous l'influence des cataplasmes ordinaires et des onguents sans mercure; mais l'autre, bien que traitée de la même manière , resta dans le même état , s'accompagnant de beaucoup de douleur et d'inflammation.
Le 22 septembre, l'enfant fut inoculé avec du pus provenant de ses propres ulcères et avec du pus ordinaire. Les deux piqûres s'enflammèrent légèrement , mais ni l'une ni l'autre ne suppura.
La mère et l'enfant furent placés, le 21 octobre 1782, dans la salie destinée aux traitements mercuriels. L'enfant ne prit point de mercure. On crut remarquer que ses gencives devinrent un peu malades , et ses taches se guérirent. Pendant que la mère faisait usage du mercure, l'ulcère produit par l'inoculation prit une marche favorable et tous les symptômes vénériens disparurent.
Que conclure de ce fait.^ Les taches étaient-elles vénériennes? Toutes les circonstances connues de l'histoire de cette maladie nous portèrent
SYPHILIS CONStiTtmONNELLÉ. 525
à le penser, et cette opinion fut corroborée par Tinfluence du traitement. Si elles étaient réellement vénériennes , on trouve dans cette observation une preuve a Tappui de ma doctrine , qui admet que les symptômes constitutionnels de la syphilis ne produisent point un pus semblable à celui d'où ils tirent leur origine. Si elles n'étaient pas vénériennes , alors nous n'avons aucune règle absolue pour diriger notre jugement dans les cas de cette espèce.
On a pensé et affirmé d'a[n*ès l'observation, que des ulcères formés dans la bouche d'un enfant par suite d'une syphilis constitutionnelle que Ton a supposé provenir de ses parents , peuvent faire naître la même maladie sur les mamelons de la femme qui lui donne à teter; c'est-à-dire, que les enfants seraient infectés par leur mère ou par leur père ayant la maladie sous forme de syphilis constitutionnelle , ce dont je me suis efforcé dé démontrer l'impossibilité. Si l'infection était possible une seule fois de cette manière, elle serait possible un nombre de fois indéfini (*).
Je ne sais jusqu'à quel point les observations qui servent de base à l'opinion ci-dessus mentionnée ont été faites avec assez d'exactitude pour détruire celles que j'ai faites moi-même dans la vue de découvrir la vérité. Mais ayant soumis à une investigation plus attentive quelques-uns de ces cas ^ui étaient considérés comme vénériens par la plupart des hommes de l'art , il m'a paru évident qu'ils ne Tétaient point. Expliquer ce qu'ils étaient, ce serait entrer dans l'étude de maladies étrangères à notre sujet. L'observation suivante contribuera à diminuer notre confiance dans les récits de ces cas prétendus vénériens.
Avant de rapporter cette observation , je vais* d'abord donner quel^ ques renseignements qui s'y rattachent directement.
Il s'agit d'un enfant que l'on supposait avoir communiqué la maladie vénérienne à sa nourrie^. Ses parents étaient mariés depuis douze ans quand 11 naquit. Son père était un mari très-tendre , et sa mère était une femme douce et très-affectueuse. Le père avait eu une gonorrhée vénérienne deux ans avant son mariage , c'est-à-dire , quatorze ans avant la naissance de Tènfant. Neuf mois environ après leur mariage, ils eurent un premier enfant, et plus tard un second, qui tous deux avaient une belle santé au moment de leur naissance et sont encore dans les mêmes conditions. La santé de la mère s'affaiblit, et à sa troisième grossesse, elle fît une fausse couche à la fîn du cinquième mois. Le quatrième enfant naquit à sept mois ; Il était petit, faible, et était à peine recouvert d'épiderme en venant au monde. Immédiatement après sa naissance, il fut atteint d'une violente dyssenterie qui le fit mourir en peu de jours, et son corps fut ouvert par moi. Toute la peau ne présentait presque qu'une surface excoriée; les intestins offraient de l'épaississement et des traces d'une forte inflammation. A force de soins , cette femme réussit à porter son cinquième enfant jusqu'au huitième mois, et l'on conçut l'espoir qu'elle pourrait
(•) Voyci les notes de la partie Vîî.
6M SYPBipS 001fST{T|l7HHniBaJ:.
aller jusqu^à terme , et que cet enfant «emit ipieux portant que le |irëoédent. Au moment de sa naissance Tenbot ét9it très-chétif , mais il ne présentait aucune maladie appréciable. Quelqu|)s jours après sa naissance, son corps se couvrit dans un grand nombre de points de Téstculei remplies d*une espèce de liquide, et qui en se rompant lai^ent écouler m pus clair. Les mêmes vésicules se formèrent dans Fintérieur de la bouche. On administra du quinquina à la nourrice. On fit avaler à J'enfant da quinquina dans du lait, et Ton fit sur son corps def fomentations avec une décoction de quinquina. Mais trois semaines après sa naissaBee, Tenfant mourut.
Quelques semaines après la mort de cet en£ant, le mamelQD (*) de la nourrice et son aréole s'enflammèrent, et il s'y forma des ulcères à base circonscris. On traita ces ulcères par des cataplasmes, mais sans succès. La malade se plaignit aussi d'avoir mal à la gorge; mais la sensatioD morbide accusée paf elle avait son siège si bas dans le pharynx, que Ton ne put constater s'il existait une affection locale. Les glan^^'de Taisselle se tuméfièr^ent, mais elles np suppurèrent point. La malade ç*adressa à un médecin qui, d'après le récit qu'elle lui fit, affirma que sa maladie était vénérienne, et qu'elle avait donné à te^r à un enfant pourri. Il lui ordonna de faire des frictions sur les jambes et sur les cuisses avec dix pots d'onguent mercuriel, dont huit avaient été employés lorsque je la vis, et alors, sa bouclie était grièveuDont affectée.
Ces faits vinrent à la connaissance de la famille i qui prit l'alarme. Le mari alla de chirurgien en chirurgien et de médecin e^ médecin , demandant s'il était possible qu'il eût conservé en lui la maladie vénérienne pendant quatorze ans, sans en avoir jamais offert un seul symptôme pendant tout ce temps, et s'il était possible qu'il donnât le jour maintenant à des enfants atteints de la syphilis, quand ses deux premiers enfants étaient parfaitement sains. Jl voulait aussi savoir si sa femme pouvait avoir gagné la maladie de lui fïdin$ de telles conditions, et si elle pouvait mettre au monde dés enfapts atteints de cette maladie, bien qu'elle-roéme n'en eût jamais présenté un seul symptôme.
Si l*on considère toutes les circonstafices ci-dessus mentionnées comme des faits réels, on doit en conclure qu'il n'y avait rien de syphilitique dans le cas en question. Mais comme elles ne pouvaient être établies d'une manière absolue , il doit rester du doute dans l'esprit , et il y a encore quelque cliose à prouver.
Examinons maintenant le résultat de ce cas. Lorsque je vis to nour? rice pour la première fois , sa bouche était grièvement affectée par le niercure. Je désirai que Pott la vît avec moi , et nous fûmes d'avis tous 4eux que les ulcères situés sur le mamelon et h l'entour n'étaient point vénériens. Mais il fut allégué que comme elle avait pris du mercure, on devait attribuer à cette circonstance l'absence de tout caractère syplùlitique dans le$ ulpères. On i^dministra le quinquina et la salsepareille,
(*) Elle n*arait qu'an sein qui donnAt du lait.
STFISLUI OONSTITVnOimELLE. 527
mais hê tileèNt ne ebangèiient ni en bien ni en mal, et la bouche ne ft*anéHora point par la cessation de remploi du mercure. Je prescrivis la oiguë, mais ce médicament ne parut avoir aucun effet. En même temps, une éruption se manifesta sur la peau; la peau des mains et des doigts se détacha, les ongles des doigts et des orteils se séparèrent, et il se forma à leur racine des ulcères qui furent considérés par plusieurs médecins comme syphilitiques. Mais je repoussai cette opinion en considérant que quelques-uns de ces ulcères apparaissaient dans le temps même où la constitution était saturée de mercure, tandis que d*autres disparaissaient sans que Ton continuât l'usage de ce médicament. Nous soupçonnâmes que le genre de vie de la malade contribuait beaucoup à la continuation de sa première maladie et était la cause productrice des nouveaux symptômes, car elle était pâle et abattue. On lui conseilla d'entrer à Thôpital, ce qu'elle fit. Dès qu'elle fut couchée dans un lit bien ebaud , qu'elle eut une alimentation bonne et saine, son état commença à s'améliorer, et au bout d'environ cinq ou six semaines elle était ISnsse et presque entièrement rétablie; seulement l'ulcère qui était situé vers la racine de Tongle du gros orteil n'était point cicatrisé; mais ce retard provenait évidemment de ce que la racine de cet ongle, qui était détachée, agissait comme un corps étranger. La malade quitta l'hôpital avant l'entière guérison de cet ulcère, et ayant repris sa vie misérable, elle eut une récidive de l'affection morbide de )a bouche; cependant, elle finit par se rétablir sans avoir recours de nouveau au mercure.
Je reviendrai sur cette observatioti quand je traiterai des maladies qui ressemblent à la syphilis.
Le cas suivant est une nouvelle preuve que l'on considère souvent cpmme vénériennes des maladies qui ne le sont point en réalité.
Un homme avait depuis quelque temps des tadies sur la peau ; le visage, les bras, les jambes et les cuisses en présentaient en plusieurs endroits; elles étaient à diverses périodes d'intensité. Dans cet état, il vint me consulter, et je dois avouer que ces taches avaient une apparence très - suspecte. Je lui demandai ce qu'il pensait de ces taches ; il me répondit qu'il les croyait vénériennes. Il n'avait point eu d'affection svphilitique priipitive depuis plus d'un an. Ses taches existaient depuis plus de six mois. Comme cet espace de ten^ps était sufGsant pour qu'on eut pu faire sur ces taches des remarquas plus propres à éclairer sur leur nature que leur simple aspect , je m'informai si parmi celles q^i «^étaient montrées les premières, il y en avait qui eussent disparu au momenjb où il me consultait, et il me répondit que cela était arrivé a plusieurs ; je lui demandai de me foire voir les endroits où ces dernières avaient été placées ^ et ces parties ne m'offrirent qu'un simple changement de coloration, semblable à celui qu'on observe communément après la cicatrisation de toqs les ulcères superficiels. Alors, je lui déclarai que ses taches n'étaient point vénériennes , car si elles Ve\^^' sent été, aucune n'aurait disparu. Il m'apprit alors qu'il avait fait usage
53a SYPHILIS GONSnrUTIOïlimLLE.
de mercure, et ce renseignement me força de pousser plus loin mes iovestigations. Je hii demandai donc si, tandis qu'il prenait du mercure, plusieurs des taches les premières formées s'étaient guéries : la répoose fut afGrmative; si la guérison de ces taches avait été attribuée au mercure : la réponse fut afGrmative également; si, tandis qu'il prenait du mercure qui avait paru en guérir quelques-unes, celles qui existent maintenant avaient pris naissance : cela était arrivé, en effet; combien de temps il avait fait usage du mercure : il en avait fait usage pendant six mois. Je déclarai de nouveau que ces taches n'étaient point vénériennes et qu'elles ne l'avaient jamais été. Je lui de.mandai enfin quelle était actuellement l'opinion de son chirurgien , et il me répondit qu'il con* sidérait cette affection comme vénérienne et qu'il se proposait de continuer remploi du mercure. Je lui conseillai de ne prendre aucune espèce de médicament, de vivre bien, en évitant tout excès, et de revenir me voir au bout de trois semaines. Il revint , en effet, a cette époque, et il était parfaitement bien ; seulement la peau présentait une l^ère altération de couleur dans les points qui avaient été occupés par les taches. Il me demanda alors ce qu'il lui restait à faire. Je l'engageai à aller prendre des bains de mer pendant un mois. U suivit mon conseil; à son retour il était sain et bien portant, et il est resté depuis dans les mêmes conditions de santé (*).
(*) iTdition de Home : «> Kien n^cat plus évident qae les inconveaients qii*il y a à donner do mercure, quand l'affection n*est pas vénérienne, pour céder aux désirs da malade; en effet, cest confirmer ses soupçons, nairc à sa constitation « et, quand le traitement échone, lui donner à penser que sa maladie est incurable, puisque les symptômes n'auraient pas cédé au seul médicament capable, dans sod opinion, de les dissiper. «i
Ainsi qu'on a pu le voir dans des notes précédentes, les nombreuses expériencet que j'ai faites confirment eelles de Hunter. Le pas fourni par les accidents secondaires ne s'inocule pas. J'ai bien souvent rencontré des individus ayant en même temps des ulcères de syphilis constitntionneUe , nue blennorrhagie sans chancre nrétral, et un cliancre d'une autre région à la période de progrès, et, tandis que les oloères aecoiidaires et la blennorrhagie donnaient des résultats négatifs, par l'inoculation, le pus du cliancre produisait la pustule caractéristique déjà si bien observée par H nu ter.
Les accidents secondaires sont rarement accompagnés d'engorgements glanda* laircs voisins; mais il y a des exceptions à cette règle, et souvent, pour certaines régions, l'engorgement des glandes précède; pour la peau du crAne, par exemple, Tengorgement des glandes cervicales.
Les accidents secondaires sont essentiellement vénériens ; le cbancre senl peut y donner lieu : seulement la cause subit ici one modification par laquelle, en perdant ses qualités inoculables, eUe acquiert la propriété de «e transmettre par voie d'iiérédité.
Quand on sait la facilité avec laquelle les accidents primitifs se propagent de proche en proche par l'écoulement du pus virulent, ou par transporta l'aide des ongles, en se grattant on autrement, on peut se rendre aisément compte d'un grand nombre de cas d^accidents réputés secondaires , et qui doivent de nécessité fooroir
S m. De VopinÂon qui considère comme critiqws les ^/ets locaux qui émanent de la constitution. — Fièvre symptomatique.
Il n'est point certaiir que les éruptions ou les e£fets locaux de la syphilis constitutionnelle soient le résultat d'un effort de la nature pour se délivrer de cette affection morbide. J'ai dit que la gonorrhée pourrait bien être produite en vertu d'une loi générale de l'économie , qui consisterait en ce que celle-ci s'efforcerait de se débarrasser de toute irritation au moyen d'un écoulement , et j'ai ajouté que, dans cette hypothèse, la perte de substance qui est causée par le chancre serait destinée à remplir la même intention , bien qu'en déGnitive le but ne soit atteint ni dans un cas, ni dans l'autre, parce que la nature n'a point de ressources préparées contre \% poison vénérien. Mais je ne sais si l'on peut admettre un pareil effort , dans la syphilis constitutionnelle. S'il en était ainsi , on pourrait attribuer l'impuissance de la constitution à se délivrer de cette maladie à la même cause que j'ai signalée quand j'ai traité des accidents vénériens primitifs, c'est-à-dire, qu'on pourrait supposer que le pus formé ici est vénérien , aussi bien que celui qui est produit par les accidents primitifs, de sorte que ce pus^ étant absorbé par la surface même qui l'a sécrété, comme cela a lieu dans le chancre, pourrait entretenir la maladie constitutionnelle. Si cette théorie était l'expression exacte de la vérité , la syphilis serait bien différente de plusieurs autres maladies spécifiques; en effet, si plusieurs maladies spécifiques se guérissent d'elles-mêmes, c'est que l'irritation qui leur est propre ne peut 'durer au delà d'un certain temps, et,^en outre, pour un certain nombre d'entre elles , que les malades ne sont pas susceptibles de les contracter une seconde fois , comme on le voit pour la petite vérole. Sans cette double circonstance, toute personne qui aurait contracté une fois la petite vérole en serait toujours affectée. En effet, d'après une première supposition , savoir, que la maladie serait entretenue par l'absorption de son propre pus , et d'après une seconde qui admettrait que l'irritation ne s'use point, le malade ne serait jamais délivré de la maladie, ou bien la maladie se renouvellerait d'une manière indéfinie, puisque le pus
du pas inocoUble. Cela surtout est plus commun ohei let enfants qu'on ne le pense ^ et exptique les obserradons dans lesqneUes ils ont trammis la syphilis à leur nonr» rice. Ajoutes k cela que ches les jeunes enfants, les accidents primitifs sont plus rapidement suivis des accidents secondaires, et qn'ib éprouvent très-vite la tmnsformalion m sita qui leur donne Taspect des tubercules muqnenx, aspect que 1« chancres du mamelon ne tardent pas non plus à prendre chez les nourrices. On a ainsi . Texplication rationnelle du plus grand nombre de ces problèmes, si souvent insolables quand on ne sait pas les analyser et qo*on se laisse tromper par des maladies étrangères à la vérole, pour les enfants, ou par des gerçures de» scias plus ou moiss irritées, clioz les nourrices, au point même de déterminer des engorgements des ganglions axillaires; sans compter encore les cas oik les deux individus (nourrice et nourrisson) spiit pré«^(ablement infectés et s'accusent réciproquement plus tard.
. ^ . P. RiCOAD.