‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 74 sur 88 · II · texte numérisé non relu

II

Les cas suivants, qui dérivent tons de la mime source, sont la tneO* leure preuve possible qu*il se forme chaque jour des jpoiMmi noaveaui, qui

Las personoes qui ont des rapports très-intimes arec an «nfiuit atteint de cette maladie, peuvent receroir de lui l'infection. Lorsqu'un tel enfant, ayant des ulcères dans l'intérieur de la bouche, suce le sein d'une femme saine, il arrÎTc le plus souvent que des ulcères se formeut sur le mamelon. Or, ces ulcères ne ressemblent poiut aux fissures qui sont si communes sur les mamelons des femmes qui donnent à teter, et qui ne déterminent ordinairemeot aucune perte de substance ; mais ce sont des ulcères ron> géants, qui, arant qu'on ait pn en obtenir la cicatrisation, détruisent la totalité on la plus grande partie du mamelon. Ils déterminent aussi, en général, dans l'aisseUe, os engorgement glandulaire, qui, toutefois, passe rarement à la suppuration. An bont de quelques semaines, il surrient des affections morbides de la gorge, des éraptieaft oa des nodns qni ne difilèrent en rien des formes ordinaires de la syphilis eonstitntiontielle.

Lorsqu'nne femme, après avoir été iafeotée de oette manière par nn nourrisson qm n'a sucé qu'un sein, donne à tcter à nn autre enfant bien portant, Tinfection n'est point communiquée à celui-ci, si elle a bien soin de ne lui donner que le sein opposé, et de ne jamais mettre dans sa bouche le mamelon qui a été sucé par l'enfant malade. Mais si cette précaution n'est pas prise, et que les deux seins soient présentés indistinctement aux deux enfants , l'enfant bien portant contracte , à la face interne des lèvres, des ulcères qui sont suivis d'une éruption sqnammeuse de la peau , exactement semblable à celle qu'on observe sur le corps d'un enfant qui a reçu l'infection de sa mère.

n serait facile d'appujer ces assertions sur des observations détaillées. Les résultats sont assez uniformes; au muins, les cas où l'on voit les phénomènes morbides dérier de leur marche habituelle ne sont pas plus nombreux que les cas insolites que présente la maladie Ténérienne communiquée par la voie ordinaik'e dans les relations iexuelles.

Il est difficile , en face de ces faits , de nier que de tels symptômes soient l'effet dn Tims vénérien. Il est vrai que les symptômes rénériens, chez les enfants, ne sont pas précisément les mêmes , soit dans leur marche , soit dans leur aspect , que les symptômes les plus ordinaires de la main die vénérienne chez les adultes. Il paraît que les all^ tions des os et du périoste , do même que les éruptions tuberculeuses , ne s'observent point à cet âge. Cependant, romme les symptômes» chez l'adulte d'où la maladie pro- TÎent, et chez l'adulte auquel l'enfant la communique, sont identiques â ceux de la syphilis commune, on doit en conclure que les différences qui viennent d'être indiquées doivent être attribuées à l'Age et aux conditions particulières où se trouve fenfant, et non à une différence de virus.

n est impossible d'admettre l'argument avancé par Hunter, saroir, que les cas qn? nous occupent ont dû être l'objet d'un diagnostic erroné, parce que les symptômes secondaires de la syphilis ne communiquent jamais l'infection. Les faits sont ai bien établis, qu'il est plus difficile de les nier que de révoquer en doute le principe.

Je partage ici complètement l'avis de M. Babington; seulement je pense que jusqu'à présent, ou n'a pas encore bien déterminé la nature absolue des accidents qui peuvent se transmettre des enfants aux nourrices; et que tel accident réputé secondaire transmissible pouvait bien avoir été d'abord primitif; comme aussi dans quelques cas, telle nourrice qui disait avoir été infectée par son nourrisson, pourait bien avoir contracté la syphilis autrement.

Qaoi qu'il en soit, dans l'état actael de la science, si rcspUcttioB laisse encore be«n-

A LA SYPHILIS CONSTTTUTIONNKLLE. 659

i^ssembrent beaueoup, sous plusieurs rapports, mais non sous tous, au poison vénérien, de sorte que ce n'est pas par les points de ressemblance, mais par ceux de dissemblance qu'il faut les juger.

Les parents de l'enfant qui est le sujet de l'observation suivante étalent et sont encore, selon toute apparence, des gens très-sains. L'enfant naquit faible; sa mère, n'ayant que peu ou point de lait, le confia, trois semaines après sa naissance, à une nourrice dont le lait datait de sept mois et qui allaitait son propre enfant. La nourrice donna le sein droit à son enfant, et le sein gauche à son nourrisson.

La nourrice remarqua que la peau de son nourrisson commençait à présenter des desquamations; mais il n'y avait nulle part d'excoriations, excepté autour de l'anus, où l'aspect de la peau était tel, qu'on eât dit qiie la partie avait été écféattdée, La même espèce de desquamation se manifesta sur les lèvres, mais il ne paraît point qu'il s'y soit formé des al* cérations, bien que les habitants du pays afBrmassent que c'étaient dés aphtbes. Là surfôce interne de la bouche et la langue paraissaient saines. Le nourrisson mourut au bout de quinze jours , et alors la nourrice allaita son propre enfant pendant trois semaines avec les deux seins indistinctement; au bout de ce temps, elle vint à la ville pour nourrir un autre enfant.

Elle donna à teter à ce second enfant; mais après un séjour de dix à onze jours à la ville, elle sentit que sa santé s'altérait. On pensa que sa nouvelle manière de vivre, le séjour de la ville, et probablement un meilleur régime, ne convenaient point à sa santé, et alors elle partit pour la campagne, et emmena son nourrisson avec elle. Trois ou quatre joui^ après son arrivée à la campagne, par conséquent une quinzaine de jours après avoir pris son nouveau nourrisson , et cinq semaines après la mort du premier, son mamelon gauche, qui avait toujours été sucé par le premier nourrisson , commença à s'ulcérer, de sorte qu'il lui fut impossible de donner a teter avec le sein de ce côté. Cet ulcère du mamelon devint extrêmement douloureux. Un ou deux jours après, il survint une éruptioti d'abord sur la figure, puis bientôt sur tout le corps, mais surtout sur les Jambes et sur les cuisses. Cette éruption continua à sortir pendant environ quinze jours; elle avait d^abord beaucoup de ressemblance avec Téruption de la variole, et le troisième jour de sa sortie elle s'accompagna de fièvre, de malaise général et d'une vive douleur.

On fit prendre, toutes les quatre heures, à la malade une mixture avec le sel d'absintiie, et tous les deux jours quelques laxatifs, tels que l'infusion de sétié, le tartre soluble, etc., mais sans aucun effet, car les symptômes empirèrent.

coup à désirer poor satufaire complètement toos les esprits, il existe nn grand nombre d'obserrations incontestables de syphilis transmise da nourrisson à la nourrice, st ^ice versa.

Quant aux accidents tertiaires, que M. Bâbington croit ne pas exister chez les enfants, subissant des modifications dépendantes des conditions particulières dans lesquelles ils se développent, ils revêtent si facilement la forme des scrofules, que leur eaabtt ipédal est oHtoe et leur orighie perdue. P. Axcofto. ^

660 MALADIES QUI RESSEMBLEE

Deux ou trois jours après l'apparition de Téruption cotanée, une des glandes de Taisselle se tuméfia , suppura , et fut ouverte au bout de quinze jours, puis elle se guérit presque tout de suite. Quelques-unes des pustules s*accrurent rapidement, devinrent de larges ulcères, ayant presque le diamètre d'une demi-couronne, surtout sur les jambes et sur les caisses, et se couvrirent d'une large croûte; plusieurs restèrent petites, et oe pa* rurent être que de simples papules. Quinze jours environ après le début de l'éruption, quelques-unes des pustules disparurent; et quatre semaines plus tard , un ulcère putride se forma sur l'amygdale gauche.

Le chirurgien de l'endroit voyant qu'il ne pouvait retirer aucun avantage du traitement indiqué ci-dessus, se décida à prescrire le sublimé corrosif à la dose d'un demi-grain en dissolution matin et soir. Au bout d'une semaine environ, on crut remarquer que le gonflement des ulcères restait stationnaire, que la suppuration était un peu moindre, et que l'ukère de la gorge avait une apparence plus favorable.

Ce fut à cette époque que je vis la malade pour la première fois; c'était à peu près six semaines après le début de l'éruption , et quinze jours après l'apparition de l'ulcère de l'amygdale. L'éruption était alors, à peu de chose près, dans les conditions qui ont été décrites ci-dessus, mais l'olcère de l'amygdale était net et en voie de cicatrisation. Les détails de ce fait me firent penser que la maladie n'était point vénérienne. En conséquence, je conseillai d'abandonner tous les remèdes, qui du reste ne pouvaient être en usage que depuis quinze jours au plus , car ce n'était que depuis la formation de l'ulcère sur l'amygdale que le mercure était administré, et cet ulcère n'existait que depuis quiuze jours quand je vis la malade. Peu de temps après, la malade se rétablit.

Après un certain temps pendant lequel elle s'était bien portée, elle s'adressa de nouveau au chirurgien du pays, pour un abcès qui s'était formé sur le sein dans le point où la maladie avait débuté, et avec lequel coïncidait une nouvelle éruption du visage.

L'abcès fut ouvert et se guérit en peu de jours; l'éruption disparut à la suite de l'emploi d'un laxatif. Depuis ce temps , cette femme s'est toujours bien portée, et il n'est résulté de sa maladie d'autre effet fâcheux que la perte totale de son mamelon.

Voilà un cas qui certainement a été considéré comme vénérien.

Cinq jours après le début de l'éruption chez la nourrice, lé nourrisson fut repris et confié à une femme saine , pleine de fraîcheur, âgée de villg^ quatre ans, et qui était accouchée de son premier enfant depuis onze mois. Au bout de quelques jours, elle remarqua sur la tête de l'enfant une éruption assez semblable à celle dont avait été atteinte la nourrice précédente. Bientôt sa bouche s'excoria, et il ne teta plus qu'avec difficulté. En peu de temps, l'éruption de la tête se dessécha et devint le siège d'une desquamation; puis il en parut une autre sur la face, sur les genoux et sur les pieds, mais celle-ci différa complètement de la précédente , car les pustules de la première avaient suppuré, tandis que dans celle-ci les plaques restèrent superficielles, donnèrent lieu à une desquamation, et laissèrent

A LA SYPHILIS CONSTmJTïONIŒLLE. 661

une tache^irconscrite d*uD brun clair, qui continua à s*acerottre pendant dnq semaines. Cette éruption dura près de trois mois, au bout desquels ]*enfant se trouva extrêmement amaigiri. Mais comme aucun traitement particulier n'était indiqué, aucun médicament ne fut prescrit; quelques semaines après, l*enfant fut transporté à Londres , où il se rétablit pariaitem^t.

La seconde nourrice, quelques jours après avoir donné à teter à Tenfant , vit se former sur son sein gauche des taches semblables à celles de la première nourrice, avec cette seule différence qu'elles étaient moins nom* breuse^, et qu'elles s'accompagnaient d'une inflammation phlegmoneuse plus intense. Elles continuèrent à faire des progrès et s^agrandirent pen* dant sept ou huit jours. Alors le mamelon du même sein s'ulcéra , et Fulcératton s'étendit assez pour en faire craindre la destruction complète. Bientôt les cuisses, puis les jambes, participèrent à la maladie.

Elle allaita cet enfant pendant environ trois mois. La maladie ne manifesta plus de tendance à faire des progrès, et dans l'espace de douze ou quatorze jburs elle disparut entièrement, sans que la malade eût pris d*autre médicament que quelques onces de décoction de quinquina. Le seul topique qui ait été appliqué sur le sein fut de l'onguent simple.

Cette femme, à cette époque, avait si peu de lait, qu'on fut obligé de se procurer une troisième nourrice pour l'enfant, et elle retourna à la campagne. Son propre enfant étant sevré, elle n*eut plus occasion de donner à teter, et bientôt tout son lait fut entièrement tari. Cependant, pour amuser son enfant quand il était de mauvaise humeur, elle lui mettait dans la bouche le mamelon du sein qui avait été malade. Il en résulta qu'en peu de jours cet enfant devint malade de la même manière que le nourrisson. Elle consulta alors un chirurgien distingué, qui, n'ayant point connaissance des circonstances antécédentes, supposa que cette affection était de nature vénérienne, et prescrivit une liqueur incolore, qui, selon toute apparence, était une solution de sublimé corrosif, daps la proportion de seize grains pour une chopine d'eau. La dose était d'une cuillerée à bouche. Elle prit ce médicament suivant les instructions qu'elle avait reçues, et en donna à son mari ainsi qu'à son enfant; pour ce dernier, la dose était seulement d'une cuillerée à café. Sous l'influence de cette liqueur, elle se rétablit.

La troisième nourrice, de même que la précédente, fut affectée en peu de temps, mais les taches se montrèrent encore moins nombreuses; on eût dit que la maladie perdait beaucoup de sa force, car chaque infection nouvelle offrait un caractère moins malin que les précédentes. La malade guérit sans prendre aucun médicament (*)•

(*) On lit de plus dans Tédition de Home : « Le cas suivant est nn exemple de riuflaence que l'état de Tespnt peut exercer sur le corps, et des effets fâcheux auxquels sont exposés les malades qui se lirrent sans firein à leurs idées sur les affections dont ils se croient atteints. Je le donne tel qu*il m*a été transmis par le malade Ini* même, dans le désir d'aroir mon aris : ^ « £a mû 1789, étant à Londres, j'ens le malheur d'avoir des relaticoi «rec mio

6tt MiXADIES QUI RBSSEMBLEHT

Des prétenduêê affectHans vénériennes communiquées par la troMM» plantation des dents.

Depuis que Topération de la transplantation des dents est pratiquée à Londres , il s*est présenté quelques cas dans lesquels on a supposé que rin-

« femme de la ville. Cinq jours après je me lirrai à un exercice extraordinaire, et taxoat «c il faisait très-chaud je transpirai très-abondamment. Cette transpiration eut lin i •c'Ia tète, et plus particulièrement au front. Dans cet état, je retournai à la campagae, <« et tandis que j*étais sur la route la sueur^ugmenta; quand elle cessa, elle me laissa « une chalenr brûlante an front, de sorte qu'il mVtait impossible de supporter idod « diapesB. Cette cfaalenr continna pendant tonte la nuit, s*accompagnant d'nne douai leur extérieare autoar du front. Le jour suivant elle augmenta, et le surieademaia «^1« parut perdre de son intensité; mais elle se fit sentir plus ou moins ptndaat « plusieurs semaines. A moo retour chez moi, j'eus dea rapports aexuels arec iM « femme. Dès lora la crainte agita tellement mon esprit que je ne pus trouTer d« « repos qu'en exposant ma situation à un chirurgien et à un apothicaire. Je craignais M que TafTection de ma tête ne dérivât d'une maladie vénérienne. Le chirurgien parut « ne craindre aucun danger. Je le sollicitai de me donner quelques purgatifs, espéraot « quHls dissiperaient riuflammution dont ma tête était le siège, et qu'ils me délirre- «r raient aussi du virus que je pouvais avoir contracté. Maigre l'emploi de ces médi« « caments, je continuai à éprouver quelquefois les mêmes sensations désagréables, ca 91 méaie temps qu'un malaise qni avait son siège dans la gorge et dans les dents.

« Jusque-là, il b*j avait rien eu d'anormal vers les ofganes génitaux, ù ce n'est « vne sensation de chaleur qui n'avait point été perçue ou remarquée «upararaot. U « me sembla alors que celte chaleur augmentait. Par une inspection oonstaole cl « atteptive, je trouvai que le volume de la verge diminuait par intervalles. Le glsod « prit une coloration jaunâtre pâle , et les glandes situées derrière le gland parureat « se couvrir de mucus. La chaleur de la tête diminua; la gorge et les dents (ntfsA m le siège d'un malaise plus grand.

« Dans la première quinzaine qui suivit mon retonr, je décidai moo apothicaire à «■ me donner de petites doses de calomel. Pendant les premiers jours, elles me par- «f gèrent très-violemment; en conséquence, on en diminua la quantité. Pendant toat • ce temps. Je n'éprouvai aucun écoulement; mais après avoir pria ce médicaneat « pendant quelques jours, je ressentis nn pen de chaleur et de douleur dans Taiae; « ma verge me parut chaude parfois, et j «prouvai quelques élancements douloureux « autour de la télé. Ce traitement fut terminé au bout d'une quinzaine de jours, et m alors je commençai l'usage des altérants. Pendant que je prenais ces agents théra- « peutiques, l'état de ma gorge parut empirer, surtout vers le soir.

«Six semaines après mes rapports sexuels, je fus jugé guéri, et j'abandonnai tont traite tement.

«Pen de temps après, le matin, avant d'uriner, j^aperçus, en écartant les lèrres « de l'orifice de l'urètre, une petite quantité d'un liquide blanchâtre, formant ose « goutte qui n'égala jamais le volume d'un pois et ne paraissait jamais que le matia. « Je voulus savoir quelle tache ce liquide formerait sur du linge propre; il y hisM « nue marque verdâtre. Je communiquai immédiatement ce fait au chirurgien, qui me « défendit de m'en occuper et m*assura que cela n'avait aucune importance. Moa « esprit était trop tourmenté pour que je pusse me contenter de ces assurances; « c'est pourquoi je consultai un médecin. Celui-ci me dit que si j'étais affecté, œ « devait être à nn très-faible degré, et qu'il n'était pas possible que j*ensse infecté « ma femme. Néanmoins, il jugea convenable de me prescrire quelques médica- ^ aeals , et me conseilla de suivre un traitement tonique après en aroir tôt w»$t

A LA S^YPHIUS CONSTITUTIONNELLE. Oit

fM^ion YéDérienDe avait été communiquée par cette voie, et qui cmt ^ traités en conséquence. Le mode de traitement adopté n'a amené aucun

« pendant qninze jours. Je commençai alors Tad ministration de ces médicaments; a je pris une grande cuillerée à café d*uu électuaire trois fois par jour ; ma gorge R commença bientdt à aller mieux ; au bout de quinze jours le traitement fortifiant « fut commencé. Lorsqae je cessai Temploi des médicaments ci-dessus indiqués , « ma gorge redevint le siège d*nne sensation pénible comme auparavant. Une « ou deux fois je remarquai à Porifico do Turétre «n liquide clair et plus gluti- « neuk que mon nrine. Je remarquai que cette circonstance avait toujours iieu après u les érections.

« Le traitement fortifian't fut continué pendant environ quinze jours. Ma gorge <t était très-douloureuse vers le soir, et offrait de la rougeur. Un bouton dor et rouge' « se forma sur le palais. Ces symptômes m'affectèrent vivement.

« Je commençai alors à prendre un électuaire semblable an premier, et je bus •t chaque jour une çbopine de décoction des bois. Je suivis ce traitement pendant « six semaines. Je fis usage des médicaments toniques pendant environ quinze jours, tr puis je les abandonnai. J'employai un grand nombre de remèdes pour ma boucbo «t et pour ma gorge; tantôt un électuaire, des gargarisincs avec du vin de Porto;' •i tantôt des gargarismes avec une décoction de roses, avec du miel, etc.

« Maintenant je me trouve plus mal que jamais; car bien que je naio jamais été « dans l'impossibilité de continuer mes affaires,j*éprouve quelques sensations désagréa- « blés de pins : ce sont des douleurs qui ont leur siège dans les tibias , et qui se font « sentir, comme des piqâres d* épingle, surtout après la marche ou la station debout, «t Elles ne sont pas violentes, mais elles sont pénibles. Mes jambes me paraissent quel- « quefois extraordinairement roides; je ressens de la cuisson dans le genou et dans le « creux du jarret, ainsi qu'une douleur dans les reins et quelquefois dans le bras. 11 n me semble que mes cors, qui sont souvent très-incommudes, le sont devenus davan* R tage, surtout quand le temps est humide.

u n y a environ trois mois , j'ai découvert à la face interne de la cuisse une tache , « de la largeur d'un srhelling, qui, ordinairement de la couleur de la peau, prend « quelquefois une couleur cuivrée ; cette coloration ne manque pas de se présenter m quand cette partie est échauffée. Phisiears taches de couleur moins foncée se sont « manifestées de l'antre côté. Il en existe plusieurs qui ne sout pas plus grandes qu'une « tête d'épingle, et qui s'élèvent au-dessus du niveau de la peau, dans diverses par- « ties du corps. Elles ne sont le siège d'aucune douleur. Cette semaine , quelques « taches trèt-larges se sont formées autour du cou , et le côté droit de celte région est m douloureux parfois. Depuis quelque temps mon nez et mon front sont devenus le « siège de sensations différentes de celles qui y étaient perçues habituellement Ty m ressens de la chaleur, de temps en temps un picotement et des élancements , et une « tension dont je ne puis bien rendre compte. La peau parait rouge autour du nez. « An moment oà je vous écris, j'y sens de la douleur et de la tension. Mes yeux me sem- « blent plus faibles qu'à Vordinaire , et quelquefois ils sont rouges. Ma bouche a été « affectée; la membrane est pile, et excoriée en quelques endroits. La salive est très- «( désagréable; l'haleine est fétide. Tontes les fois que j'ai des vents dans l'estomac, ma « gorge devient très-donlourense. Il est nécessaire que je vous dise que je suis d'un a tempérament scorbutique , et que cette disposition a toujours donné lieu à des bou- « tons qui se développent entre mes deux épaules ou le long de mes bras, et quelqpe- « fois, mais en petit nombre, sur ma figure.

« Lorsque je retournai chez moi en mai , je trouvai ma femme pAle et faible. Je « pensai ^e c'était l'effet de la grossesse. H parait, d'après ce qui est arrivé depuis,

664 MALADIES QUI RESSEMBLEFT

résultat qui fût propre à détruire cette opinion; cependant, lorsque ron

pèse toutes les circonstances qui se rattachent à ces fiâits, soit sous le point

« qn*elle était «lors enceinte de six semaines environ. Je priai le chirurgien de me* dire « 8*il pensait qne je nusse altérer sa santé; et que» s'il en était ainsi, je me jetterais à « ses pieds et lui dirais ce qni s*était (lassé. Je fis la même demande au docteur. Tous m deux m*aflfirmèrent qu'il n*y avait aucun danger. Vers U fin de juin elle parut avoir « une fièvre lente. L'apothicaire U vit. £llc cuit très-faible ; mais elle-se rétablit gra* « duellement. Dans le mois de juillet , elle eut une frayeur terrible, à la suite de la- « quelle son état redevint très-misérable ; elle était faible , et se plaignait d'un écoam lement extraordinaire par le vagin. Après beaucoup d'efforts, j'obtins d'eUe qn elle « contenUt à consulter le docteur pour cet éeoulement. Je sollicitais cette con&ultatioB

• d'autant plus vivement que le docteur connaissait toutes les circonstances relatives à m ma santé. Je craignais beaucoup que les souffrances de ma femme ne fussent TelTet m d*une maladie qu'elle aurait reçne de moi. Je parlai de ^l'écoulement au docteur, le «^priant de donner toute son attention aux symptômes éprouvés par la malade «et m le pressant de prescrire tous les moyens propres à la guérir. Il luidonua ses soins, m et m'assura qu'il n'y avait pas la plus légère apparence -que les symptômes qu'Ole « présentait provinssent d'une telle cause. Ces symptômes étaient l'effet delà faiblesie m et de la gesUtion. Elle n'accusa jamais aucune douleur dans les parties géniulea, nî « ancnne dialeur en urinant. A cette époque, elle fut tourmentée par une douleur qui m arait son siège dans les deots, dans les gencives, etc., et qui était presque sans ré- « mission. Le docteur prescrivit quelques remèdes cordiaux et fortifiants , qu'elle prit « pendant quelque temps. Elle alla mieux, mais elle éprouva presque continueUement m des douleurs de dents. L'écoulement du vagin diminua graduellement. Elle arait

• toujours eu de la tendance à lu constipation , mais cette disposition augmenta p«im dant sa grossesse. Le docteur m'expliqua cette circonstance par son tempérament, « par la grossesse, etc., et m'affirma que tout était parfaitement naturel, et qu'il ny « avait pas la plus légère apparence d'un symptôme qui p&t provenir d'une affection sy- « philitique. Un mois on davantage avant son accouchement, ses douleurs des dents, « des oreilles et de la tète semblèrent s*accroitre; il se manifesta de la rougeur au-des- « sus de ses sourcils , et cette région était le siège d'une douleur très-vive, etc. A cette m époque, j^aperçus sur son visage quelques petites taches jaunâtres, une sur le front, « deux ou trois moins larges auprès des oreilles, etc., et quelques-unes sur les bras.

« Enfin elle est accouchée d'un bel enfant très-bien portant. Ses dents restèrent don- « loureuses; la joue droite l'était tellement, qu'elle ne pouvait supporter le moindre « attouchement. Son sein gauche devint alors douloureux, et cela, d'autant plus que « le lait s'y accumulait davantage. Elle avait toujours accusé une douleur dans ce sein m depuis son premier enfant , et quelquefois elle s'imaginait y sentir une tumeur dure. m Ses deux mamelons devinrent très-donloureux , et s'entourèrent de petites nlcïéra- « tions ; mais le gauche était beaucoup plus malade que le droit. Il lui était extrème- « ment pénible de donner ii teter; il fallait de temps en temps qu'une personne la m tetât. Les mamelons se sont guéris graduellement , et maintenant elle me dit qu'ils « sont bien. A une époque rapprochée de son accouchement , il s'est manifesté une « rougeur entre les deux seins ; mais cette rougeur s'est dissipée. On voit actuellement «t un peu de rougeur de chaque côté de son nez, auprès des yeux; et quelquefois le « sommet et les côtés des nnriues paraissent rouges. Elle dit qu elle n'y éprouve aucune « douleur. Ses douleurs sont maintenant dans la gencive gauche, et s'étendent dans la « joue. Son urine est souvent très-épaisse , et présente un sédiment très-prononcé, « peu de temps après avoir été rendue.

« L'enfant ne présente aacoae trace de maladie , mais il nasille comme jamais je n'ai

A LA SYPmUS CONSnTUnONIIELLE. 605

de Tue de la manière dont la Boaladie a été contractée, soit sous celui du traitement quand la maladie a été traitée comme vénérienne, on voit qu'ils présentent tous quelque chose qui n'est pas exactement semblable aux phénomènes ordinaires de la maladie vénérienne communiquée par la voie habituelle; cette remarque acquiert une nouvelle force quand on fait at* tention que quelques-uns de ces cas n'oqt point été traités comme vénériens, et que cependant ils ont été guéris, d*où il résulte que la guérison des autres, qui a semblé être due au mercure, ne prouve point péremptoirement qu'ils aient été vénériens (*). Je crois avoir vu, sinon la totalité, au moins le plus grand nombre des

« TU nasiller aamn autre enfant Je suit toujours prêt à voir les choses an pis, et je « suis très-affligé de la crainte que cette circonstance n'ait une origine syphilitique. m L*enfant est gai, profite et dort bien. Mes deux antres enfants ont été misérables de « temps en temps : pendant des semaines, ils ont présenté dans les commissures des « lèrres one excoriation éridente, qui arait une coloration blanehAtre. Je crois que • ces excoriatioss n'exiatent plus. On leur voit auteur du cou quelques boutons trèa- « petits; ils ont sur le corps deux ou trois petites taches, et quelquefois leur nez de- « vient rouge et douloureux. Je suis accablé de la pensée que j'ai pu, par un acte «inconsidéré, infecter tonte ma famille. Ma position est vraiment digne de pitié. « J'avais pris mes mesures avec empressement ponr attaquer cette maladie de très- « bonne heure; mais, hélas! je crains d'être tombé entre de mauvaises mains.

« Cette affaire comporte un grand nombre de questions de la pins haute importance « pour moi. Pour ces questions et pour leurs réponses, je m'en rapporte à votre jugeai ment plus éclairé que le mien : je me bornerai à en poser trois op quatre pour « ma propre satisfaction :

« Si les symptômes que j'ai éprouvés ont leur origine dans une infection syphilitique, m ai»je pu infecter mes enfants en les embrassant, en couchant avec enx , etc. ?

« Si Técoulement de ma femme était vénérien, n'aurait-il pas dû en faire naître un « semblable chez moi ? ou bien , l'existence de la maladie syphilitique dans ma consti* « tntion n'a-t-eUo pas pu prévenir cet effet ?

« Les douleurs de la tète, des dents, des oreilles, etc., ont-elles pu provenir de cette « cause? Si les mamelons de ma femme avaient été affectés par la maladie vénérienne, « l'infection u'aurait-elle pas dû se communiquer à la personne qui la tétait? Et, s'il « en est aioû , à quelle époque et de quelle manière l'infection se serait-elle manifestée « chez cette personne? Si les ulcérations des mamelons avaient été vénériennes, se sett raient-eUes guéries? La disposition de l'enfant à nasiUer peut-elle venir de cette « cause? Une partie peut-eUe être affectée de cette maladie sans qu'il se produise •• manifestement de l'inflammation, du gonflement, et nn écoulement?

« Je n'ai plus qu'à vous prier, monsieur, de vouloir bien donner toute l'attention né* « cessaire à ce cas malheureux et compliqué. Je désire vivement un soulagement « durable. »

(*) Il esta remarquer qu'ici je ne m'appuie nullement sur l'opinion que j'ai émise , et suivant laquelle la syphilis constitutionneUe n'a pas la propriété de se communiquer par infection; et je crois que si la maladie qui nous occupe actneUement était de nature vénérienne, il faudrait admettre qu'eUe émane d'une syphilis constitutionndle dont aurait été atteinte la personne qui aurait fourni la dent j car les diancres ne sont pas communs dans la bouche, et, à l'inspection de cette partie, on les apercevrait; je crois aussi «^lqh bo voit guère dana U bouche des écoulements semblables à la go* aor^hée, J. Hinrrui.

cas de cett« espèce, et j>n ai traité plusieurs. Dans presque toos, Taffeotion locale s^est montrée assez régulièrement un mois après Tintroduction de la dent, ce qui est une période trop longue pour être admise comme durée moyenne de Tincubatien des symptômes syphilitiques ; et lorsque des symptômes constitutionnels ont été produits , ces derniers ont sui?i Fapparition des symptômes locaux à une époque trop rapprochée et trop régulière pour qu'on pât les considérer comme vénériens.

Mais on peut dire que l'opération de la transplantation a produit une maladie probablement aussi fâcheuse dans ses conséquences que la syphilis. C'est une chose qu*on ne peut nier.

Le premier cas de cette espèce que j'aie eu à traiter a été celui d'une dame à laquelle on avait transplanté une bicuspidée. La dent transplantée se consolida très-bien. Un mois environ après l'opération, cette dame dansa jusqu'à cinq ou six heures du matin, se refroidit, et fut prise ea conséquence d'une fièvre qui dura près de six semaines. En même temps, il se fit une ulcération de la gencive et de la mâchoire, qu'on ne remarqua point alors. Lorsque la malade commençait à se rétablir, on observa que non-seulement la gencive et J'alvéole de la dent transplantée, mais encore ceux des dents adjacentes , étaient malades. Les deux bicuspidées furent arrachées et les alvéoles s'exfolièrent ensuite; mais les parties furent trèslentes à se cicatriser.

Cette lenteur donna naissance h diverses opinions, dont la principale fut que la maladie était vénérienne. En même temps, il se forma sur uoe jambe une tuméfaction qui était de l'espèce des nodus indolents. Ce symptôme fut aussi considéré comme vénérien , ou plutôt comme venant à l'appui de l'opinion ci-dessus indiquée. Mais je manifestai l'opinion contraire. Je conseillai à la malade d'aller prendre les bains de mer. Elle suivit ce conseil, et se guérit parfaitement, tant de l'affection de sa mâchoire que de celle de sa jamhe; depuis, elle s'est toujours bien portée.

Le second cas de cette espèce que j'aie observé survint également chez une jeupe dame : la dent transplantée se consolida parfaitement bien, et resta intacte pendant environ un mois. A cette époque, la gencive oooimença à s'ulcérer, et laissa à nu la dent et l'alvéole: L'ulcère fit des progrès ; il survint des taches sur la peau et des ulcères dans la gorge. La maladie fut traitée comme vénérienne; les symptômes cédèrent à ce traitement, mais ils se reproduisirent à plusieurs reprises après des traitements mercuriels très^nergiques; cependant, à la fin, la guérison fut parfaite.

La seule remarque que j'aie à faire au sujet de cette observation , c'est que les symptômes reparurent, après des traitements mercuriels non interrompus, beaucoup plus souvent que cela n'a lieu d'ordinaire dans les cas vénériens; et pendant toute la durée de la maladie, je soupçonnai qu'elle était de nature scrofuleuse.

Le troisième ciis se présenta chez un homme. La dent transplantée resta, sans causa* le moindre inconvénient, pendant environ un mois, aa bout duquel le bord libre de la gencive devint le siège d'une ulcération qui

A LA SYPHIUS CONSTITUnONTŒLLE. ^7

cositinaa h faire des progrès jusqu'à déterminer la chute de la dent. Quelque temps après, il apparut des taches à la peau dans presque tous les points de la surface du corps ; ces taches n^avaient point le veritableTtspect vénérien ; elles étaient plus rouges ou plus transparentes , et plus circonscrites. Le malade présentait en outre une tendance à la fièvre hectique qui se décelait par de l'agitation, de Finsomnie, la perte de Tappétit et de la céphalalgie. Il eut recours à des moyens divers; mais voyant que son état ne s'améliorait point, on le soumit à un traitement mercuriel; tous les symptômes disparurent en suivant la marche ordinaire de la maladie vénérienne , et nous le crûmes guéri. Mais, au bout de quelque temps, les mêmes altérations de la peau reparurent, et, de plus, les os du métacarpe présentèrent de la tuméfaction. On soumit alors le malade à un traitement mercuriel plus énergique que le premier, et dans Tespace de temps ordinaire tous les symptômes disparurent de nouveau. Un certain nombre de mois plus tard , la même éruption se reproduisit pour la troisième fois , mais avec moins d'intensité, et sans aucun autre symptôme concomitant. Le malade prit encore du mercure; mais tout le traitement se composa de dix grains seulement de sublimé corrosif, et la guérison fut complète. H s'écoula trois années entre le premier traitement mercuriel et la guérison définitive.

Cette affection pouvait-elle être vénérienne? I>e résultat des deux, premiers traitements mercuriels , qui ont fait disparaître les deux premières éruptions, semble prouver qu'elle l'était en effet. Mais le troisième traitement, qui ne se composa que de dix grains de sublimé corrosif, produisit un effet semblable, et ce résultat tendhait à prouver que la maladie n'était point de nature syphilitique, car les symptômes qui reparurent après le second traitement, pendant lequel on avait donné une quantité considérable de mercure, n'auraient pas cédé à dix grains seulement de sublintét

Le quatrième cas fut eeiui d'une jeune dame chez laquelle, à 1a même époque après la transplantation que dans les cas précédents , la gencive devint le siège d^une ulcération qui fit des progrès considérables. Le chirur- , gien qui fut consulté le premier fut d'avis qu'on devait avoir recours immédiatement à l'emploi du mercure. Je fus appelé ensuite auprès de la malade, et je lui conseillai de ne point prendre de mercure, afin qu'on pât s'assurer de la nature de la maladie. En effet, si elle eût pris du mercure et qu'elle se fùX guérie sous l'influence de ce traitement, c'eût été un nouveau cas qu'on aurait ajouté aux prétendus exemples de syphilis communiquée par la transplantation des dents. Je prescrivis l'extraction de la dent, afin de voir quel effet produirait l'ablation de la cause première. La dent fut ôtée, et la gencive se cicatrisa aussi rapidement que n'importe quel ulcère simple; depuis, elle est restée intacte.

Ce fait n'a pas besoin de commentaires. Je ferai cependant remarquer que» si la malade avait été soumise à un traitement mercuriel , elle se serait guérie également, selon tonte probabilité, car la dent serait tombée dans f esjiaoB de temps Bécessaiie pour ua tjraStenent complet; et si les

choses se fiissent passées ainsi, on peut affirmer, sans crainte d*étre dé<

menti , que ce cas eût été considéré comme vénérien.

Le cinquième cas fut observé chez une jeune dame de dix-huit ans, à laquelle on avait transplanté une incisive. La dent s*était très-bien consolidée; mais six ou sept semaines après Topération, la gencive s'ulcéra. On fit immédiatement enlever la dent; la malade ne prit pas d'autre médicament que du quinquina , et elle se guérit très-bien en un petit nombre de semaines.

Le sixième cas fut observé chez un jeune homme de vingt-trois ans, natif de Tune des Iles des Indes occidentales, à qui Ton avait transplanté les deux incisives antérieures. Vers la même époque après l'opération que dans le cas précédent, il se forma sur la gencive une ulcération qui prit une extension considérable; le bord libre de la gencive se gangrena et fut éliminé. On consulta un chirurgien renommé, qui prescrivit le quinquina. Sans avoir recours à aucun autre moyen, le malade se rétablit très-bien, à peu près dans le même espace de temps que les dames du quatrième et du cinquième cas, auxquelles la dent transplantée avait été enlevée. La gencive se guérit parfaitement, mais elle resta extrêmement étroite.

Parmi les faits qu'on vient de lire , il en est quelques-uns qu'on sera tenté, au premier aspect, de considérer comme vénériens. Si l'on porte ion attention sur les autres, on décidera d'une manière absolue qu'ils n'avaient rien de syphilitique. Si ensuite on prend en considération toutes les circonstances qui se rattachent aux cas probablement vénériens, on arrivera à cette conclusion, autant qu'on peut s'appuyer sur le raisonnement, qu'ils n'étaient point réellement de nature vénérienne. Le premier cas qui ait paru vénérien dans le temps, ce fut celui que j'ai rapporté le second; mais, comme je n'ai pas suivi la malade pendant tout le traitement, je n'ai que peu de chose à en dire. Certainement, les symptômes se reproduisirent plus souvent qu'on ne l'observe ordinairement dandles cas de syphilis où il ne peut y avoir aucun doute sur la nature du mal, et la malade employa une quantité de mercure plus grande qu'à Kordinaire. Il y a donc quelque chose d'obscur dans ce cas , car il ne s'accorde pas exactement dans tous ses points avec les cas ordinaires de syphilis. Le troisième cas présenta les mêmes récidives, et ressembla encore au précédent par la quantité de mercure qui fut nécessaire pour la guérison des symptômes. Les effets les plus graves qui aient suivi la transplantation d'une dent sont ceux qui sont survenus chez une jeune dame et qui ont été rapportés dans les Medical Transactions y t. 3, p. 25, par William Watson :

Le dentiste, alarmé des premiers symptômes, me sollicita de voir la malade. Le bord libre de la gencive commençait à s'ulcérer. Comme je ne savais trop ce qu'il y avait de mieux à faire, je conseillai au dentiste de préparer une forte solution de sublimé corrosif pour faire de fréquentes lotions dans la bouche, et d'appliquer sur la partie malade un tampon de charpie imbibée de cette solution. Mais ce moyen n'ayant point arrêté les progrès de l'ulcération, la malade consulta Sir William Watsoo ; c'est au récit de ce médecin que je renvoie le lecteur^ c'est là que je pren^

A LA SYPHILIS CONSTTTUTtoNNELLE. 669

draf les bases de mon raisonnement. Toutefois , je puis faire remarquer que le cas fut considéré à la lin comme syphilitique, quelle qu^ait pu être l'opinion premièrement formée, et pour leâ deux raisons suivantes : 1« parce que ce mode de contracter la maladie vénérienne était possible; T parce que la maladie ne cédait pas aux agents thérapeutiques qui sont sans efGcacité contre la syphilis; et cette opinion paraît avoir été confirmée par rinfluence favorable du traitement mercuriel. Mais la maladie considérée en elle-même, abstraction faite du mode de communication et même du mode de traitement, ne présente point dans ses phénomènes une identité parfaite avec les phénomènes propres à la maladie yénérienne; et Ton n*a point pris les circonstances essentielles du fait en considération suffisante pour pouvoir déterminer sll était réellement vénérien.

La marche de Tulcération de la bouche , qui fut le premier symptôme de la maladie , fut plus rapide que ne le sont, en général , les ulcérations vénériennes; car si Ton admet qu'elle était vénérienne , elle doit être considérée simplement comme un chancre , c'est-à-dire, comme une affection locale.

Maintenant suivons la marche de la maladie dans la constitution. «Vers cette époque » , c'est-à-dire , quand la maladie locale faisait des progrès si rapides , « des taches apparurent sur la face , sur le cou , et sur diverses parties du corps de W malade : plusieurs de ce^ taches devinrent des plaies ulcérées et douloureuses. » Cette manifestation des effets constitutionnels est trop rapprochée de l'apparilion des symptômes locaux pour que la maladie fût vénérienne : on sait que la syphilis constitutionnelle qui dérive d'une gonorrhée ou d'un chancre , ne se manifeste pas ordinairement avant six semaines, souvent beaucoup plus tard, mais rarement plus tôt. Je n'insiste pas beaucoup sur une particularité, savoir, qu'il n'y eut aucun engorgement des glandes lymphatiques du cou , c'està-dire aucun bubon , car ces bubons ne sont pas un symptôme constant de l'introduction de la matière vénérienne dans la circulation, bien qu'on doive accorder que ce fait est de quelque poids dans un cas où les autres circonstances ne sont pas parfaitement satisfaisantes. Les accidents constitutionnels, quand il^ se manifestèrent, furent beaucoup plus violents et beaucoup plus rapides dans leurs progrès qu'aucun symptôme syphilitique secondaire que j'aie jamais vu. On sait que les taches vénériennes sont des mqis avant d'arriver à la période croûteuse; la douleur dont ces ulcères furent le siège ne s'accorde point non plus avec ce que nous savons de la syphilis constitutionnelle; les taches vénériennes ne produisent aucune sensation, ou ah moins très-peu. Mais après tout, le mercure guérit cette maladie, quelle qu'elle fût. Vingt-huit grains de calomel, divisés en quatorze pilules, furent pris, probablement en dix ou douze jours , car il fut prescrit à la malade d'en prendre une ou deux par jour, suivant que les intestins le permettraient. Mais quoiqu'on associât au calomel la teinture thébaîque , ces pilules purgèrent si violemment qu'on fut obligé de renoncer à ce mode d'administration du mercure. Cependant, malgré

la petite quantité de mercure qui avait été employée, -et qooiqQ'H en ettt été tant rejeté par les évacuations alvines , « Fuleération de la bouche et des joues cessa de s^étendre,^ devint moins douloureuse et présenta un meilleur aspect; les taches de la figure et du corps devinrent plus pâles, celles qui s'étaient ulcérées se guérirent rapidement, et il n'en parut pas d'autres. » En. conséquence, on prescrivit « des frictions, deux fois par jour, sur les jambes et sur les cuisses , avec Tonguent cœruleom fortius, à petites doses, » dans la crainte que le mercure ne se portât sur les intestins. « Au bout de dix ou douze jours les coliques et la diarrhée reparurent avec violence, ce qui força à abandonner les frictions. A eette époque , les taches avaient toutes disparu ; les ulcérations du visage et an corps étaient complètement cicatrisées, et celles de la bouche n'étaient pas loin de l'être. » (Op. cit. , p. 328).

La seule remarque que j'aie à faire relativement au traitemeQt , (f est que la quantité de mercure qui fut employée n'aurait pas suffi pour guérir des chancres de la verge faisant des progrès aussi rapides que les ulcères de la bouche de la malade en question ; elle ne suffirait pas non plus pour guérir des ulcères vénériens de la peau dont les progrès seraient ansfi rapides que eeux des ulcères cutanés de cette malade. Si d'ailleurs oa prend en considération l'influence que le traitement exerça sur la santé générale, et la manière dont la maladie se termina , je crois qu'on restera convamci que celle^ïi n'était point vénérienne : en effet, les phénomènes spécifiques, si la maladie était vénérienne , furent aussi extraordinaires^ue la manière dont la maladie aurait été contractée.

J'ai eu souvent occasion d'observer de ces cas que Ton soupçonnait d'être vénériens; et quoique les malades aient recouvré la santé pendant qu'ils étaient soumis à un traitement mercuriel , je passe ces faits sous silence, parce que les médecins qui traitaient ces malades n'ont point donné assez d'attention aux circonstances qui auraient pu fournir des renseignements précis et permettre de décider si la maladie était vénérienne ou non.

Après avoir examiné les faits au point de vue des personnes chez les* quelles des dents ont été transplantées, livrons-nous luquelqoes remarques sur celles qui ont fourni ces dents ; car je crois que ces considérations jetteront quelque lumière sur le sujet qui nous occupe. Supposons que les jeunes filles dont on prit les dents avaient réellement la syphilis constitutionnelle, et que , par suite, les dents étaient infectées aussi , supposition qui est la plus défavorable à mon opinion; il me semble que, même dans ce cas, il ne pouvait y avoir aucune différence entre U gencive de la jeune fille dont on prenait la dent et celle de la personne qui la recevait. Si l'ulcération se développa dans cette dernière par le contact de la dent infectée, l'alvéole de la jeune fille dont on avait pris la dent n'aurait-il pas dû s'ulcérer également? mais cela n'arriva cbcx aucune. Je viens de supposer les dents susceptibles d'être infectées, quoique je pense qu'on n'a encore jamais tu ces organes atteints primî* tivement de la syphilis , et que j'admette que lorsqu'ils en sont attaqués,

ce n'est que dans les cas où la maladie, s'étant manifestée alH^rs, dans la bouche, dans la gorge ou dans le nez, s'est étendue consécutivement jusqu'à eux. Mais encore, alors même que les dents pourraient être atteintes de la maladie vénérienne et la communiquer à d'autres personnes, il serait fort extraordinaire que Ton eût rencontré justement le peu de dents qui peut-être se trouvaient ainsi infectées.

Lorsqu'on fait attention que les jeunes fîlles dont on avait pris les dents n'avaient pas la plus légère trace de maladie vénérienne au moment d« l'opération , et n'en présentaient pas davantage quand la maladie éclata chez les personnes dans la mâchoire desquelles les dents avaient été transplantées , on trouve fort étrange que la maladie se soit manifestée chez les sujets qui avaient reçu et non chez ceux qui avaient donné.

Il serait singulier aussi que la maladie se fût montrée équivoque à toutes ses périodes : dans son mode de propagation, dans ses formes extérieures , dans sa guérison.

Résumons tous les arguments qui tendent à démontrer que la maladie n'est point vénérienne, r Deux malades qui, au début, présentèrent les mêmes symptômes que les» autres, se guérirent sans traitement. 2** Les malades qui parurent être guéris par le mercure ne suivirent point un traitement exactement semblable à celui qu'on fait subir aux malades incontestablement atteints de la syphilis. 3* Je considère comme impossible que des parties qui ne sont pas malades elles-mêmes aient la faculté de communiquer l'infection. 4° Il n'a jamais été démontré que les parties qui passent pour avoir transmis l'infection aient été infectées elles-mêmes.

Mais, que mon raisonnement soit juste ou erroné, les personnes qui ont besoin d'avoir des dents transplantées n'y gagnent ou n'y perdent rien; car il est certain que cette opération a été suivie d'une maladie, qui, dans quelques cas, s'est montrée plus grave, ou a été plus difficile à guérir que ne l'est ordinairement la syphilis constitutionnelle. Quelle que soit cette maladie. Je ne connais aucun moyen de la prévenir, si ce n'est de retirer la dent de bonne heuFe; cette pratique n'a été tentée que dans un seul cas , et elle a été suivie de succès.

Ce qui précède peut effrayer beaucoup de personnes et les détourner de recourir à la transplantation : sous ce point de vue , il ne peut en résulter d'autre mal que le chagrin de penser qu'il n'y a rien d'efficace à opposer à la destruction morbide des dents. Mais on doit se rappeler qu'ici je ne publie que les cas malheureux , ce qui est le contraire de ce que l'on fait généralement dans les livres de médecine. Mon seul but, en les pul)liant, est d'empêcher que la maladie, quand elle se développe, ne soit traitée par des moyens qui ne conviennent point.

On peut demander quelle est cette maladie? Il est plus difficile de dire ce qu'elle est que ce qu'elle n'est pas. Je répondrai qu'une dent saine transplantée peut faire naître une irritation assez forte pour qu'il en résulte une maladie d'une espèce particulière, capable de développer les phénomènes locaux qui viennent d'être décrits.

672 MALADIES QUI RESSEMBLENT A LA STPmOS, crc.

Je De pois terminer sans faire remarquer que les maladies semblables à la syphilis qui n'ont point été décrites sont très*nombre6ses, et que le pea que j*en ai dit doit être considéré plutôt comme une voie ourerte à des investigations ultérieures, que comme une histoire complète du sujet.

Fin DU TOME DEUXIEME.

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