IV
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Il appela alors les Juifs qui venaient d'Âsa ^ et les produisit comme des témoins de sa conduite; pleinement convaincu de son innocence, îl pressa en un motses adversaires devantFélix d'uue manière si forte ^ qu'il ne leur laissa au-i^ fuue réplique à faire.
Ah ! Paul ! il te restait encore un ennemi dans ce tribunal^ il se taisait^ mais il n'était pas satisfait. Epargne ton éloquence, Tcrtullus roule le cahier de ta plainte. Il s'élève un orateur plus pathétique que toi : c'est l'avarice , elle prend possession de la pTaee la plus dangereuse pour le prisonnier; elle entre dans le cœur de celui qui va le juger.
Si Félix , convaincu de l'innocence de Faul^ va agir conséquemraent , et le relâcher , l'ava«rice , cet avocat snbtil, !ui dit qu'il perd un des profits de son emploi, et s'ilembra^ssela foi du Christ , que Paul a développée dans sa défense, il lui ajoute qu il perdra l'emploi ^éme. £9 vain donc la conduite de l'apôtre lui paraitr elle sans tache , en vain son cœur consent-il à suivre l'impulsion d'une croyance à laquelle il s'était ouvert ; dans le même moment, ses passions se révoltent, il se forme dans son ame un parti si fort contre les premières impressions
ÇH faveur de Tapôlre et de sacauge^-que l'uuet l'autre sont abandonnés.
U renvoya Fune à une audience plus parti-:
€ulière, qui n'eut jamais lieu^ et l'autre dan^ les ténèbres d'un cachot ; où il resta deux ans ; il espérait recevoir de l'argent pour sa liberté , ainsi que le texte nous l'apprend. Lorsqu'enfin il quitta la province^ il voulut obliger les Juifs ^ c'est-a-dire ^qu'il voulut servir son intérêt d'uno autre manière , il leur prouva qu'il n'avait rien iàit pour le prisonnier ^le laissa dans les chaînes €t à la perspective désespérante d'y finir ses îours«
Ij'avarice n'est point un vice cruel par luimême : on peut donc imaginer qu'un mélange de motifs divers remplissait le cœur du gouverneur ; il agissait d'une manière si opposée à l'humanité et à sa propre conviction^ que^ si l'on pouvait faire élever ici des conjectures^ on trou^ vcrait aisément la base qui peut Ips supporter. U semble que Drusilla , que sa curiosité con^r duisit aux instructions de Paul , avait un rôle qui eut très-bien ^guré dans notre siècle. Joseplie pous apprend qu'elle avait abandonné le Juif son ëpoux y et que^ sans aucun motif légal d^ {ustifier son divorce , elle s'était donnée à Félix sans cérémonie. Quoiqu'elle soit appelée ici s^
femme, elle e'iait la femme d'un autre, et vivait par conséquent dans l'adultère le plus ou* vert. Il était impossible que salut Paul en iexpliquant la foi du Christ, en développant la morale de l'évangile, et déployant les lois éternelles de la justice , les obligations immua* blés delà tempérance dont la chasteté est une branche , il était impossible , dis- je , que , quand il aurait eu envie de temporiser , il eut retenu la fougue de ses paroles , et n'eût pas ofTensé l'intérêt et l'amour de Drusilla. On ne nous dit pas qu'elle trembla à ce récit comme Félix ; elle était sans doute agitée d'au(res passions , et l'apôtre en ressentit les effets. Pouvait-il réisister à deux ennemis aussi violens que l'amour et l'avarice combinés contre lui.
Mais, puisque le texte ne parle que de l'un de ces motifs , nous nous tairons avec lui sur l'autre.
n est remarquable que le même apôtre parlant des mauvais effets de l'avarice dans son épitre à Timothée , affirme qu'elle est la cause de tous les maux , et je ne doute pas que le souvenir de ses souffrances n'ait beaucoup influé sur la sévérité de cette réflexion. On citerait à l'infini des exemples pour prouter que l'amour de l'argent n'est qu'une passion subor-
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donnée et ministérielle y et qu'elle n'est que le support de quelque autre vice. C'est lorsqu'elle nourrit l'ambition , la prodigalité , la luxure , que sa rage se déploie sans merci et sans discrétion : dans tous ces cas elle n'est point , k proprement parler^ la racine de ces maux^ elle n'en est que les branches..
. Cette pensée me fait souvenir que j'ai dit plus haut que l'avarice n'est point aine passion naturellement cruelle. Elle ne se présente pas d'abord à notre imagination sous cet aspect.
Nous la considérons comme une inclination criminelle^ incapable de nous faire juger et exécuter ce qui est bon; mais comme elle ne travaille pas pour elle-même y pour savoir ce qu'elle est réellement y il faut connaître quels maîtres elle sert; ils sont innombrables et de différentes humeurs ; l'avarice emprunte de chacun d'eux quelque chose de leurs caractères et de leurs passions.
Voilà pourquoi il y a dans l'amour de l'argent un mystère plus grand, plus singulier^ que dans tout autre problème qu'on puisse proposer, quelque bizarre qu'il soit.
Dans la supposition la plus favorable^ quand . cette passion semble ne chercher autre cho^c
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que son propre amusement ^ il j a bien peu de choses à dire sur son humanité. Ce qiii est un plaisir pour l'avare estla mort pour d'autres honTmes. Au moment où cette inclination sordide saisit le timon et gouverne , adiea toutes les afiections hohnétes et naturelles , adieu tous les liens qui attachent l'individu à ses parens, à ses amis ^ à ses enl'ans; comme toutes les obligations s'évanouissent ! voyez l'avare dénué de tout sentiment quelconque ; le cri perçant de la justice^ les lamentations profondes de l'humble misère sont des sons auxquels il n'accoutume pi<s ses oreilles. Grand Dieu! vois^ il passe à côté de celui que tu as frappé , sans se laisser aller à la moindre réflexion! 11 entre dans la cabane de cette veuve éperdue à qui tu as enlevé son époux et son enfant , sans soupirer ! Oh! si* je dois être tenté ^ mon Dieu ! que ce soit par l'ambition ^ la gloire ^ par quelque vice généreux et humain ; si je dois tomber^ que ce soit sous les efforts de quelque passion que tu aies tissue dans ma complexion naturelle , qui n'endurcisse pas et ne resserre pas mou cœur y inai^ qui y laisse assez de place pour que je t'y trouve quelquefois !
il serait facile d*ajoiitericilesargumens commune» que la raison offre contre ce vice ; mais il»
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âont tellement connus^ qulls ne paraissent pas nécessaires.
Je pourrais citer ce qu'un philosophe ancien nous dit sur Tavarice ; mais le malheur est, que , pendant qull écrivait contre les richesses ^ il jouissait de la plus grande fortune, et eher«chait tous les moyens de la rendre plus im«mense.
Avec quel plaisir un prédicateur enrichirait son discours en y cousant les maximes des an^ ciens et desmodernes sur l'amour de l'argent ; il vous informerait,
(I Que lapauvreté manquede quelque chose , M et l'avarice de tout.
« Qu'un avare a des richesses comme un « malade la fièvre, pour en être tyrannisé et ce non pour leur commander j que l'avarice est- H le vêtement le plus voisin de l'ame, le der-^ « nier Vicè qu'elle dépouille, i)
Combien notre Sauveur sait mieux parlet à nos cœurs quand il nous dit , que la wie dâ thcDmme ne consiste pas dans tabondance des choses qu'il possède : la seule comparaison dû câbld et du passage étroit qu'on lui ouvre , exercé une puissance plus coërcitivé, que leis sentences de la philosophie.
Je vais lâcher Ue déduire quelques autres ré-
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flexions de cette histoire sacrëe^ et de les rendre applicables à la vie humaine.
Il n'y a lien qui interesse plus notre bonheur, que de se former de justes idées sur les hommes et les choses; car ^ à proportion que nous acquérons cet art difficile , nous nous rendons agréables au monde ^ et en nous gouvernant d'après de tels jugemens , nous assurons notre tranquillité et notre bien-être pendant notre passage. Les méprises et les &ux pas qui dérivent de l'ignorance sont si nombreux et si fatals^ que rien n'est plus instructif que les recherches qui peuvent nous faire connaître nos erreurs. Elles sont souvent bien grossières; quand on considère le monde ^ et les notions qu'il se fait ^ quand on voit par quelles considérations il est gouverné^ on dit de la folie de ses jugemens , ce que le prophète disait de la folie de ses actions : nous sommes fart sages pour malfuire , mais nous^ n'avons pas le sens de bien juger.
Que nous errions dans des questions abstraie tes^ de pure spéculation^ cela n'est pas étran« ge 'y nous vivons environnés de mjstères^t d'é-* nigmes ; tout ce qui s'offre sur. notre chemin sous un point de vue ou sous l'autre peut dé« xober et confondre notre entendement j mois
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nom devrions cependant saisir les extrémités^ et ne pas prendre un contraire pour l'autre. Il est rare ^ par exemple.^ que nous estimions la vertu d'une plante être chaude , quand elle est excessivement froide , et que nons éprouvions Topium pour nous tenir éveillés ; et cependant nous tentons de pareilles expériences dans la conduite de la vie , ainsi que dans son but principal. Dire que ces déterminations vicieu-* sea ne dérivent pas d'un défaut de jugement en nous,seroit vouloir en réfléchir le déshonneur sur Dieu comme s'il nous avait créés et envoyés dans le monde pour y faire des folies. Son cœur est aussi juste que ses jugemens sont vrais. U faut donc supposer que^ dans toutes nos inconséquences^ il est un motif secret^ qui maîtrise notre esprit et le détourne de la raison et de la vérité.
Quel est-il? si nous ne voulons pas prendre la peine de le chercher en nous^ nous le trouverons enregistré dans la conduite de Félix , et la même explication que le texte en donne pourra nous servir quand nous voudrons parvenir à connaître le secret de nos jugemens injustes. Ce motif caché est en quelque considé^ ration de notre amour-propre^ quelque contrat impur entre nous et nos passions,.
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. Les jugeméns des plus désintéressés parmi nous reçoivent quelque teinture de leurs affections; nous les consultons généralement dans les points douteux ^ et tout va bien quand la matière en question est décidée avant que Tar*bitre soit appelé; mais quand les passions maîtrisent l'homme entier y qu'il est douloureux de voir TofiEice auquel est .réduite la raison^ celte grande prérogative de la nature ! Elle sert bassement celui qui devrait être son esclave^ et s'occupe à ramasser des argumcns captieux pour justifier ses vices.
Pour juger sainement de notre mérite , reti^ rons-nons un peu loin du monde y et consir dérons ses plaisirs; considérons aussi ses peines^ sous toutes leurs vues et dans toutes leurs dimensions. C'est la raison sans doute pour laquelle Paul, quand il entreprit de convertir Fâix^ parla d'abord sur le jugement universel : il voulait détourner son cœur dû inonde et de ses plaisirs qui métamorphosent l'homme sage en sot.
Si vous élargissez vos opérations sur ce plan^ ^ous trouverez que U^ consistent les maux o^ casionnés par siei opibons pervel*ses qui eût ai longtemps divisé le monde chrétien ^ et qui le tourmenteront toujours.
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i Euoiinez quelques systèmes religieux , et vous verrez qu'on peut les définir des moyens fiscaux bien faits pour opérer sur l'esprit et les passions des hommes pendant que leur bourse est vidée ; ils servent parfaitement les vues de Félix dans son amour de l'argent et du pouvoir : voilà d'où s'élèvele nuage qui s'étend êl couvre l'entendement humain.
Si cette raison est concluante à l'égard de c(*ux qui différent de croyance avec nous^ elle peut l'être encore pour ceux qui n'ont aucune croyance , ou plutôt qui affectent de ridicdliser la religion des autres. Grâce au bon sens et à une instruction plus saine , cette manie passe et descend se placer dans la classe inf(^ rieure des hommes ^ où elle restera : quant à h plus basse classe^ quoique le peuple soit toohjours prêt à suivre la mode^ il ne se laissiera pars frapper par celle-ci^ il ne rira jamais de cse qui fait sa consolation : la pauvreté et la misère le défendront du désespoir d'un sort meilleur.
Pourquoi donc ce système sacré qui tient le monde dans l'harmonie et la paix^ est-il le premier objet que l'homme inconsidéré choi-sisse pour en faire l'objet de sa raillerie? Cependant y dans le nombre de ceux qui raillent ainsi ^ croyez-vous qu'il y en ait un sur mille
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à qui la convictioli^ la logique, la raison^ des rechercbes sobres dans l'antiquité , et le mérite véritable de la question , aient fournis de ces plaisanteries irréligieuses ? Non^ leur vie va vous expliquer leur manie*
La religion qui ordonne tant de privations est une facbeuse compagne pour ceux qui ne veulent pas se contraindre; et l'on observe conununément que ces petits sopbismes rassemblés par lesbommes contre la religion dans leur jeunesse , quelque importans qu'ils paraissent à travers les passions et les préjugés qui les colorent , finissent cependant, et quand le trancbant de leurs appétits est émoussé et qae la chaleur de leurs désirs se refroidit, par les rendre à la raison et au bon sens. Ces deux amis des hommes ont bientôt ensuite ramené ces brebis garées dans leur bercail. Ainsi 6oit-il^
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