DE L'HISTOIRE D'ANNA
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JSEUVIÈME FRAGMENT.
•— X RBNEZ garde à ces branchages , moûsieul:^ dit Trim^ en les ëcartant avec son bâton ^ afin de frayer à mon oncle Tobie l'entrée de la chaumière^ dont un arbre abattu barrait la porte»
Us trouvèrent Anna occupée à faire manger ses enfans; un ve'nérable vieillard venait de lui apporter ces dons que la charité se plaît à pro* diguer à l'indigence.
Je ne sais pourquoi^ mais la simple bienfaisance de l'homme des champs m*émeut davantage que les largesses répandues par les superbes élus de la fortune pour fonder un hôpital. Le principe de ce sentiment ne résulterait-il point du doute cruel que la charité du riche élève dans mon ame ? Il y répand un froid indéfi- /
nissable^ et détruit en même-temps l'effet
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d'ane heureuse harmouie.... O mes amîsf la vanité se cache si sQuveut çt avec tant de soia sous les vétemens modestes de V humanité , que la sagacité la plus profonde pe pourrait deviner laquelle des deui^ agit.... L'impulsion qui détermine l'homme simple est, au contraire, toujours pure y et Wtte^ qui dirigent sa ge'* nérosité naïve ajoutent encore au charme de ses bieafntSL*.. ta libêralhi des gens du monde est gâtée par tant d'ait que la nature même seioble la désavouer.
Gardea-yous de croire , lecteur, que la pa-i içesse ait déshoporé Vindigence de ma s^ipsible ^nn^; cjue ses chagrins accablans l'aient emp^-*
cliée d'être laborieuse elle faisait de petits
ouvrages à l'aiguille pour ses pauvres mais compatissais voisins.... et les larmes de la douleur, unies à celle de la reconnaissance, mouillèrent plus d'une fois le tissu qu'elle façonnait.
— C'est vous , M.. Trim , lui dit-elle , car elle le reconnut dès qu'elle l'entrevit...
On ne pouvait oublier cette douce et bonne physionomie.
— CTe^^ vous qui avez écouté si patiemment le récit de Inès malheurs, et qui avez eu la bonté d*y compatir I...
— Oui , Anna , répondit le caporal , en diii^
mAOMENS. ' .557
géant vers die un regard bienveillant, dont je me souviendrai Uni que j'aurai un tœxxt ^out sentir; oui ^ Anna^ et mon ameeu conservera ^ernellement le souvenir..,
— Malheureuse ^ouse! lui dit mon oncle Tohie, s'avançantà elle^ et s'inclinaût avec le respect dû au malheur^., puis tout eh la pressant affeclueusement d'une lùain , de l'autre il frappait alternativement de petits coups sur les )oues de roses des deux en fans...
— Connaître vos infortunée , Anna , c*cst les ressentir et les plaindre...
— Ah ! ce maudit sergent! répondit la triste Anna^ il savait bien quel mal il allait nous fidre; mais son ame y était insensible.
— *- La sensibilité ! son ame! répétait motl t>ncle y elles n'avaient, hélas ! rien de commun avec sa mission /...
— Il n'avait donc aucune consigne honnélé à remplir en ce monde I s'écria Trim , et j'ose affirmer que ni vous^ Monsieur, ni moi, ne lui envierons un tel poste.
— Je t'en donne ma parole d^honnear, Trim , répondit mon oncle avec force.
— Je ne vous ai pas encore entretenu , Monsieur , de la lettre qu'Anna reçut de Flandres...
— La pauvre Anna pâlit.... elle avait déjà
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versé bien des larmes , mais la source de ses douleurs n'était point tarie... elle essuya une larme... une seconde brilla sur sa paupière , elle Tessuja encore.... une troisième parut..; Oli ! certes le stoïque le plus endurci n'aurait pu nier les angoisses de ce cœur déchiré.
Elle tira une lettre de son sein.... c'était celle à^ Edouard... elle la baisa et la remit dans son corset. Elle sortit l'autre de sa poche et la pré* sentaàTrim.
Fidèle a la subordination militaire^ le caporal prit en un clin-d'œil l'attitude convenable ; il éleva à la hauteur du front sa main gauche , qu'il tourna en appuyant le revers du l'index sur le bouton de son chapeau , et de l'autre main^ il remit la lettre à mon oncle Tobie..,.
Le vieillard entra dans ce moment avec le petit tribut accoutumé de ^a bienfaisance pour Anna et ses enfans.
Anna arrosait encore .de ses pleurs la lettre fatale qu'elle avait reçue de son Edouard.
La douleur est si timide quelquefois qu'elle s'efforce de cacher ses larmes et la cause même qui les fait couler.... A la vue de ce bon vieiU lard y elle se hâta d'essuyer ses yeux^ et remit avec précipitation la lettre dans son sein^
FRAGMENT. ^ 35g
Voici ce que conleDait cette lettre ;deFkn-dres :
c< Chère Anna , je suis dësolë d'être oblige ^ de Yoos faire part de mïiuvaises nouvelles ; « sur mon honneur , j'en mds désolé! Edouard' a fut atteint de deux balles^-hier, dans la bataillr / fc Pauvre garçon! jlous avons passé bien des* « nuits sous la même tente..... l'amitié qui « nous unissait était d'autant plus vive^ que* « notre sort était pareil. J'ai' été victime du' u même artifice que lui. Ma perte a désolé ma' (c mère, déjà accablée de vieillesse; elle ne (c vivait que par*mes soins , elle eist morte de «c douleur et de £ûm..... Oh ! combien de nuits « nous avoua passées, Edouard et moi, à « pleurer au lieu «de sommeiller , à nous dé* (( soler, couchés sur la paille humide qui nous C7 servait de lit! Que de fois il m'a raconté u combien vous étiez heureux l'un par l'autre, « et quelles jolies créatures mettaient le comble « à votre bonheur ! ... Je ne les reverrai jamais! . . <c me disait-il, et puis il détournait la tête et a pleurait comme un enfant; je voudrais avoir a été tué à sa place.
« Il m'a chargé de vous renvoyer la tresse l ce de cheveux jointe à ma lettre, cette tresse que > ce vous lui donnâtes, m'a«t»il raoonté, pour Ja
56a FA'A:6MCK8. "*ï
(< rëoompenseir àe son komaam ' «liiver» la « tendre couvée d'un moineau , et il me l'a remise « un iu«Ui)t 'nfvaut le premier panfemedrde < $€S blessureâ<,Il eipira environ limt lieurei fc après.*. Si le $ep^MPt, ajutcur de bob peÎMs y w av^t été ausai humaia pour Edomrd , ce qa'Edouard I9 fut poiur «n fiîaeair ^ iùvâ cet fc malheurs^ nç ^eraiwl pcKat arrivés.^. Quelle îç honte I on tuô ici Ua hommeâ avec plutf de ^ aang'*froid^que< tioi43 a«|rta ttabbant delà 9. (^armp^SPe iVécr a$on$ TlMecte qui ronge et K détruit 00a arl>reâ« O Aima!... januss je t{ n'auraia voulu oroire qva k» h^mmca fiiaaent u li cnieU l.*, Si j'ai )e boaheiif de revenir éanj^ ((.notre, pays, je vou$ -itoatiendrai^ panvr» « Anna jVousatvo«enfaBs....yoosine lîendrei& (( lieu da ma mère.
Votre ami infoiluné^ James.
(( JP, S* Si ceux qui gouveroent étaient à (( notre place et soufiraient comme noua, ils (( ne dédareraient p$s ,Msai légéroment la (( guerre, »
Mon oncle Tobie n'avait pas achevé la lecture de la moitié de cette lettre qu'il se liàta dt l'aUer finir à la porte. -^ Anna , se dit-it à lui-même^ a bien asat& de sa douleur sans que
je PiiJBîgé éfteore par le Spectacle de la mienne.
Géuétenii Tobic!....
Ifiiliqae-moî de grâce ^ AtiDâ^ dit mon oncle avec Taccent delà pitié la plus tendre qui se soit ^mais exhalée des lèvres d*on homme sensible^ indiqae-moi, Anna^ ce que je pourrais faire pour efiacer à jamais de ton Souvenir les chagrins qui te dévoreot?..,
— Les oublier ! répondit-elle... les onblier!... et ses deux mains se joignaient avec force 9 jamais !.., jamais!...
Il y avait dans le son de sa voix y dans son rrgard , son attitude , une stérile douce ^ qui semblait accuser mon oncle d'avoir pu penser quUl lui fut possible d'être inûdcie à sa doubleur....
— Mais tant que je vitrai, continua- t-elle, je me souviendrai de vos bontés, et de celles de M. Trim.
Quand la nature aurait départi au cœur même d'Anna la faculté de s'exprimer, il n'eût pas rendu avec plus de sincérité l'ei^* pression de sa reconnaissance....
Les regards de mon oncle et ceux de Trim lui dirent qu'à cet égard, leur conviction était parfaite; ils s'exprimaient ainsi : « Tes « actions de grâces ont acquitté au centuple
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est an garçon d'une vertu raro, il prendra vos intérêts, comme un tendre frère... et si nous ^mmes mis en déroute , Anna , contiuua-t-il, avec un de ces sourires dont la prodigue nature* Pavait doué ^ je vous tiendrai' lieu de père, ainsi qu'à vos enfans; ils prendront en toute liberté, leurs ébats sur mon boulingrin, et lorsque leur vue attristée s'arrêtera sur mes redoutes , ils se rappcleront les infâmes mojens qu'on cniploja pour leur ravîr leur père ; ils lèveront ensuite les yeux Vers le ciel avec reconnaissance , et remercieront l'Être miséri*
cordicux qui leur donne un autre père
Trim , vous dis-je , se chargera de vosiulércts..
— Sauf votre respect, Monsieur, dit le
caporal, je ne pense pas qu'ail soutienne le
siège.
— Dis-lui , Trim , reprit mon oncle Tobic avec une dignité imposante, dis-lui que je suis un vieux soldat, et que j'ai reçu une blessure
— ciel! s'écria Anna, dont les regards exprimèrent lout-à-Coup une sorte de pitié frénétique : et vous aussi, vous avez été enrôlé de force?....
^ Non, pauvre infortunée! répondit mon oncle , j'ai servi volontairement , et le métier
de soldat est glorieux , quand on Texerce pour la défense du faible. u... Nos armes sont le bouclier derrière lequel il doit se réfugier Dis^
lui y Triia y coeliuuft non qacle^ que ma blessure m'einpéche de me mettre en campagne , et qu'elle me prive ^ à mon grand regret^ du
plaisir de lui rendre une visite en personne
Tu vas m'accompagner d'abord, });uqu'à Tauberge voisine , où j'attendrai ton retour
En partant , mon oncle Tobie baisa ses€0fsuÈB svec tendresse^ le» larmes roulaient dans ses yenx^ puis il présenta à Anna sa main d'abord ^ et en^uile sa^botirse. Elle reçut Tune et l'autre avec cette modestie vraie qui charme toujours le cosar d'an komme délicat.
Aakui ferma la porte desoQ humble demeure.
Soil ptofuriétaivc ëlaît un de ces hommes dont l'espèce est rare; elle lui devait le lojftf d^une année 9 et jamais il n'eul la pensée même de Vea £Htfe rckigir. Elle vola chez, lui pour s^ac* quitte^
Malgré tousses ohagi^Ios ^ Annci u^avait point perdu. le sentimeni et le besoin de f lionnéteté. Oh l suremyent ^ en faveur de tant de vertus^ son père kû pArëostnera!...^* \
Laissons maiuteBiDt Trina allant s'acquitter de son honorable mission. . r
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