LE POULS
' Salut à Tous^ attentions délicates, prévenances gracieases , courtoisie aimable! salut à vous ^ pour les charmes que vous jetez sur les sentiers de la vie. Vous ressemblez auit grâces et à la beauté , qui ne font que se montrer pour captiver les affections , et inspirer l'amour : c'est vous sans doute aussl^ qui tenez ouverte cette porte . hospitalière qui semble inviter l'étranger.
Je vous prie, madame, d'avoir la bonté de m'enseigaer le chemin que je dois tenir, pour aller à POpéra-Comique. Très-volontiers, monsieur , dit-elle , en posant son ouvrage de côté. J'avais, le long de ma route , jeté un coupd'ceil dans une demi douzaine de boutiques , pour rencontrer une personne que je pusse, interrompre par ma demande , sans pourtant trop la déranger. La figure de celle-ci flatta ma pensée; je hasardai d'entrer.
Elle travaillait à une paire de manchettes assise sur une chaise basse , au fond de la boutique , en &ce de la porte.
Très^volontiers y bien volontiers, dii-elle, en mettant son ouvrage sur la chaise la plus proche. Elle se kva aussitôt de la chaise basse la. 7
qB tOVAGS
OÙ elle était assise^ avec un mouvement aussi empressé^ des regards aussi épanouis^ que si î^eusse dépense cinquante louis d'or dans sa boutique ; eAcore^ aurais- je pn dire, voilà una femme bien reconnaissante. Il faut que vous détourniez, mQ dit-elle^ en me conduisant à la porte de la boutique ^ et me montrant avec le doigt la rue que je devais prendre; il faut que vous détourniez à votre main gaucbe; nws, prenez bien garde, il 7 a deux détours; ayez la bonté de prendre le second^ puis vous marcherez jusqu'à ce que vous trouviez une église: dès que vous l'aurez passée, donnezvous la peine de prendre de suite sur votre droite, cela vous conduira droit an bas du Pont-Neuf. Vous le traverserez, et alors chacun se fera un plaisir de vous montrer le reste du chemin.
£lle me répéta ses instructions , à trois différentes reprises, avec une patience aussi obligeante que la première fois, et si l'accent ou les manières ont une sorte d^expression, comme ils en ont réellement pour tous les cceurs qui ne se ferment pas à ce langage, je devais croire qu'elle s'intéressait réellement k œ que |e ne me perdisse pas.
Celait peut-être la plus jolie grisette qqe.
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l'eusse vue de ma vie ; cependant je ne yeux pas donner à croire que ce fût sa beauté qui me fit sentir si vivement la délicatesse de ses attentions. Quoi qu'il en soit^ je me souviens qu'en lui expi imant combien je lui étais obligé^ mes regards ^e fixaient pl^nement sur les siens ^ et queNnes remercimen« furent répétés autant de fois au moins que ses instructions.
Je n'e«s pas fait dix pas dans la rue ^ sans «l'apercevoir que je les avais nettement ou' bliées dans les principaux points. Je regardai derrière moi , et apercevant , sur le seuil de sa boutique , la jeose marchande qui me suivait de l'œil ^ comme pour s'assurer si je ne m'é^ garais point, je revins aussitôt sur mes pas pour lui demander si le premier détour était à droite ou à gauche. Je l'avais totatement oublié. Est-il possible, dit -elle , en souriant à demi. Cela est très^-piM^ible ^ répliquai-je, surtout lorsqu'un homme est beaucoup pins occupé d'une femme^ que des bons avis qu'oo en reçoit.
Il n'y avait rien que de vrai dans mon compliment; ai&si on le reçut comme les femmes reçoivent tout ce qui leur est dû par droit de naissance. Elle me fit une révérence légère.
Attendez , dit-^Ue y en mettant sa main sur
loo Voyage
nioo bras pour me retenir , tandis qu^elle appelait dans l'arrière boutique^ un garçon qu'elle chargea d'apprêter un paquet de gants : attendez , j'allais justement envoyer ce garçon porter un paquet de gants , dans le quartier où vous allex ; si vous avez la complaisance d'eu* trer^ il sera prêt dans un moment^ et vous accompagnera jusqu'à l'endroit même.
J'entrai avec elle au fond de la boutique , et prenant dans ma main les manchettes qu'elle avait posées sur une chaise ^ comme si j'eusse voulu m'asseoir, je la vis reprendre sa place sur la chaise basse quelle avait quittée ^ et finis effectivement par m'asseoir moi-même à côté d'eUe.
Un peu de patience^ me dit-elle de nouveau | il sera prêt dans un moment. Et c'est ce moment^ lui dis- je ^ que je voudrais employer tout entier à vous payer toutes ces prévenances par l'expression de ma gratitude. Il n'est personne de nous qui ne trouve l'occasion de faire un acte de bienveillance^ mais une continuité de bons offices annonce que la bonté fait naturellement une portion même du caractère et du tempérament. Et bien certainement, si le sang qui part du cœur est le même que celui qui circule aux extrémités^ a joutai- je,
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en touchant légèrement son poignet ^ je suis sur que vous devez avoir un des meilleurs pouls de femme y qui soit au monde. Tâtez y me dit-elle en avançant son bras. J'ôtai surle-champ mon chapeau y et prenant ses doigts dans une de mes mains y î^appuyai les deux premiers doigts de Tautre sur Tartère.
Plût au ciel ! mon cher Eugène^ que^ venant à passer en ce moment^ vous eussiez pu me voir^ assis ^ avec mon habit noir^ dans l'attitude du recueillement^ comptant une par une toutes les palpitations de la veine ^ avec autant d'attention que si j'eusse guetté le flux et le reflux d'une fièvre intermittente \
Comme tu aurais ri y et moralisé sur ma nou"* velle profession I mais je vous eusse laissé moraliser et lire. Croyez-moi^ mon cher Eugène^ vous aurais- je dit, croyez qu'il y a dans ce monde de pires occupations, que de tâter le pouls d'une femme. Mais d'une griscttel eussièz-vous ajouté, dans une boutique ou-^ verte! Yorick, c'est là le bon, c'est la le mieux ; Eugène-, quand mes vues sont droites, peu m'importe que le monde entier me voy e , dans une si douce fonction.
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