‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 13 sur 92 · LE MARI · texte numérisé non relu

LE MARI

PARIS

J'avais compté vingl pulsations^ et j'allai» continuer jusqu'à quarante^ lorsque le inari arrivant à Tiroproviste y du fond de l'arriéreboutique , dérangea un peu mon calcul.

Ce n'est rien^ dit^Ue^ c'est mon mari.

Alors je me remis k compter. Monsieur a eu la bonté , en passant près de chez nous , ditp-elle^ de se donner la peine de nie tàter le pouls.

Le mari aussitôt tira son cbapeau , et me faisant une profonde révérence ^ me dit que ^e lui faisais beauconp d'honnôur^ puis remit sdn chapeau et sortit.

Bon Dieu! me di»-je à môi-méme^ est'-il bien possible que ce soit là le mari de cette femme?

Quelques personnes connaissent sans doute le ibotif de cette exclamation , mais elles doivent me pardonner d'en offrir l'explication à ceux qui ne le pén^rent point ehcore.

A Londres y un marchand et son épouse sont presque à la lettre mêmes M et même chair. Les divers talens tant de Tëi^ml que du corps , se produisent en eux alternativement sur le ^icd de la plus parfaite parité^ avec autant

SENTIMENTAL. Io3

d'intimité dan^ les rapprochemens et d'Lar* moDie dans les consonDanccs^ qu'il en paisse régner entre un homme et son épouse.

A Paris au contraire , on trouverait difficilement deux espèces d'êtres plus différens^ quant à leurs attributions. La puissance executive , et même législative du comptoir n'étant point dans les mains du mari , on Vy aperçoit rarement. Une chambre isolée, au fond de l'arriére boutique, faitson domaine : il y vit en bonnet de nuit, loin du commerce social , espèce de sauvage solitaire , et tel que la nature l'a en-< fanté.

Le génie de ce peuple , qui n'a plus rien de salique , si ce n'est son gouvernement , a remis aux femmes toutes les fonctions actives d'une boutique et même de plusieurs autres dépaite* mens. Celles-ci se trouvant, du matin jusqu'au soir, en contact commercial avec les pratiques de tous rangs et de tous étages^ sont alors comme ces cailloux, jadis raboteux, qui, par les secousses qu'on leur donne , par ces froi^ semens répétés qu'ils éprouvent entre les deui( toiles d'un sac, perdent leurs aspérités aogi»* leuses , s'arrondissent en s'émoussaat, et pren« nent enfin le poU du diamant; tandis que monsieur le mûri reste toujours^ à peine dé»^

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grossi^ tel que la pierre qui est sous vos pieds* Homme ! il n'est pas bon que tu sois seuU O 11! bien certainement, tu es destiné à la vie sociale^ au doux commerce des prévenances* Les perfections diverses qui en dérivent , et que notre nature comporte^ sont à-la-fois mes argumens et mes preuves.

£h bien! monsieur, comment bat mon pouls? me dit-elle. Avec toute la douceur , lui dis-je , en jetant sur ses yeux un regard paisible, toute la bénignité que j'en devais attendre. Elle allait probablement me dire quelque cbose d'bonnéte en revanche, mais le garçon arriva dans la boutique avec I^ paquet de gants.

A propos , dis-je, il m'en faut une couple de paires.

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