‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 19 sur 92 · ARIS · texte numérisé non relu

ARIS

L'idée de ce pauvre oiseau se débattant dans sa cage, me suivit dans ma chambre. Je m'assis près de ma table; et, appuyant ma tête sur ma main, je m'occupai vivement à me re« pi'ésenter toutes les misères d'une prison ; j'étais pour cela dans une excellente disposition d'esprit^ et je donnai toute carrière à mon imagination.

J'allais commencer à passer en revue ces millions d'hommes échappés des mains du même créateur que moi, qui n'attendent pourtant d'autre héritage que la servitude. Cette peinture était touchante^ mais je trouvais impossible de la rapprocher à deux pas demoL Cette multitude de groupes attristés ne servait d'ailleurs qu'à me distraire.

SENTIMENTAL. l4l

Je me figurai seulement un simple prisonnier; je le plaçai d'abord bien enfeirmé au sommet de son donjon y et le contemplant ensuite à la faveur du crépuscule de sa porte grillée^ je me mis à le dessiner.

Je voyais ces membres livides^ ce corps i moitië décharné^ flëtri dans les angoisses de l'attente et de la réclusion^ Je sentais déjà moi-même ce que c'est que cette défaillance du cœur y cette agonie résultante d'une espérance toujours vaine ^ toujours trompée. En regardant de plus près j'apercevais la fièvre et la pâleur empreinte sur son visage. Depuis trente années, la brise de l'ouest n'avait point rafraicbi son sang : pendant tout ce temps il n'avait point vu le soleil ^ point vu la lune ; pas un parent^ pas un ami ^ dont la voix^ dont les soupirs eussent traversé ces barreaux. Ses enfans^ Ab ! c'est ici que mon cœur saigna le plus ; je fus forcé de détourner la vue^ et d'esquisser d'autres détails de mon tableau. Je le vis ensuite par terre dans un coin de son donjon^ assis sur un peu de paille. C'était tour à tour son siège pour le travail et son lit pour le repos ; une espèce de calendrier suspendu à la hauteur de sa téte^ composé de petits bâtons de bois entaillés , lui rappelait le nombre de ni. 10

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ses tristes jours ^ de ses affreuses nuits; il tenait en main un de ces petits bâtons : un clou rouille lui servait k j gravier un nouveau jour de misère à côté des autres.

Comme j'interceptais le peu de lumière qui lui parvenait^ il levait vers la porte un œil desespéré , qui retombait bientôt sur lui-même; puis il reprenait^ en secouant la téte^ l'ouvrage de son affliction.

Taudis qu'il se tournait pour ajouter son petit b&lonaa reste du faisceau^ j'entendais le bruit de ses chaînes agitées le long de ses jambes. Un pro&nd soupir s'exhalait avec peine de son sein , ses fei*s semblaient peser jusque sur sa pensée. Je me ti*ouvais baigné de mes larmes; }e ne pus supporter plus longtemps la vue de cette captivité^ dont mon imagination venait d'achever la peinture. Je me levai de ma chaise , en frissonnant d'hor* reur : j'appelai aussitôt La Fleur^ je l'envoyai sur-le^ehamp demander un remise pour le lendemain à neuf heures^ à la porte de riiôtel; j'irai moi-même^ dis-je vivement, me présenter à M. le duc de Choiseul.

J^ Fleur aurait désiré m'aider à me mettre au iit^ mais je ne voulus pas que cet honnête garçon aperçut dans mes traits une altération '

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qui jeût troublé la paix de sou cœur. Jie M di$ que je me mettrais au Ut tout $eul , et jiui co j^ veillai de faire de même.

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