‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 18 sur 92 · T0TA6B · texte numérisé non relu

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fiUe de chambre y et marcher «Tec elle le long du quai Conti ^ il crut convenable de ne in# pas suivre un pas de plus j et , après avoir fait toutes ses réflexions sur cette rencontre^ il coupa au plus courte et regagna l'hôtel de Modéne assez à temps pour être informé le premier des démarches de la police, au sujet de mon arrivée.

Lorsque cet honnête garçon eut quitté Pappartement^ pour aller lui-^méme souper , ja commençai à réfléchir fort sérieusement sur xna situation.

i J'en étais venu à un point qui ne peut manquer dé vous faire rire,' mou cher Eugène^ àhs que vous vous rappellerez le petit dialogue qui eut lieu entre nous au momient de nous séparer: il trouve du reste ici sa place, i

Eugène, au moment de mon départ, sacbanti très-bien que je ne suis pas pour l'ordinaire beiiu-. coup plus surchargé d'argent que de réflexion ^ me tira à part pour me demander jusqii'où.i'avaia poussé la prévoyance à cet égard ; je lui 41*' exactement la somme que j'emportais ; il secoua la tête en me disant que cela ne pauvait* pas me conduire loin, et de suite il tina sa bourse pour la vider dans^la mienne. En cons«» cience>i Eugène, je vous proteste q.ue j'ai.

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sUfBjsamm^nt po» mon yojuge. El ipoi^ je vous le jure^ YoFÎck, répondit Eugène , en vérité vous D^vea pas assoie; je connais la Francç et Tltalie n^ienx que vous. Vous me &ites dcHic pas attention , Epgiène^ hii dis-je y en refusant son effre ^ que j^ ne serai pas trois jours k Paris ^ saiis djre e« Aiirô quekjue fre^ daine ^ qui me ftrm loger' à la Sastill^, où je vivhii un mois ou deuï pour le laioins^ aux dépens du roi de "Praneq. Je vous demande pardon^ rxxe dit. fort sèehetoënt Eugène^ j'avais effectivement oublié tout-à-falt cette ressource.

L'événement que j'avais traité avec bouffonnerie, menaçait dé i|i'atteindFe très-eérieu^ sèment. * '

' Je ne sais si c'est :fplie ou nonchalance, obstination ou bien pbilosopliie;- je ne sais réellement oe qu'il y- a^ait en moi au moment où La Fleur ' eut descendu' ' Tescalier ^ niais j'eus beau me ' trouver seul> je n^ pus plier Imon esprit à avoir une autre idée qqe eelle que j'avais communiquée ii Eiigènej

Eh bien! celle Bastille 1 ; me disais-je^ la terreur qu'elle excite' n'est que«d^ns le mot. Portez !cs choses au pis si Vote voulez, '^Baslille, n'est toujours que le synonyme de tour. Qui dit tour ^ dit seulement une mabon dont

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on ne peat sortir. Que Dieu ait pitié des gottt* teux^ car^ les pauvres gtnsy ils sont deux fois 1 an au moins dans cet état ; mais avec cent livres tournois à dépenser par jour ^ ime plume, de l'encre, du papier, et aussi de la patience, qui est-ce qui empêche celui-là même qui ne peut pas sortir, de bien passer son temps, au moins pendant un mois ou six semaines, au bout desquelles , si vous êtes sans reproche, votre innocence est proclamée, et vous sortex enfin plus sage et meilleur que vous n'êtes entré. ^

Je fus obligé de descendre dans la cour de Thôtel, (l'ai oublié pour quelle raison) au moment où j'avais la tête remplie de mon système , et je me rappelle très-bien que ma démarche , en parcourant l'escalier, avait quel que chose de triomphal, tant j'étais saûs&it de la justesse de mon raisonnement.

Fi des pinceaux nombres . et tristes I me disais-je avec orgueil, je n'envie point cette puissance magique qui nç sait reproduire les peines de la vie, que sous les traits hideux , les couleurs funèbres de la mort. En^s que nous sommes^, nous tremblons devant les images que notre esprit s'est plu à dessiner et à noircir. Yoidéx-vous apprendre . à les mé*

SENTIMENTAL. iSy

priser? réduiâez-les toutes à leurs' justes proportions et à leurs nuances réelles.

Je sais bien ^ ajoulai-je , comme pour atté* nuer un peu ma proposition^ je sais cependant bien que la Bastille n'est pas un mal l^er , un séjour qu'on puisse mépriser ou braver avec dédain. Cependant dépouillez-la de ses tours ; comblez ses fossés ^ ôtez les verroux de ses portes^ ne l'appelez plus qu'une chambre d'arrêts ; figurez -vous ensuite que c'est le pouvoir tjrannique d'une maladie^ plutôt que le despotisme d'un homme qui vous y retient; alors ^ de ce côté^ le mal s'évanouit ^ et l'autre moitié de votre peine ne vous arrache presque plus de plainte.

Je fus interron^pu au milieu de ce monologue^ par une voix que je pris d'abord pour celle d'un enfant qui se plaignait de ne pouvoir sortir; je regardai dans le corridor tant de haut que de bas ^ et n'aperçus ni homme ni enfant. Je passai mon chemin sans autre recherche : à mon retour ^ à travers, le corridor , j'eatendis les mêmes paroles clairement prononcées à deux différentes fois ; en élevant la vue , j'aperçus un sansonnet suspendu dans une petite cage. Je ne puis sortir ! je ne puûi MTtirl disait le sansonnet»

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Je m^afréUi k considérer cet oiseau : i chaque personne qui traversait le corridor , il se jetait eu voltigeant du eôlé des passans ^ en répétant la métne plainte sur sa captivité : ']é ne pais sortir 1 diftait le satisonnet. Le ciel te eoDservë ^ niion pauVré oiseau^ lui dis->îe^ mais lu vas recefVôii* denloila liberté^ 11 en coûtera ce qui pourra ^ Aussitôt )e fis le tour dé là cage pour en trouver hi poite ; \b la trouvai assu-« )étie k èiiUple et double tour^ et si l)ién scellée eii fil d*archal , qu'il n'j atviit pas moyen dé Touvrii^ sans la inett^ en inorcéaux : envain j'y employai les deux mains; l'oiseau se pré-" iientait du coté où je tetttàii sa délivl-ance^ passait sa tête à trtiVers les barreaux , lés près* sait de sôd e^ôttikt aVec tous lès efforts de rimpatience. Je ôiralns bién^ mon pauvre ami, hii dis- je, de ûe pouvoir te rendre la liberté. Non ^ disait le saiisonnet, je ne puis sotlir! je ne puis sortir I disait lé ^aiuvre sansonnet.

Non , jamais je ne sentis se réveiller avec plus d'attendrissement totïtes lés affections de cœur. Non y parmi les incidens divers de ma vie, je ne me rappelle paâ que mes esptits, aii milieu dé cesf aberrations' dé ma peilsée , dôilt ma raison fiit si souveiit là dupé, se soient ja* mais recueillis plus rapidement ^ûë déhu tetfe

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occasion. Ces notes plaintives étaient toutes mécaniques y il est vrai; mais leur accent imitait avec tant de vérité le ton de la nature , qu'elles renversèrent en ce moment tous mes raisonnemens systématiques sur la Bastille. Je continuai tout pensif de monter lentement Tescalier^ sans redire aucune des paroles sophistiques échappées de ma bouche^ en le descendant.

Déguise-toi^ comme tu voudras^ tu n'es

toujours qu'un esclave ! d is- je en moi-même ;

tu n'es toujours qu'un breuvage amer! mille

infortunés ont été forcés de boire dans ta

coupe : en est-elle pour cela moins pleine de

fiel? Ohl c'est toi, m'écriai-je en m'adres-

sant a la liberâif, c'est toi seule, trois fois

douce, trois fois gracieuse, déesse que tous les

hommes adorent; toi seule recueilles toutes

leurs hommages publics ou privés : toi seule

tu léut fais goûter mille délices. Tes charmes

dureront autant que la nature elle-même. Point

de paroles colorées y qui puissent souiller ton

manteau de neige : nuls prestiges chimique^

He changeront ton sceptre aimable en vergé

de fer. Si tu lui souris quand il mange son pain

grossier, le berger est plus heureuï que son

jinonarque (Jui t'exile de sa cour. Gel propice!

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in'écriai-je encore en pliant un genou sur la dernière içarche de lescalier^ ne me donne ^ue la santé, puisque c'est toi qui la dispenses, avec la compagnie de cette belle divinité. Fais ensuite pleuvoir les dignités et les mortes ^. si cela convient à la providence^- sur cette foule de têtes que l'ambition rend malades!

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