‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 38 sur 92 · SUITE DU CAS DE DÉUCATESSE · texte numérisé non relu

SUITE DU CAS DE DÉUCATESSE

J E pris à la femme de chambre... quoi ? la main. Non^ non : subterfuge grossier^ M.Yorick. Ttôp grossier , en vérité. Voilà ce que diront un critique, un casuiste et un prêtre. Eh bien, je parie ma culotte de soie noire (c'était U première fois que je la mettais) contre uno douzaine dé bouteilles devin de Bourgogne^ pareil a celui que nous bûmes hier au soir (car je voulais parier avec la dame), que ces mes-> sieurs ont tort. Cela n'est guère possible^ ré* pondent mes clairsvoyans censeurs^ la conscquenbe est trop visible pour qu'on s'y méprenne.

La femme de chambre était, j'en conviens, aussi vive que peut l'être une Française, et une Française dé vingt ans. Cependant, si l'on exa* mine la circonstance , si Ton fait attention quQ cette fille avait le visage tourné du coté de sa maîtresse, afin de couvrir la brèche occasionnée par la chute des épingles , je crois que< ley géomètres les plus habiles auraient bien de la peine a démontrer la ligne que mon bras a du décrire pour prendre à la femme dt chambre., r*

a5a VOYAGE ^

^ Mous le voulez pourtant, je vans Taccordè ; mais était-ce ma faute? Savais-je dans quel état se trouvait cette fille? Où vais-je m^maginer qu'elle viendrait sans être habillée? Hélas ! une bkemise pour tout vêtement^ c'est une armure Hen légère pour une affaire qui pouvait être aussi chaude.

11 est vrai que si elle eût été d'un caractère nussi taciturne que la femme de chambre parisienne que je rencontrai avec ses ègaremens du cœur , tout allait pour le mieux.^ Mais cette Lyonnaise bavarde n'eut pas plutôt senti ma main , qu'elle se mit à crier , comme si l'on eût voulu la tuer. En effet , quand elle m'aurait vu armé d'un poignard j quand c'eût été h sa vie et non à sa vertu que j'en aurais voulu ^ elle n'aurait pas. poussé des cris plus • percans. A'h ! milord 1 ah! madame ! monsieur F Anglais , il y est ! ûy est!

L'hôtesse et les deux voituriers accoururent. Pouvaient -ils en conscience rester tranquilles dans leurs lits ^ pendant qu'on s'égorgeait? car ils le croyaient aiusi. La pauvre hôtesse était toute tremblante; elle invoquait Saint-Ignace, et les signes de croix se succédaient avec une rapidité incroyable. Les voiturins , dans cette bagarre , avaient oublié leurs culottes^ et n'é*

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talent pas dans un ëtat plus décent que moi ; car j'avais sauté à bas de mon lit^ et j'étais debout auprès de la dame^ lorsqu'ils entrèrent dans notre chambre.

Quand on fut revenu delà première ^urprise^ on demanda à la jeune fille ce qui Pavait fait crier ; si des voleurs avaient enfoncé sa porte. Point de réponse. Mais elle eut la présence d'esprit de s'enfuir précipitamment dans son cabinet.

Comme il n'y avait qu'elle qui pût donner des éclaircissemens , et qu'elle s y refusait ^ j'allais échapper aux soupçons ; mais malheureusement en me tournant et retournant dans mon lit , sans pouvoir me rendormir y j'avais fait sauter un bouton très-essentiel de ma culotte de soie noire , et l'autre s'était échappé de la boutonnière. Ainsi , il était clair que j'avais violé l'article de notre capitulation relatif à la culotte.

Je vis les yeux de la dame piémontaise se porter sur l'objet ; et / comme les miens suivaient leur direction ^ je reconnus que^ jquoique j'eusse ma culotte^ l'état dans lequel je me trouvais devait faire rougir la pudeur^ plus que ne pouvait le faire la nudité des deux voiturins ^ ou la chemise déchirée de notre hô- III. 17

less€ , OU même les charmes en desordre de îa dame. J'étais, Kugcne, debout tout près d'elle,

quand elle m'aperçut Cette découverte lui

fit faire un retour sur elle-même. Kilo se renfonça bien vite dans son lit , s'enveloppa dans ses couvertures , et ordonna qu'on apportât promptement le déjeuner.

A ce signal , fous les curieux se retirèrent , et nous pÂmes dcs-lors entrer en conférence réglée , et discuter librement les articles de notre traité.

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