‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 56 sur 92 · RIEN · texte numérisé non relu

RIEN

Vers les quatre heures du matin I . . . dit le lecteur malin. Qu'avez vous donc fait jusqu'à ce moment là ^vec une dansouse.de TOpéra^ avec une fille de joie ? --r Rien ^ absolument rien. — Non ! M. Yorick , l'imposture est trop grossière pour qu'on vous la passe , fussiezvous même en chaire. Et vos gants d amour y qu'en avez* vous fait? Mademoiselle Lacour ne s'est-elle pas remise à l'ouvrage pour les bien coller ? Si cela est , que s'en est-il suivi 7 . — Encore une fois ^ rien.

Qu'il est pénible , mon cher Eugène , de se voir pressé pour révéler une véiité' imaginaire, pu plut6t on^ fausseté! On: m'interrogerait dans dix ans^ que je répondrais encore :.Mai5, rien! rien I rieu ! >

« Pauvre mademoiselle Laitiour ! vous aviez toison de vouloir que M. Yoriek eàt des gants à la mousquetaire, m Mais y monsieur le cri- 4iqne^ cela ne fait rien^ rien' du tout*à l'affaire.

11 en est de même de ce chapitre y dit un

âq2 VOYAGE

bodrra de mauvaisç^ humeur. A faut donc le finir. I

La rencontre inattendue*

Comme je touruais le coin de la rue de la Harpe y en me retirant de chez mademoiselle Lacour , le jour coHitnençait à poindre , j'entendis partir d'un' fiacre un KUt^ hist ^ hist. Ce sifflement eût fait du mal aux oreilles d'un acteur ou d'un écrivain dramatique ; car pour peu qu'on fut enclin à la superstition ^ on pouvait le prendre pour le présage d'une chute prochaine. Mais ^ comme je n'ai jamais monté sur les planches^ ni composé de comédie y tragédie y ou farce ^ ce hruit ne nie choqua pas ^ comme il aurait pu le faire si je m'étais trouvé dans un des cas dont je viens de parler.

Je me retournai^ et j'aperçus mon abbé d'un jour qui tendait sa tête hors de la portière dû fiacre ^ et me faisait des signes. « Ciel ! qu'estce que cela veut dire? il aura été pris par la maréchaussée y ou par les gens du guet, et on le mène au Châteletouà Bicètre. » Heureusement il n'en était* rîen. Mais ayant appris de l'homme honnête chet lequel il logeait y que ces messieurs étaient à sa poursuite , et que y pour prévenir des conséquences qui pourraient être

fâcheuses y il n'avait pas d'autre parti à prendre que de battre en retraite aussitôt qu'il fe« rail jour^ monsieur Tabbe partait pour la Flandre.

J'éprouvai dans cette occasion un sentiment confus de peine et de satisfaction. Je souifrats en pensant que ce* malheureux jeune homms était ainsi persécuté pour un événement qu il s'était eflbrcé de prévenir. Mais ^ d'un autre côté , j'étais bien aise de savoir qu'au bout de quelques heures il aurait dépassé les frontières de France ^ et serait à l'abri des poursuites do la justice*

ELn prenant congé de lui, après une scène des plus attendrissantes, je ne pus m'empccher de lui faire entendre qu'un départ aussi précipité et une route aussi longue pourraient épuiser ses finances plus tôt qu'il ne l'aurait prévu.

n me répondit qu'il avait autant d'argent qu'il lui en fallait pour gagner Nieuport , et que de la il écrirait à ses amis.

O Eugène ! tu connais ma façon de penser sur ce sujet. Je n'osai pas insister , de crainte d'offenser une délicatesse dont je me sentais moi-même très-susceptible. Je me retirai en versant un torrent de larmes aussi involontaires qu'elles étaient sincères !

394 VOTA6E SENTIHERTAL.

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