‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 63 sur 92 · ÉLOGE · texte numérisé non relu

ÉLOGE

à vivre. Mais est-ce assez de la pleurer? ceux qui auront connu sa tendresse pour moi^ la confiance qu'elle m'avait accordée y ne me diront-ils point : EUe n est plus, et tu vis?

Eliza devait quitter sa patrie y ses parens , ses amis pour venir s'asseoir à côte de moi y et vivre parmi les miens. Quelle félicité je m'étais promise! quelle joie je me faisais de la voir recherchée des hommes de génie y chérie des femmes du goût le plus difficile ! Je me disais Eliza est jeune ^ et tu touclîes à ton dernier terme. C'est elle qui te fermera les jeux. Vaine espérance ! ô renversement de toutes les prohabilités humaines I^nia vieillesse a survécu à ses heaux jours. Il n'y a plus personne au monde pour moi. Le destin m'a condamné a vivre et à mourir seul.

Eliza avait l'esprit cultivé ; mais cet art y on ne le sentait jamais. Il n'avait fait qu'embellir la nature ; il ne servait en elle qu'à faire durer le charme. A chaque moment elle plaisait plus; à chaque moment elle intéressait davantage. C'est l'impression qu'elle avait faite aux Indes ; c'est l'impression qu'elle faisait en Europe. Eliza élait donc très-belle ? Non , elle n'était que belle ; mais il n'y avait point

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de beauté qu'elle n'effaçât y parce qu'elle e'tait la seule comme elle.

£Ue a écrit y et les hommes de sa nation , qui ont mis le plus d'élégance et de goût dans leurs ouvrages y n'auraient pas désavoué le petit nombre de pages qu'elle a laissées.

Lorsque je vis Eliza , j'éprouvai un sentimept qui m'était inconnu ril était trop vif pour n'être que de l'amitié ; il était trop pur pour être de l'amour. Si c'eut été une passion y Eliza m'aurait plaint; *elle aurait essajé de me ramener à la raison^ et j'aurais achevé de la perdre.

Eliza disait souvent qu'elle n'estimait personne autant que moi. A préseut^ je le puis croire.

Dans ses derniers momens y Eliza s'occupait • de son ami ; et je ne puis tracer une ligne sans avoir sous les yeux le monument qu'elle m'a laissé. Que n'a-t-elle pu douer aussi ma plume de sa grâce et de sa vertu? il me semble du moins l'entendre : a Cette Muse sévère qui te « regarde^ me dit-elle^ c'est l'histoire dont M la fonction auguste est de déterminer l'opi- « nion de la postérité. Cette divinité volage qui (1 plane sur le globe; c'est, la renommée qui (( ne dédaigna pas de nous entretenir un mo-

SaS ÉLOGE d'ÉLIZA..

f( ment de toi: elle m^apporta tes ouTrages, m et prépara notre liaison par lestime. Vois ce u phénix immortel parmi les flammes , c^estle f( symbole du g( nie qui ne meurt point. Que « ces emblèmes .t'exhortent sans cesse à te f( montrer le défenseur de l'humanité , de la

« VÉAlTf^ DE la LIBEJlTE. M

Du haut descieux^ ta première et dernière patrie , Eliza , reçois mon serment. Je jure

DE NE PAS ÉCRIRE UNE LIGNE , OU l'oN NE PUISSE AECONNAÎTRE TON ABU.

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